L’AFFAIRE SK1 de Frédéric Tellier
Critique – Sortie Ciné

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note 7-10
Carte d’identité :
Nom : L’Affaire SK1
Père : Frédéric Tellier
Date de naissance : 2013
Majorité : 07 janvier 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 2h00 / Poids : NC
Genre : Policier

Livret de famille : Raphaël Personaz (Franck Magne), Olivier Gourmet (Bougon), Nathalie Baye (Frédérique Pons), Michel Vuillermoz (Carbonel), Adama Niane (Guy Georges), Thierry Neuvic (Jensen), Christa Theret (Ortega), William Nadylam (avocat de G. George)…

Signes particuliers : Il fallait une grande intelligence d’écriture à Frédéric Tellier pour condenser dix ans d’enquête dans un film de deux heures sans rien négliger ou sans parfaire son récit de raccourcis scénaristiques faciles. Le cinéaste y parvient au-delà des plus folles espérances en faisant preuve d’une fidélité à l’histoire réelle absolument impressionnante, jusque dans les moindres détails. L’Affaire Sk1 est très fort et sacrément réussi.

LA TRAQUE INTERMINABLE

LA CRITIQUE

Résumé : Paris, 1991. Franck Magne, un jeune inspecteur fait ses premiers pas à la Police Judiciaire, 36 quai des Orfèvres, Brigade Criminelle. Sa première enquête porte sur l’assassinat d’une jeune fille. Son travail l’amène à étudier des dossiers similaires qu’il est le seul à connecter ensemble. Il est vite confronté à la réalité du travail d’enquêteur : le manque de moyens, les longs horaires, la bureaucratie… Pendant 8 ans, obsédé par cette enquête, il traquera ce tueur en série auquel personne ne croit. Au fil d’une décennie, les victimes se multiplient. Les pistes se brouillent. Les meurtres sauvages se rapprochent. Franck Magne traque le monstre qui se dessine pour le stopper. Le policier de la Brigade Criminelle devient l’architecte de l’enquête la plus complexe et la plus vaste qu’ait jamais connu la police judiciaire française. Il va croiser la route de Frédérique Pons, une avocate passionnée, décidée à comprendre le destin de l’homme qui se cache derrière cet assassin sans pitié. Une plongée au cœur de 10 ans d’enquête, au milieu de policiers opiniâtres, de juges déterminés, de policiers scientifiques consciencieux, d’avocats ardents qui, tous, resteront marqués par cette affaire devenue retentissante : « l’affaire Guy Georges, le tueur de l’est parisien ».affaire sk1 L’INTRO :

Derrière son titre aux allures de thriller d’espionnage, L’Affaire SK1 évoquera probablement quelques sombres souvenirs à tous ceux suffisamment âgés pour avoir suivi l’actualité au cours des années 90. Il s’agissait en effet, du nom de code donné à l’une des plus célèbres affaires criminelles françaises du XXème siècle : l’enquête et la traque du « tueur de l’Est parisien » alias Guy Georges. Une affaire qui aura mobilisé et usé quantité de policiers, pendant plus de dix ans, alors que les crimes sordides assortis de viols barbares s’accumulaient et que la justice s’avouait impuissante. Pour son premier long-métrage de cinéma (après plusieurs efforts pour la télévision), le réalisateur Frédéric Tellier s’empare revient sur l’affaire qui a défrayé la chronique et plongée la population parisienne dans l’angoisse. Mais plutôt que se tourner vers la chronique criminelle voyeuriste ou le thriller graphiquement atroce, le cinéaste a préféré opter pour un angle narratif plus original, adoptant le point de vue du réel Franck Magne, flic au 36 Quai des Orfèvres qui n’aura eu de cesse de s’efforcer à démêler l’une des enquêtes les plus compliquées et traumatisantes à laquelle la police française de la fin du XXème siècle se soit frottée. Guy Georges, c’est une vingtaine d’agressions et viols, c’est surtout 7 meurtres reconnus et avoués pour lesquels il sera condamné à la prison à perpétuité. C’est enfin l’un des rares serial killer français.laffaire sk1

L’AVIS :

Comme il se plaît à le dire lui-même, Frédéric Tellier n’est pas documentariste mais cinéaste. Et L’Affaire SK1 n’est pas un documentaire mais un film de cinéma. A prendre donc avec des pincettes ? Pas forcément. Car minutieusement documenté, à la force d’une immense rigueur, Frédéric Tellier ne « s’inspire pas », il « relate ». L’Affaire SK1 est l’histoire, sans fictionnalisation, sans remaniements, sans raccourcis dramatiques, sans libertés sensationnalistes. Un tour de force prodigieux, ou comment réussir l’exploit narratif de « résumer » l’essentiel d’une affaire fleuve étalée sur une dizaine d’année sans rien négliger, sans rien oublier, sans jamais truquer l’histoire réelle pour coller à quelques impératifs cinématographiques ou à un esprit de synthèse excessif malmenant la vérité. En deux heures de temps, Frédéric Tellier réussit à tout aborder, quitte à le faire succinctement ou avec concision. Son travail d’écriture (dont le processus aura été très long) est en cela admirable. Et L’Affaire SK1 d’impressionner par sa fidélité extrême à la véritable histoire qu’il narre (les amateurs de Faites Entrer l’Accusé ne trouveront rien à redire), par l’intelligence de ses choix narratifs et leur agencement. Film-témoignage et film policier, on se retrouve plongé dans une œuvre cinématographique quasi-définitive sur son sujet, à la fois passionnante et haletante, violente, suffocante, tragique et sombrement lourde et dramatique.l'affaire sk1Autre gloire dont peut se targuer l’effort de Frédéric Tellier, sa propension à faire ressortir l’humain au-delà de l’atrocité de son récit. Que ce soit ces flics au dévouement existentiel harassant, que ce soit ces avocats à la position délicate, que ce soit ce tueur torturé au passé lourd (un tueur abominable que Tellier a l’intelligence de faire exister au-delà de sa seule fonction de serial killer), que ce soit ces victimes que l’on découvre cadavres et qui pourtant réussissent à exister au-delà de la seule l’enquête, que ce soit les familles, la justice, les proches de ces flics en perdition, impactés par cet innommable qui les dévore de l’intérieur… La toile humaine de L’Affaire SK1 est riche. Elle est au passage remarquablement incarnée par une excellente distribution, et même si Raphaël Personnaz est très bon malgré quelques égarements cabotins par excès de conviction à vouloir être dans le mimétisme total du flic type, on retiendra surtout à ses côtés, un Olivier Gourmet magistral et un Adama Niane incroyable dans un rôle d’équilibriste frissonnant, devant personnaliser l’impersonnalisable et le faisant avec une puissance fascinante. 281187.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPrécision du détail, précision dans la reconstitution d’une époque, précision des micro-faits symboliques, précision du déroulé de l’histoire (la retranscription du procès, les geste symboliques comme le touché de main à son avocat, les dialogues, la personnalité du tueur, son passé etc…), précision d’un montage intelligent alternant deux époques pour mieux resserré et dynamiser un récit gagnant en force de marche, Frédéric Tellier affiche un respect immense pour son sujet et les gens qui l’ont animé. Et L’Affaire SK1 d’être un modèle en son genre. À l’heure où les adaptations de faits divers célèbres se multiplient sur les écrans en écho au succès de certaines émissions télé (Omar m’a Tuer, Présumé Coupable…)… Frédéric Tellier livre l’un des meilleurs longs-métrages de sa délicate catégorie. Une prouesse riche et forte et une œuvre terrible et marquante, sorte de Zodiac à la française audacieux et plus que convaincant.

BANDE-ANNONCE :

Prochainement

Par Nicolas Rieux

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Un commentaire à propos de “L’AFFAIRE SK1 de Frédéric Tellier
Critique – Sortie Ciné

  1. vu hier sur canal + .belle découverte super angoissant, acteurs excellents grande rigueur et maitrise du sujet , mérite une large audience
    un petit bémol l’abus des retours en arrière générant une sorte de confusion
    bravo

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