AFTER EARTH (critique – aventure/SF)

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note 3.5
Carte d’identité :
Nom : After Earth
Père : M. Night Shyamalan
Livret de famille : Jaden Smith (Kitaï), Will Smith (Cypher), Sophie Okonedo (Faia), Zoë Kravitz (Senshi), Glenn Morshower (Commandant Velan)…
Date de naissance : 2013
Nationalité : Etats-Unis
Taille/Poids : 1h40 – 150 millions $

Signes particuliers (+) : Le pitch principal au demeurant exploitable et potentiellement efficace. Les décors naturels et quelques petites idées de l’univers SF proposé.

Signes particuliers (-) : Un désastre qui tient en 9 points listés ci-dessous, de son scénario débile à sa musique particulière en passant par une interprétation globalement catastrophique et un production design assez hideux. Ennuyeux et peu palpitant à voir ce gamin courir d’un point A à un point B en croisant des singes et des tigres pas gentils et des oiseaux sympas.

 

LE PLUS MAUVAIS FILM DE L’ANNÉE ?

Résumé : Le Général Cypher Raige annonce sa retraite des forces armées unies. Il dirige une dernière et simple mission de transport et emmène avec lui son fils Kitaï, recrue prometteuse mais tout juste recalée aux tests, souvent bloqué par un traumatisme de son passé qui le hante. Leur vaisseau va essuyer une pluie de météorites le forçant à s’abîmer sur la dangereuse planète Terre, planète que l’homme a dû abandonner il y a plus de 1000 ans à cause de phénomènes cataclysmiques. Grièvement blessé dans le crash, Cypher ne peut rien faire pour se sortir de ce mauvais pas. L’autre survivant, son jeune fils, va devoir faire seul un long chemin pour récupérer une balise de détresse en évitant les nombreux dangers de la forêt entre bêtes sauvages et la créature extraterrestre redoutable qu’ils transportaient et qui a dû s’échapper…

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After Earth marque le retour d’un cinéaste que l’on voyait bien mal embarqué pour un jour ravoir la chance de diriger à nouveau un projet ambitieux au vu de son image plus qu’écornée qu’il s’est forgé ces dernières années. Escroc ayant masqué son manque de talent derrière son ingénieux et roublard premier film (Sixième Sens) pour les uns, ou bon cinéaste en totale perdition après n’avoir finalement signé qu’une poignée de films de valeur avant de décliner en flèche pour les autres, quand il n’est pas juste perçu comme un auteur mégalo et surcoté dont l’égo et la prétention lui auront fermé de nombreuses portes à Hollywood, M. Night Shyamalan n’a plus rien de la marque de fabrique qu’il fut il y a quelques années et peu nombreux sont ceux qui attendent encore quelque-chose de ce metteur en scène qui s’est brulé les ailes à s’être vu trop beau, trop vite.

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Sixième Sens avait révélé un petit génie bien malin, Incassable avait cueilli nombre de fans laissant présager que l’on tenait le prochain prodige de sa génération. Signes était la confirmation qu’il pouvait aussi exceller dans un cinéma plus abouti et moins truqueur, même si ce dernier a ses détracteurs. La première fausse note est arrivée après, avec Le Village qui se foutait ouvertement de la gueule du monde avec son faux twist qui n’en était pas un puisqu’il croyait nous surprendre avec ce que tout le monde avait compris depuis le début. La descente aux enfers de Shyamalan commençait pour ne plus finir. L’inutile La Jeune Fille de l’eau, le risible Phénomènes ont mis du plomb dans l’aile d’un réalisateur tombé en disgrâce à Hollywood. Péniblement, il se remet en selle avec Le Dernier Maître de l’Air, premier volet d’une trilogie programmée. Une purge massacrée tant par la critique que par le public. Si le film fut bénéficiaire grâce à l’international mais en-deçà des attentes, son image plus que piteuse condamna les suites prévues. Shyamalan allait avoir du mal à s’en remettre et à se sortir de la déchéance dans laquelle il s’est enlisé. L’échec de trop ? On le croyait et pourtant, le voilà qui revient avec un blockbuster calibré à 150 millions $ avec l’acteur le plus bankable du tout-puissant Hollywood : Will Smith. Étonnant mais clairement le film de la dernière chance.

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Shyamalan hérite d’un script pondu par Gary Whitta à partir d’une histoire originale de Will Smith lui-même, que le cinéaste va réécrire dans les grandes largeurs avant qu’un autre scénariste, Stephen Gaghan (derrière Traffic et scénariste-réalisateur du Syriana avec Clooney) ne le reprenne à son tour pour quantité de modifications. C’est dire la confiance qui règne à la base sur le projet que Smith va produire pour le compte de Sony, en profitant pour y placer sa famille, sa femme et son beau-frère à la production et son fils avec lui devant la caméra, After Earth devenant un gros film locomotive pour lancer la carrière de fiston Jaden, remarqué et en bien, dans le remake de Karaté Kid avec Jackie Chan. L’objectif était d’accoucher d’un gros film de science fiction spectaculaire sur fond de récit initiatique fonctionnant sur la dialectique d’une histoire de relation père-fils émouvante alors que les effets spéciaux et l’action avaient la part belle dans un récit haletant et imaginatif. Mais visiblement, la cible était manquée. Présenté en avant-première au Japon et en Corée du Sud avant de sortir d’abord sur le sol américain puis de gagner le reste du monde, After Earth sera la cible d’une intense cabale partant dans tous les sens avec Shyamalan et Will Smith en première ligne de front. Semi-échec commercial dans son pays, lapidé en place publique par la critique comme le public avec des envolées allant jusqu’à le comparer aux sinistres et nanardesques Lost in Space avec Matt LeBlanc voire Battlefield Earth avec Travolta, After Earth se double d’une polémique sur son discours très estampillé « scientologue », de mauvais alois quand on sait que Will Smith a du mal à se défaire de certaines troubles histoires médiatisées vis-à-vis de la fameuse secte de Ron Hubbard (il peine à expliquer son don de près de 900.000 dollars à une école californienne plus ou moins affilié à la Scientologie). Beaucoup de questions restaient en suspens en attendant que l’on puisse enfin découvrir ce blockbuster estival. Le film pâtît-il d’une cabale nominative injustifiée visant un Shyamalan qui a réussi à mondialement se faire détester ? Est-ce parce que c’est lui qui est à l’œuvre, que les réactions sont aussi dures ? Et After Earth véhicule t-il vraiment et ouvertement des idéaux et valeurs scientologues où va t-on les chercher bien loin parce que c’est un film de SF et parce que c’est avec Will Smith ?

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En réalité, si l’on fait abstraction de certaines choses, After Earth n’est pas un si mauvais film que ça. Il pourrait même être un gros divertissement d’été regardable, pas pire qu’un autre ou du moins pas pire que bien des banalités insipides à gros budgets pondues par Hollywood. Pour ça, il faut juste passer outre :

1/ la profonde débilité de l’histoire d’une pauvreté effarante en plus d’être redondante et rapidement ennuyeuse, faute de proposer suffisamment plus qu’un personnage devant aller d’un point A à un point B en croisant des bébêtes affreuses, le tout enrobé dans un récit initiatique pataud et lourdingue avec comme cœur fondant, un père apprenant à connaître son fils avec qui il n’avait jamais tissé de liens étroits. Le script rédigé à plusieurs mains est prévisible à souhait, grotesque, basique, sans imagination et tristement linéaire, ne se permettant aucune folie et restant sans cesse engoncé dans son carcan rigide au fur et à mesure que ses coutures apparentes ne sautent les unes à la suite des autres.

2/ la narration chaotique construite avec des moufles (les flashbacks sont insupportables), déployée par Shyamalan et consorts, qui peine à masquer un arc dramatique éculé, enfilant les clichés comme des perles en nous ressortant des idées écolo avec une lourdeur indigeste, le tout pour enrober un anti-spectacle mou du genou et terriblement pauvre.

3/ les incohérences multiples en tout genre qui parsèment le script au rythme des facilités scénaristiques ou des non-explications pour les éviter, ce qui s’avère pire. Dès que les scribouillards derrière cette pathétique affaire étaient coincés dans une direction narrative emmerdante ou bloquée, ils n’hésitent pas à nous ressortir une idée venue d’ailleurs et sans queue ni tête, avec un aplomb incommensurable au point que l’on en vient à se demander dans quelle mesure il se foutraient pas un peu de notre gueule, pour régler l’impasse et enchaîner avec la suite du « spectacle » (la séquence avec l’oiseau, celle du fantôme de la sœur…). On imagine d’ici les réunions de travail : « Mince, mais maintenant, comment on fait pour le faire s’en sortir là, y’a pas de solution ? Bah, je sais pas, attends, on n’a qu’à ressortir ce truc sans explications et puis ça fera la blague. Ah pas bête. »

4/ la prestation catastrophique des acteurs, Jaden Smith en tête qui multiplie les moues sur-accentuées pour jouer la peur ou la non-peur, alors que son paternel livre sa pire prestation depuis… toujours, en mode « sourcils froncés en permanence » pour montrer qu’il est dur, fort, courageux et sans peur. Et c’est sans parler des petits rôles secondaires comme la mère (Sophie Okonedo) ou la sœur (Zoé « fille de » Kravitz).

5/ Les inutilités nombreuses qui essaient d’étoffer pathétiquement le script et les personnages, comme, entre mille, les nombreuses références inexploitées (et qui ne mènent à rien) à Moby Dick, alors que le film ne peut certainement pas se targuer d’un quelconque souffle romantique contrairement au roman cité.

6/ le score épouvantable et dans la plupart des cas, inadapté aux images. James Newton Howard nous sort là l’une de ses pires partitions musicales et l’on se demande parfois s’il ne l’aurait pas écrite pour un autre film avant de la refourguer malicieusement à Shyamalan parce qu’elle était invendable. Un crime pour les oreilles.

7/ le production design hideux et les effets spéciaux pas toujours réussis. Entre des effets tirant parfois vers la série B (mince, c’est un blockbuster à 150 millions quand même) et la conception de l’univers visuel donnant le hoquet, à la limite du ridicule, on peut dire que l’on servi en comique involontaire avec un After Earth qui pille à tout-va chez les autres sans grande imagination et qui, le peu qu’il imagine, l’imagine bien mal. C’est un défi de se retenir d’esquisser un sourire lorsque le vaisseau se « transporte » pour sortir d’une pluie d’astéroïdes avec un effet digne de Stargate. C’était il y a 20 ans, en 1994.

8/ la mise en scène de Shyamalan (qui a sa part de responsabilité dans ce naufrage) au mieux sans inspiration au pire très mal inspirée avec des séquences entières filmées soit avec deux mains gauches, soit sous somnifères.

9/ les relents scientologues soutenant tout le film et son arc narratif. On se sera posé la question pas bien longtemps avant de se demander si After Earth ne serait pas à Will Smith, ce que Battelfield Earth fut à Travolta. Vrai film véhiculant les idéologies de la secte ou y voit-on ce que l’on a envie d’y voir ? Toujours est-il que le hasard serait quand même bien curieux tant le film s’applique à étaler tous les symboles et idées directrices de la scientologie, des postulats de départ de l’histoire narrée (les émotions sont un frein à la survie, la peur est un choix paralysant, la pensée domine le corps, les traumatismes passés bloquent la pensée… toute la dianétique en somme et la culture des « engrammes » hubbardiens avec le mental réactif et analytiques) à tout un ensemble de détails à décrypter. La présence du volcan (un symbole important à l’origine des mythes scientologues), le registre SF (cher à Hubbard), les extraterrestres (majeurs dans la scientologie)… ne sont que des éléments de façade et il serait facile de juste s’appuyer là-dessus pour argumenter la corrélation. Mais le film va plus loin. Pour rappel, la scientologie explique que la motivation principale de la vie, est la survie (c’est le sujet de l’histoire qui n’est ni plus ni moins qu’un survival en forêt) puis elle expose les huit impulsions ou dynamiques majeures comme la survie en tant qu’individu (le challenge du héros), la survie à travers la famille (dans l’histoire, Cypher/Will Smith ne peut survivre que par son fils), la survie en tant qu’espèce (c’est aussi le sujet de fond de l’univers SF présenté : la survie de l’humanité et de la race humaine), la survie en tant qu’esprit et non corps (le film fait beaucoup appel au mental pour dominer le corps et ses émotions mécaniques), la dynamique de « l’être suprême » (c’est ainsi qu’est présenté le personnage de Will Smith avec un charisme presque surnaturel). La place majeure de l’écologie, de la nature environnante, de la confiance (grand mot de Hubbard dans ses écrits sur l’humanité et thème fondamental du film) le besoin de « progresser », de s’élever par la rigueur et l’apprentissage, thèmes majeurs de la culture scientologue, sont également présents dans un film qui, en prime, baigne dans un symbolisme religieux, spirituel et presque métaphysique permanent. C’est presque toute la culture scientologue qui s’exprime dans After Earth et il devient difficile de ne pas voir l’évidence dans tant de récurrence des points associés.

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Voilà, mis à part tout cela, After Earth n’est pas si mal. On vous concède que ça fait beaucoup mais le film de M. Night Shyamalan a aussi ses qualités que l’on pourrait énumérer en contrepoids. L’idée de départ, tout d’abord, n’est pas complètement à jeter et aurait pu soutenir un divertissement de SF plutôt sympathique s’il avait mieux écrit et ce même si le concept de la Terre abandonnée car devenue inhospitalière commence à être un peu trop usé. Récemment, Oblivion nous a démontré qu’il pouvait encore servir d’appui à de belles histoires pour le genre. Par ailleurs, les décors naturels dénichés par le chef décorateur au Costa Rica, en Californie ou dans l’Utah sont somptueux et apporte une valeur ajoutée à cet échec. Enfin, quelques détails de l’univers SF proposé comme les combinaisons intelligentes ou l’arme à combinaison multiples, participent d’un effort d’avoir au moins essayé de développer une mythologie propre au film, même si là encore, le script pille un peu à d’autres.

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Malheureusement, recenser les quelques qualités d’After Earth ne sauveront pas le film du naufrage, malheureusement mérité qu’il connaît. Un film qui risque bel et bien de faire des dégâts, notamment pour Will Smith dont l’image est écornée pour la première fois de sa carrière avec son propre public qui le snobe et pour Shyamalan qui risque bien d’avoir commis le flop artistique de trop. De là à dire qu’After Earth est le plus mauvais film de l’année ? Peut-être pas. Oui, il est raté, oui, il n’est pas bon du tout. Mais Hollywood nous sert bien pire mensuellement, c’est juste que, d’une, on n’y prête pas toujours attention et de deux, ils ne sont pas soumis à une telle attente. After Earth était un imposant blockbuster estival et l’on en attendait qu’il nous en mette plein la merveille en nous entraînant dans son univers. Or, Shyamalan passe complètement à côté de son sujet, pas aidé par tout un ensemble de choses, d’erreurs et d’incompétences à tous les étages, y compris du côté de ses comédiens en roues libres. Le film est une purge mais pas non plus LA purge la plus dramatique de ces dernières années comme on se prête parfois à le lire. Juste une de plus dans l’enchaînement successif des nombreux blockbusters US mais dont le ton « scientologisant » associé la déception accrue (généralement Will Smith rime avec grand spectacle) renforcent peut-être davantage les velléités diabolisantes et les envies de massacre critiques. Cela étant dit sans lui trouver d’excuse non plus, After Earth est juste mauvais.

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