VOUS N’AVEZ ENCORE RIEN VU (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Vous n’avez encore rien vu
Parents : Alain Resnais
Livret de famille : Mathieu Amalric, Sabine Azéma, Pierre Arditi, Lambert Wilson, Denis Podalydès, Anne Consigny, Anny Duperey, Jean-Noël Brouté, Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, Hippolyte Girardot, Gérard Lartigau, Michel Piccoli, Michel Vuillermoz, Michel Robin…
Date de naissance : 2012 / Nationalité : France
Taille/Poids : 1h55 – 8 millions €

Signes particuliers (+) : Un jeu de mise en abîme intéressant. 90 ans et Resnais tente encore des choses dans un esprit de cinéma expérimental.

Signes particuliers (-) : Un numéro vain où toute la grande famille du cinéma français vient participer à une oeuvre nombriliste, long, chiante et pompeuse.

 

RIEN VU DU TOUT. NORMAL, ON DORMAIT !

Résumé : Un auteur de théâtre récemment décédé fait accomplir son testament par son fidèle majordome. Tous ses amis du métier sont convoqués dans sa dernière demeure pour visionner une captation d’une pièce de théâtre de l’auteur par une jeune troupe qui souhaiterait l’adapter dans un style moderne. L’auteur veut que ses amis, qui ont tous joué cette pièce à une époque différente, décide pour lui de donner son accord ou pas… Les retrouvailles seront surprenantes.

Le nonagénaire français Alain Resnais ne s’arrête plus. A la manière des Antonioni ou des Raoul Ruiz, le metteur en scène semble vouloir tourner très vieux, jusqu’à la fin, et la plus lointaine possible encore soit-elle. Et alors qu’il vient de fêter ses 90 printemps, le voilà qui en profite pour nous glisser son dix-neuvième film, ambitieusement titré Vous n’avez encore rien vu. Réunissant une ample distribution de gala pour une œuvre que beaucoup qualifie de potentiellement testamentaire, alors qu’il vient d’hériter d’un prix couronnant l’ensemble de sa carrière à Cannes (ce genre d’hommage qui fleure bon l’odeur du sapin annoncé) au détour de son précédent Les Herbes Folles, Alain Resnais s’aventure dans le cinéma-expérience. A l’instar d’Alain Cavalier récemment avec Pater, il montre que décidément, dans ce pays, ce sont les plus anciens qui essaient le plus de choses, qui essaient d’innover, d’explorer, au lieu de se caler confortablement dans leurs fauteuils de vieux papis en rejouant les mêmes partitions que durant leur carrière. Bon, cela dit, c’est un peu le reproche que l’on a régulièrement pu entendre à l’encontre de Resnais justement. Alors histoire de finir (si c’est une fin) en beauté, le voilà qui s’aventure dans un cinéma presque expérimental.

Autour de Denis Podalydès, de Mathieu Amalric, d’Hippolyte Girardot, de Michel Piccoli, de Michel Robin, d’Anne Consigny, de Lambert Wilson, de Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, d’Annie Dupeyrey, De Michel Vuillermoz et bien sûr de Pierre Arditi et Sabine Azéma (car il est incapable de s’en passer de ces deux-là), Alain Resnais va très librement adapter deux pièces de théâtre de Jean Anouilh qu’il va entrecroiser, Eurydice et Cher Antoine ou l’amour raté. Et il ne va pas faire « qu’adapter » du théâtre au cinéma, il va tout simplement faire du théâtre filmé par un procédé de mise en abîme total. Alors qu’un ami commun vient de décéder (Denis Podalydès) plusieurs acteurs sont réunis dans la demeure de feu ce dernier qui a laissé des instructions à leur encontre. Il était l’auteur de la pièce Eurydice et tous ont joué dedans à différentes ou communes époques. Alors qu’une jeune compagnie de théâtre voudrait la réadapter, le défunt souhaiterait qu’ils en visionnent une captation pour donner leur avis et plus précisément, leur aval, sur cette nouvelle mouture. Alors que l’écran géant s’allume et que les textes commencent à être déclamés par les jeunes comédiens, les voilà tous qui se souviennent, qui se remémorent leurs rôles et qui se mettent à rejouer la pièce… Vous n’avez encore rien vu nous propose donc de voir des acteurs rejouer une pièce de théâtre devant un écran qui diffuse cette même pièce de théâtre par d’autres. Effectivement, on est bien dans du cinéma expérimental qui s’amuse de cette mise en abîme théâtrale donnant la part belle aux numéros de comédiens. Et ?

Et c’est bien là le problème de cette nouvelle œuvre d’Alain Resnais : sa finalité. Le cinéaste fait un joli petit numéro, un exercice de style filmant des textes déclamés parlant de la vie, de la mort, de l’art, de l’amour alors que quelques surprises sont au programme. Mais alors qu’il a toujours eu un don pour donner un petit côté théâtralisant à ses films se mariant à merveille avec la cinégénie de son cinéma à la saveur unique et particulière, Vous n’avez encore rien vu sonne cette fois-ci comme un faux-pensum prétentieux, essayant pompeusement de se draper dans un cachet artificiellement auteurisant. Resnais prend une direction extrême, résolument expérimentale mais son petit manège peine à dépasser le stade de « l’effet », de « l’exercice de style » devant lequel on reste de marbre comme les décors de cette fausse demeure glaciale reconstituée de la même que des décors de théâtre. Car Resnais va jusqu’au-bout de son idée. Décors réduits au minimum, volontairement artificiels pour faire authentiquement « théâtral », jeu très maniéré des comédiens, musique appuyée soulignant les situations (signée au passage de l’américain Mark Snow, derrière le générique culte de X-Files et qui avait déjà collaboré avec Resnais sur Les Herbes Folles)… Vous n’avez encore rien vu est une véritable double représentation filmée, dans l’écran et dans « l’écran dans l’écran ». On aurait presque envie de dire à Resnais que c’est bien, qu’il l’a fait. Mais à quelles fins ? Ennuyeux au possible, jamais envoutant par la poésie de ses mots, le film est tout juste un capharnaüm déconstruit qui se revendique comme de l’art alors qu’il n’expérimente rien de bien nouveau que le cinéma expérimental n’aurait pas déjà exploré depuis des lustres. Il permet au moins à sa galerie de comédiens de pouvoir briller le temps d’un film, de pouvoir se mettre en avant comme le cinéma français aime à le faire, en s’auto-congratulant mutuellement dans un consensuel dépitant.

Vous n’avez encore rien vu semble déchaîner les passions puisqu’il se dit à droite à gauche, que cette dernière œuvre d’un vieux monsieur est un chef d’œuvre. Des mots lancés, de jolies tournures de phrase alambiquées pour faire dans l’emphase stylistique, des expressions toutes trouvées qui cherchent à faire effet, mais pas toujours alignées en conclusion d’une véritable justification expliquant pourquoi. Pourquoi Vous n’avez encore rien vu est-il si extraordinaire que cela ? On a surtout l’impression de voir un milieu se faire des courbettes et se passer la brosse à reluire parce que c’est de « bon ton de crier au génie » mais la réalité est que cet essai crépusculaire « resnien » est assommant. Il reflète en tout cas parfaitement, avec son croisement des arts intellectualisé au mépris du plaisir cinématographique, toute la prétention du cinéma français d’aujourd’hui. Et l’on se demande pourquoi le public lui tourne autant le dos. Et bien sûr, c’était aussi à Cannes.

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