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AMERICAN PIE 4 (critique)

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Carte d’identité :
Nom : American Reunion
Parents : Jon Hurwitz et Hayden Scholssberg
Livret de famille : Jason Biggs (Jim), Alyson Hannigan (Michelle), Chris Klein (Oz), Thomas Ian Nicholas (Kevin), Tara Reid (Vicky), Sean William Scott (Stifler), Eddie Kaye Thomas (Finch), Mena Suvari (Heather), John Cho (John), Jennifer Coolidge (la mère de Sitfler), Eugene Levy (le père de Jim), Dania Ramirez (Selena), Katrina Bowden (Mia)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h54 – 50 millions $

Signes particuliers (+) : Drôle, générationnel, nostalgique. Assez juste dans la transition qu’il évoque entre l’esprit potache post-ado et l’évolution plus mature avec l’âge adulte.

Signes particuliers (-) : Un peu long pour une comédie du genre. N’a plus la fraîcheur du premier. Plus poussif.

 

LE POTACHE FAIT GRANDIR

Résumé : Les amis d’antan de la promo 1999, Jim, Kevin, Finch, Oz et bien sûr Stifler pour les hommes mais aussi Michelle, Vicky, Heather ont vieilli et connu des trajectoires personnelles différentes. Certains sont mariés, d’autres en couple, certains adorent leur boulot, d’autres pas, certes ont évolué, d’autres sont restés d’éternels ados. Alors que se profile une réunion des anciens élèves, les retrouvailles s’annoncent prometteuses…

On les avait connu lycéens complètement débiles en passe (et cherchant) de devenir des hommes. C’était il y a maintenant treize ans déjà. Aujourd’hui, ils sont devenus des adultes. Ils ont mûri, ils ont grandi, ils ont évolué et pour la plupart, ils se sont bâtis une vie. Film ultra-générationnel, American Pie a lancé une mode en s’inscrivant à la toute fin des années 90, comme le film pionnier d’un nouvel humour résolument potache, marque de fabrique de pas mal d’émules à venir dans les années 2000.  On a eu une suite, puis une autre mais l’heure était venue d’un retour aux sources, de revenir aux fondamentaux de ce qu’était American Pie, un film se mettant au niveau de la jeunesse actuelle complètement crétine pour la majorité, préoccupée par un assemblage de choses, entre fêtes et cuites, avec comme seul point de mire à l’horizon : le sexe. Oui, American Pie était d’une débilité sans nom, oui, il était le comble du dessous de la ceinture au cinéma. Mais il était aussi l’emblème d’une génération, dépeignant de façon hilarante, la fin de l’adolescence dans toute sa splendeur, le passage entre ado boutonneux naïf et jeune adulte en devenir. Ce n’était fait ni avec élégance, ni avec douceur ou philosophie, mais c’était si juste, si réflectif d’un stade transitoire bête où chacun est passé. Et à plus forte raison si l’on était dans la tranche d’âge concernée à l’époque concernée. Le public visé par le premier opus de la saga American Pie a vieilli lui aussi, à l’image des personnages. Lui aussi est maintenant aux alentours de la trentaine, lui aussi a construit sa vie, attend peut-être un premier enfant, ou l’a déjà, lui aussi s’est marié ou est en passe de le faire, lui aussi est loin de cette époque insouciante bénie où les pires conneries n’avaient que peu d’importance. Mais plus important, lui aussi regarde très certainement souvent le rétroviseur, nostalgique de ses 18-20 ans, de cet air de fête permanent où s’éclater était un leitmotiv récurrent de weekend en weekend, où la recherche de comment et avec qui s’envoyer en l’air surpassait toute envie de penser à un possible avenir professionnel foireux, où les fêtes primaient sur l’envie de réviser ses cours, où les cuites alcoolisées passaient bien avant l’envie d’un café en terrasse un dimanche après-midi ensoleillé… Bref, c’était l’époque dépeinte par American Pie et peu importe la génération, on l’a tous plus ou moins connu cet état où la moindre jupette provoquait des soubresauts incontrôlés, où le moindre décolleté décollait le cœur de la cage thoracique, où la moindre paires de ***  déclenchait un état proche de celui d’un assoiffé, la bave aux lèvres, trouvant un oasis en plein désert.

Changement d’époque, changement de génération, le nouvel opus American Pie ne cherche pas à s’inscrire dans la continuité des précédents, dans une volonté de prolonger la bêtise révolue. Cette fois-ci, les auteurs de ce quatrième volet adoptent l’angle plus fatalement réaliste de la chose. Les personnages, comme le public qui a suivi leurs péripéties, a évolué. Enfin, extérieurement. Si au fond, à l’approche de la trentaine, on est tous des adultes qui ont refoulé leur passé de « jeunes débridés » avec perte et fracas, il n’empêche que l’on reste dans un état transitoire où il sommeille quelque part, avec la furieuse envie de le laisser ressortir de temps à autre, pendant qu’il est encore temps, comme si le deuil d’une époque avait du mal à passer. Sous les oripeaux d’une nouvelle étape de vie, American Pie 4 regarde lui aussi dans le rétroviseur et nous ressort les bases du premier volume à commencer par l’ensemble du casting originel, de ceux qui ont connu une carrière ou une « pseudo-carrière » (c’est selon) Alyson Michelle Hannigan, Mena Heather Suvari, Chris Oz Klein ou Sean William Stifler Scott, à ceux qui ont sombré dans l’oubli : Tara Vicky Reid (qui alimente les magazines people), Jason Jim Biggs, Thomas I. Kevin Nicholson, Eddie K. Finch Thomas. Et les retrouvailles sont pleines jusque dans les seconds rôles avec Jennifer Coolige, l’éternelle maman de Stifler ou Eugène Levy, le célèbre papa de Jim mais aussi Shannon Elizabeth, la sulfureuse Nadia etc.

American Pie, quatrième du nom, ne cherche pas à se poser en chronique intelligente d’une transition entre deux stades de vie, pas plus qu’il ne cherche à finement se poser en analyse de l’évolution de la vie et des mœurs entre deux décennies. Loin de là, American Pie reste American Pie et l’adage du « plus c’est con, plus c’est bon » reste toujours valable. Le niveau n’est pas relevé, l’étude humaine non plus et les fondamentaux sont de service dans une comédie qui ressort ses classiques avec nostalgie : potache, graveleux, basique. Les défauts inhérents à un énième séquelle sont là. Plus poussif, moins fluide, moins frais, moins hilarant, American Pie, dit American Reunion en VO, est loin de valoir son modèle originel, monument d’hilarité conne pour les uns, débilité profonde ayant rabaissé le cinéma au niveau des pâquerettes pour les autres. Mais la crainte de voir débouler une sombre bouse passée d’époque et cherchant à jouer sur des codes dépassés depuis belles lurettes, éculés, devant laquelle on resterait hébété car plus en phase avec l’humour proposé et s’acharnant vainement à avoir un poil de jus au fond des chaussettes, est évitée et c’est au contraire, pour notre plus grand plaisir, que l’on assiste à des retrouvailles pleines à la fois de nostalgie et d’amusement. Car c’est bien de cela dont il s’agit avec American Pie 4, des retrouvailles. Des retrouvailles avec une lointaine jeunesse, avec des souvenirs aussi bien cinématographiques que de vie, avec des personnages que l’on avait laissé en cours de route il y a un bail, avec un esprit.

Le tandem de réalisateurs Jon Hurwitz et Hayden Scholssberg ne cherche pas à recycler des restes de fond de casseroles (ou du moins évite de trop le faire) mais joue sur la distance qui nous sépare du premier opus de la saga. Et plutôt avec réussite. Plusieurs gags font mouche, Stifler, incontestablement le personnage portant le film et l’humour sur ses épaules par ses allures d’ado attardé qui n’a pas envie d’évoluer, assure un spectacle toujours aussi con, toujours aussi potache, toujours aussi ras des pâquerettes. Désormais trentenaires, tous loin de ce qu’ils étaient lors du première film (avec un bel effet miroir pour nous, spectateur) la joyeuse bande d’amis est en décalage et essaie d’oublier ce décalage, essaie de renouer le temps d’un weekend, avec leur lointain passé de jeunes insouciants. Leurs préoccupations ne sont plus les mêmes, leurs attentes, leur mode de vie, non plus et c’est de là que l’humour va naître avec une l’opposition qui les sépare d’un passé personnifié par le seul à être resté le même : Stifler.

On accuse souvent American Pie d’avoir rabaissé le cinéma, de l’avoir rendu débilitant. Mais réfléchissons, l’âge qu’il dépeignait, ne l’est-il pas réellement quand on y réfléchît un moment ? Film générationnel, American Pie est culte seulement pour le public qui l’a vécu au bon âge. Ce quatrième volet n’est évidemment pas aussi bon. Plus poussif, parfois maladroit, des fois en roue libre narrativement, un peu trop long (presque deux heures) il reste néanmoins un moment agréable qui replonge à une époque et qui s’en sort pas trop mal finalement alors que le pire était à crainte en multipliant les clins d’œil à son modèle originel sur fond de décalage. Quelques éclats de rires en perspective… à condition de se mettre au niveau de l’humour étage zéro. Mais parfois, ça a du bon la connerie.

Bande-annonce :

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