THE TOWER de Ji-hoon Kim
Critique DVD – (catastrophe)

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The_TowerMondo-mètre :
note 6
Carte d’identité :
Nom : The Tower
Père : Ji-hoon Kim
Livret de famille : Kyung-gu Sol (Young-ki), Sang-kyung Kim (Dae-ho), Ye-jin Son (Yoon-hee), Ji-han Do (le bleu), Tae-won Kwon (Jang), Kim In-kwon (Sergent Byung-man), Ahn Sung-ki (Chef Yeouido), Mina Cho (Hanna), In-Pyo Cha (Le Président), Han-wi Lee (Mr Kim), Kim Sung Oh (In-geon), Jae-ho Son (Mr Yoon)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 18 juin 2013 (en DVD)
Nationalité : Corée du Sud
Taille : 2h01
Poids : 9,3 millions $

Signes particuliers (+) : Un film catastrophe plaisant et bien exécuté, enfilant parfaitement ses pieds dans les chaussons du genre pour en réciter les codes de bravoure. Divertissant, haletant et élégant, The Tower n’a rien du DTV cheap mais est au contraire une belle production à gros budget qui n’a pas à rougir de la concurrence américaine par exemple, du haut de ses effets réussis et de sa charge évidente et sans concession sur le cynisme du monde des riches. Quand Titanic croise La Tour Infernale.

Signes particuliers (-) : Le film n’apporte rien de bien nouveau au genre avec son histoire et sa critique assez superficielle et facile. l’interprétation et l’écriture sont sans cesse dans l’emphase sur-appuyée à la coréenne et la musique est assez mauvaise. Sinon, comme d’habitude, ces pointes d’humour typiquement locale et qui ont du mal à nous arracher quelques sourires.

 

DIE HARD : LA TOUR INFERNALE CORÉENNE !

Résumé : La Sky Tower est l’objet de tous les regards en plein centre de Séoul. Cette construction ultra-luxueuse est composée de deux tours jumelles reliées par un pont de verre en altitude. A intérieur, les résidents sont bichonnés, ce qu’ils paient excessivement cher puisque la Sky Tour est un repère très select, pour millionnaire et puissants. Les festivités de noël y sont toujours le théâtre de spectacle grandioses. cette année, des hélicoptère survolant le building pour l’arroser de neige, donnant l’illusion d’un vrai soir de noël en plein Séoul. Mais lorsque l’un d’eux a un problème et s’écrase dans une des tours, c’est le début du cauchemar. Des centaines de personnes sont coincés dans les étages supérieurs et les tours menacent de s’effondrer…

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L’INTRO :

Film catastrophe coréen directement sorti en DTV en juin dernier et affublé d’une affiche qui en appelle aux nombreuses bisseries bas de gamme qui fleurissent sur le marché vidéo à longueur d’année, The Tower est l’exemple même du divertissement censé en mettre plein la vue dans lequel on ne croit pas une seconde, prêt à recevoir une belle bouse cheap et ridicule à peine digne d’une diffusion sur RTL9 ou Ciné FX. Le fait qu’il s’agisse là d’un gros budget de pas loin de 10 millions de dollars américains aurait pu nous rassurer mais non. En cause, le souvenir lancinant du dernier film du genre lancé à l’international par la Corée, l’ambitieux mais médiocre et raté Haeundae. Budget équivalent, sorti par le même biais, la seule nuance était qu’Haeundae avait bénéficié d’une campagne promo plus importante. La déception avait été à la mesure de l’excitation. Le film de tsunami de Je-Gyun Yun, énorme carton dans son pays, flirtait avec le désastre entre ses effets spéciaux numériques affligeants, son interprétation tragique et son écriture foncièrement idiote. Mais la Corée du Sud insiste, preuve de sa volonté exacerbée d’afficher une production cinématographique d’une diversité étonnante et parfaitement concurrentielle avec les blockbusters hollywoodiens. On sait déjà que le pays du matin calme a trouvé la recette pour tout ce qui est cinéma d’action, polar ou thriller voire même parfois horreur, et n’a donc pas à rougir d’une quelconque comparaison avec qui que ce soit sur ces terrains là, confiant en sa force et sa qualité au point d’être devenu l’une des cinématographies les plus intéressantes au monde. Mais côté cinéma catastrophe épique (valable également pour la SF), il lui restait encore un bout de chemin à faire, notamment sur le terrain des effets spéciaux digitaux qui ont malheureusement dans ce type de cinéma là, le pouvoir de décrédibiliser une entreprise toute entière.

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Exemple même du réalisateur touche-à-tout, le cinéaste Ji-hoon Kim signe avec The Tower son quatrième long-métrage… dans autant de genres différents ! Après un premier film en 2004, la comédie Mokpo, Gangster’s Paradise, puis un drame à consonance politique en 2007 avec May 18, il enchaîne en 2011 avec le film d’horreur Sector 7 avant de bifurquer en 2013 vers le gros cinéma catastrophe spectaculaire avec The Tower. Un bel exemple de metteur en scène refusant l’enfermement dans un registre précis, cherchant à varier les expériences, participant à aider le cinéma coréen à se sortir de l’impasse dans laquelle il fonçait aveuglément depuis quelques années à force de recycler ses hits et multipliant les productions dans les seuls genres qui font son éclat à l’international au risque de rapidement tourner en rond. S’il bénéficie pour The Tower d’un budget assez astronomique pour le cinéma local, encore fallait-il assurer derrière savoir l’utiliser judicieusement. D’une part, dans l’exercice en exploitant bien ses millions de wons et d’autre part, en soignant un casting qui se devait d’être vendeur. Et celui de The Tower interpellera les mordus de cinéma coréen. On y retrouve notamment le très bon Kyung-gu Sol (Silmido, Papermint Candy ou Public Enemy, déjà dans au générique du triste Haeundae), Sang-kyung Kim (déjà dans May 18, vu aussi dans Memories of Murders), la mannequin Ye-jin Son (Ivre de femmes et de Peintures), le jeune Ji-han Do (vu récemment dans le pas mal The Neighbors), Tae-won Kwon (une filmo assez fournie et diversifier allant des premiers films de Ji-hoon Kim à The President Last Bang en passant par Public Enemy ou récemment The Private Eye)…

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L’AVIS :

On ne cessera de le répéter pour briser les idées préconçues (et compréhensibles) mais pas question de s’attendre à du cheap bas de gamme avec The Tower. C’est la première bonne surprise de ce DTV sorti bien trop discrètement pas faire tiquer. Pour ce nouveau film-spectacle visant l’intense et l’haletant au travers d’une aventure catastrophe dramatique, Ji-hoon Kim a mis le paquet d’autant qu’il se mesurait à une référence particulièrement culte puisque The Tower est, de son aveu, directement inspiré du classique La Tour Infernale. En même temps, il ne fallait pas sortir de saint-Cyr pour s’en rendre. Un violent incendie se déclare suite à un accident d’hélicoptère s’abimant au beau milieu d’une immense tour de luxe en pleine métropole coréenne. Bien entendu, pas mal de morts mais surtout des gens bloqués qui vont devoir à tout prix trouver la sortir avant l’effondrement. The Tower récit ses gammes et Ji-hoon Kim fait preuve d’une grande connaissance du genre puisque au détour de quelques séquences, plans ou répliques, on se rend compte que le film multiplie les clins d’œil ou emprunts à pas mal de classiques du genre, de La Tour Infernale bien entendu à L’Aventure du Poséidon en passant par Backdraft (ou le Lifeline de Johnnie To), Daylight ou encore le Titanic de Cameron. Mais surtout, Ji-hoon Kim puise dans deux « évènements » qui semblent avoir nourris la construction de son œuvre. D’abord, le 11 septembre américain (difficile de ne pas y songer sur certains plans) et deuxièmement, l’histoire biblique du roi Nebuchadnezzar, célèbre dans le livre religieux pour être à l’origine de l’éclatement des peuples, de leur dispersion aux quatre coins du monde avec tous des langues différentes. Nebuchadnezzar avait défié Dieu en se lançant dans la construction d’une immense tour luxueuse si haute, qu’elle irait jusqu’au ciel, défiant le créateur. C’est un peu l’idée au centre de The Tower avec cette tour immense, « touchant les cieux » de la bouche de son Président, sanctuaire paradisiaque selon ses résidents, au luxe proprement incroyable. Une tour-défiance qui malheureusement va chuter.

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The Tower multiplie les défauts souvent récurrents du cinéma de divertissement coréen donc autant les évacuer d’emblée pour se concentrer sur ses qualités. Comme très souvent, les nombreuses piques d’humour très local et qui ne fonctionnent guère auprès de nous, public occidental, auront vite fait d’énerver quelque peu. Au moins autant que la bien mauvaise bande originale qui soutient l’ensemble des séquences, qu’elle soit à suspens ou romantique. L’écriture est très souvent dans l’emphase et la retenue sobre n’est pas sa première qualité. Ce sera valable pour les sentiments, les émotions, les personnages (souvent un peu tartes) et tout ce qui peut être surligné sans finesse à grands coups de marqueur épais. Au moins, c’est fait, c’est dit. Maintenant, The Tower est néanmoins une surprise inattendue. Le cinéma d’entertainement coréen à gros budget ressort plutôt grandi de cette tentative de grosse production pop corn divertissante. La facture est certes très classique du genre, avec une exposition chorale qui prend son temps (mais pas trop, contrairement à de nombreux films catastrophes traditionnels qui démarrent à mi-parcours, puisqu’ici tout est lancé au bout de 30 minutes) puis le drame efficace ouvrant la phase deux du long-métrage, la partie « aventure » et survie. 2012 - The Tower (still 1)Classique certes mais The Tower parvient-il à être audacieux ? Oui et non. Non dans le sens où finalement, le film reste très conventionnel et se déguste davantage comme une belle production soignée et bien exécutée qui ravira les amateurs du genre. Ji-hoon Kim affiche beaucoup de maîtrise dans une réalisation léchée et élégante (même s’il se perd à deux-trois moments dans quelques séquences un peu plus brouillonnes) et accouche d’une distraction spectaculaire et haletante, parfaitement calibrée pour remplir son contrat. Et la cerise sur le gâteau sera bien entendu, la qualité de ses effets digitaux qui pour une fois servent le film au lieu de le faire redescendre de trois étages. The Tower est bien foutu, visuellement assez impressionnant et la beauté de son cadre (cette tour majestueuse incarnant à elle-seule le luxe) n’aura d’égal que l’ampleur de sa catastrophe. Côté oui, The Tower peut-être perçu comme un film audacieux dans le sens où Ji-hoon Kim multiplie les scènes plutôt imaginatives (celle de l’ascenseur ou du pont de verre) avec parfois une pointe de violence graphique marquante et surtout, le cinéaste dédouble son film d’une critique virulente envers le système cynique des tout-puissants face au reste du commun des mortels. Sa charge féroce est certes assez facile et directe, et ne se drape pas dans des doigts de soie mais plutôt dans de bons gros moufles bien épais. Ji-hoon Kim tape méchamment sur les hautes sphères et cet univers des riches dans une vision qui rappelle furieusement celle du Titanic, alignant les coups de regards accusateurs vers leur égoïsme, leur méchanceté, leur mépris des classes inférieures, leur dédain prétentieux, la complaisance pathétique qui règne entre puissants, la stupidité de leur monde déconnecté de la réalité… Ji-hoon Kim réalise clairement un film à mi-chemin entre La Tour Infernale pour le cadre et Titanic pour le fond où la vie d’un riche vaut plus que celles de 30 « normaux » etc… Cette critique acerbe constante n’aura de fait que de renforcer au passage l’empathie envers les personnages positifs qui en deviennent presque émouvant au-delà de leur caractérisation un peu tarte. On finit par se prendre d’affection pour le petit groupe auquel l’histoire va s’attacher entre victimes, membres du personnel de la tour et pompiers.

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Sans réelle surprise si ce n’est sa facture globale, largement supérieure à ce à quoi on était en droit de s’attendre, The Tower est un film plaisant à défaut d’être original. Cette version coréenne de La Tour Infernale n’apportera pas grand-chose au moulin du genre ou au film de pompier, mais son caractère ludique agrémentera parfaitement une soirée détente. Ji-hoon Kim glisse ses pieds dans les chaussons des nombreux classiques du registre et essaie proprement d’exécuter quelque-chose d’équivalent. On devance, il est vrai, assez souvent l’intrigue dans l’ensemble assez prévisible, mais la sincérité et l’efficacité de ce blockbuster sauce coréenne est relevée, lui permettant de faire mouche en tenant en haleine et qui plus est, sans trop tourner en rond sur ses deux heures de métrage. Bien sympathique.

Bande-annonce :

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