ALLÉLUIA de Fabrice du Welz
Critique – Sortie Ciné

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note 6.5 -10
Carte d’identité :
Nom : Alléluia
Père : Fabrice Du Welz
Date de naissance : 2014
Majorité : 26 novembre 2014
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h30 / Poids : 2,8 M€
Genre : Drame, Horreur

Livret de famille : Laurent Lucas (Michel), Lola Dueñas (Gloria), Stéphane Bissot (Madeleine), Helena Noguera (Solange), Edith Le Merdy (Marguerite), Anne-Marie Loop (Gabriella)…

Signes particuliers : Un drame romantique versant dans le film de genre. Alléluia est une balade inconfortable à la fois cruelle, tragique, passionnée et horrifiante. Un film puissant.

À L’AMOUR, À LA MORT…

LA CRITIQUE

Résumé : Lorsque Gloria accepte de rencontrer Michel, contacté par petite annonce, rien ne laisse présager la passion destructrice et meurtrière qui naîtra de leur amour fou…alleluia 4 L’INTRO :

Fabrice Du Welz (Calvaire, Vinyan) sortait d’une troisième expérience cinématographique compliquée en s’attaquant à Alléluia, libre adaptation autour de l’histoire terrifiante des surnomés « tueurs de la lune de miel », couple de déracinés pathologiquement torturés qui ont défrayé la chronique américaine entre 1947 et 1949. Deux ans auparavant, le cinéaste s’était lancé dans le polar Colt 45 (avec Gérard Lanvin, Ymanol Perset et JoeyStarr). Une expérience artistique douloureuse aux sérieux problèmes de productions entre coupes budgétaires, scénario entièrement réétudié, caprices de stars, éviction au profit d’un tiers terminant le boulot, remontage… Au final, Fabrice du Welz, comme son scénariste Fathi Beddiar, ne cautionneront pas le film fini. La frustration artistique du metteur en scène n’aura pas été vaine (même s’il s’en serait sans doute bien passé), puisqu’elle sera sans nul doute l’un des moteurs qui lui permettra d’injecter une rage filmique dévastatrice pour mettre en boîte son quatrième long-métrage, pour lequel il retrouve Laurent Lucas, dix ans après Calvaire. Et parce que Alléluia est l’histoire d’un couple tragiquement malade, il fallait une comédienne à la hauteur du talent de son acteur. C’est en Espagne que Du Welz va la dénicher avec l’excellente Lola Dueñas, comédienne ibérique bien connue des amateurs du Pedro Almodovar.alleluia 5

L’AVIS :

Alléluia ou la brûlante trajectoire glauque d’un couple fou à lier. Fabrice du Welz se montre peu désireux d’être fidèle à l’histoire originelle avec cette vision « librement adaptée », prenant de très grosses divergences avec l’effroyable réalité du fait divers et préférant s’en inspirer plutôt que l’adapter. Ces « différences » s’expliquent par ce que le réalisateur a voulu raconter au travers de cette histoire glaçante, et sont motivées par sa volonté de se focaliser davantage sur la relation de ces deux « fous » plutôt que sur leur épopée meurtrière « carnagesque ». Davantage le récit d’un amour fasciné virant à la passion meurtrière, plus qu’un film d’horreur repoussant les limites de l’atroce, Alléluia « allège » la véritable histoire, bien plus sordide que le récit ici narré, pour mieux s’imprégner et s’orienter vers le drame romantico-psychologique élaboré sur la rencontre de deux déséquilibrés dont l’étincelle du choc provoquera le feu d’une folie maladive foudroyante.alleluia

Violent et malsain, Alléluia est une horrible balade meurtrière à la mise en scène râpeuse et magnifique, filmant avec âpreté un couple de comédiens habités, Lola Duenos dans un rôle aux antipodes de ceux qu’elle a pu endosser chez Almodovar et Laurent Lucas, métamorphosé en espèce sorte de Willem Dafoe français, dont la palette de jeu traverse tout le champ des possibles. On sent un amour inconditionnel pour le Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper dans la réalisation, l’image, l’atmosphère crasseuse, à cela près que Du Welz montre au travers de quelques « coups d’éclats » férocement abominables, là où Tobe Hooper suggérait sans cesse, avec une maestria qui aura fait de son brûlot un film culte et un chef d’œuvre. Film d’une noirceur terrible où le cinéaste jouit d’une liberté totale pour nous asséner une barbarie aussi envoûtante qu’inconfortable, Alléluia est une œuvre fiévreuse, une peinture sans concessions où l’on oscille entre complaisance et horreur viscérale. Le second l’emporte alors qu’un climat de tension et de lourdeur permanente étreint cette tragédie suffocante où la folie meurtrière devient le sombre reflet du déséquilibre de deux handicapés sociaux contenant des pulsions terrifiantes nées des profondeurs d’un mal-être de l’affect que Du Welz dépeint avec puissance et intelligence. Alléluia n’est pas parfait, loin de là (dans l’écriture et la progression dramatique de ses enjeux notamment) mais il marque. Durement. Douloureusement.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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