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THE PLAGUE de Charlie Polinger : la critique du film

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Nom : The Plague
Père : Charlie Polinger
Date de naissance : 03 juin 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h35 / Poids : NC
Genre : Thriller, Drame

Livret de Famille : Joel EdgertonEverett BlunckElliott Heffernan

Signes particuliers : Un premier film formidable.

Synopsis : Dans un camp d’été, la rumeur d’une peste se propage. Quand Ben refuse d’y croire, les frontières de la réalité se brouillent et un jeu impitoyable se déclenche entre les garçons.

DRAME TROUBLANT, THRILLER ENVOUTANT

NOTRE AVIS SUR THE PLAGUE

Premier film, premier choc. Avouons qu’il y en a qui savent se faire remarquer. L’an passé dans une section parallèle à la grande compétition cannoise (en l’occurrence du côté d’Un Certain Regard), le jeune cinéaste américain Charlie Polinger alimentait les conversations des festivaliers autour de son The Plague, proposition forte sur le mal-être adolescent. Porté par la notoriété de Joel Edgerton, The Plague n’avait pas usurpé sa sélection car les termes étaient adéquats, on est bel et bien face à « un certain regard » sur le sujet.

Nouveau à San Diego où il vient d’emménager, Ben, 13 ans, intègre un camp d’été consacré au water polo. Premier jour, il fait la connaissance de ses petits camarades dont Eli, un garçon solitaire rejeté par tous. Selon la rumeur, Eli aurait la peste. Ben n’y croit guère mais suit le mouvement pour s’intégrer.
Avec The Plague, Charlie Polinger explore les méandres du difficile passage à l’adolescence. « Encore ! » aurait-on envie de hurler dans un élan de dépit. Le sujet a tellement été travaillé, retourné, labouré… Mais à croire qu’il porte en lui une matière inépuisable ou en tout cas renouvelable, Polinger parvient à en extirper une proposition passionnante et originale, du genre que l’on n’a pas l’impression d’avoir vu 200 fois. Soucieux de creuser la thématique de la cruauté d’un âge de transition charnière, le cinéaste récupère tous les codes d’une certaine veine de l’horreur intimiste et intellectuelle (façon It Follows par exemple) et les déplace vers le drame teinté d’un esprit de thriller de genre. Dans l’allure, The Plague ressemble à un film d’épouvante en gestation. Mais d’épouvante il n’y aura jamais au final. Ce que capte Polinger, c’est surtout une atmosphère de malaise suffocant qui se positionne en adéquation avec le sujet. The Plague est comme une fable allégorique sur le rejet, l’ostracisation de la marginalité à un âge où il peut sembler important de se conformer aux normes sociales pour s’intégrer à un groupe de semblables. Plus Eli est rejeté, plus il s’isole. Plus il s’isole, plus il est perçu comme bizarre. Et plus il est perçu comme bizarre, plus il est rejeté. Un cercle vicieux que scrute avec minutie Polinger dans un effort habité par un puissant sentiment d’angoisse tragique questionnant les horrifiants mécanismes du harcèlement scolaire à travers le regard hésitant d’un ado tiraillé entre envie de s’intégrer et empathie pour ce camarade pestiféré.

Formellement somptueux avec ses images sublimes, sa photo léchée et un impressionnant travail sur le son, The Plague est aussi séduisant qu’envoûtant. Mais surtout intelligent. Polinger livre un long-métrage glaçant, étudiant avec pertinence l’inconscience d’une adolescence quant aux conséquences de ses actes. L’intrigue à la lisière du fantastique captive et donne un allant certain à cette proposition formaliste dont le cœur réside vraiment dans la finesse du regard sur le rejet de la différence physique ou psychologique et la manière de l’appréhender. En équilibre entre le thriller de genre et le drame social, comme il est en équilibre entre simplicité et complexité, The Plague est un coup de maître implacable où les métaphores sont habiles (le water polo pour souligner l’idée de se débattre jusqu’à épuisement pour ne pas couler) et se fondent dans une narration sous tension, incarnée par une galerie de jeunes comédiens tous formidables.

Par Nicolas Rieux

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