SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE de Pascal Plisson
– critique – en salles – (documentaire)

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note 5.5
Carte d’identité :
Nom : Sur le chemin de l’école
Père : Pascal Plisson
Livret de famille : Jackson, Zahira, Samuel, Carlos…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 25 septembre 2013 (en salles)
Nationalité : France
Taille : 1h15
Poids : 2 millions €

Signes particuliers (+) : Un quatuor de récits exceptionnels empreints de courage, de ténacité et de magnificence, remettant bien des choses en perspective quant à nos vies confortables dans nos sociétés évoluées. C’est quand quelque-chose vous manque que l’on se rend compte de son importance. L’accès à l’éducation est si évident pour nous qu’il est perçu comme un fardeau là où à l’autre bout du monde, les difficultés pour gagner le chemin de la connaissance sont tellement parsemées de contraintes qu’il est vécu comme un privilège plein d’espoir. Un beau pamphlet nous rappelant notre chance.

Signes particuliers (-) : L’exemple incarné du documentaire au sujet trop beau, poussant de fait son auteur vers une forme de facilité paresseuse. Plisson se repose entièrement sur le sublime évident de ses histoires et ne cherche jamais à leur conférer hauteur et épaisseur, préférant rabâcher son message avec une lourdeur moralisatrice rapidement agaçante et avec beaucoup trop de naïveté. La preuve que le documentaire est un art et que la simplicité humble doit en être la règle première.

 

LA CLOCHE A SONNÉ, L’ÉCOLE EST À NOUS

Résumé : L’histoire de quatre enfants aux quatre coins du monde, dans des zones reculées et dangereuses, qui doivent accomplir chaque jour un véritable périple parsemé d’embuches pour rejoindre leur école…

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L’INTRO :

Passionné par l’Afrique, sa culture, son mode de vie, sa beauté mais aussi ses nombreux problèmes, le documentariste engagé Pascal Plisson (Massaï, les guerriers de la pluie) s’attaque à un projet ambitieux né d’un de ses nombreux voyages à travers l’immense continent. Petit retour en arrière éclair sur la genèse du film. C’était au Kenya il y a plusieurs années dans le cadre d’un documentaire animalier. Alors qu’il effectuait des repérages, le cinéaste voit passer en courant quelques enfants Massaï munis de sacs en toile. Ils allaient tout simplement à l’école, entreprenant comme chaque matin un incroyable périple aussi long que fastidieux et surtout dangereux sur plusieurs kilomètres, motivés par la seule volonté de jouir du privilège d’apprendre considéré comme un offrande. Oui, l’école, ce fardeau obligatoire et sacerdoce cruel imposé à des millions enfants occidentaux qui souhaiteraient par tous les moyens y échapper, est à l’opposé une chance pour d’autres, dans des endroits reculés du monde où l’accès à la connaissance est un problème. C’est si souvent comme ça, il faut que quelque-chose nous manque pour que l’on se rende compte de son importance et de sa préciosité.

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Avec Sur le Chemin de l’école, Pascal Plisson revient à quelque-chose de plus sérieux, de plus essentiel, lui qui s’était égaré du côté du job de scénariste sur le lamentable Safari d’Olivier Baroux. Il entame un travail passionnant pour s’attacher à raconter quelques-unes de ces histoires extraordinaires du bout du monde avec un quatuor de récits marchant sur les traces d’une poignée d’enfants éparpillés en Amérique du Sud, en Inde, au Kenya et au Maroc. Tous doivent accomplir des quasi-miracles du quotidien pour rejoindre au sens premier du terme le chemin du savoir et de l’instruction, bravant la distance et les dangers animé par une soif de connaissance touchante qui étonnerait bien de enfants de chez nous. L’un traverse sur 15 kilomètres la savane kenyane avec sa petite sœur tandis qu’une autre descend des montagnes escarpées de l’Atlas marocain. Sur un autre continent, Samuel, handicapé des deux jambes, est poussé par ses deux frères sur son fauteuil roulant bricolé sur plus de quatre kilomètres alors que Carlos parcourt 18 kilomètres à cheval avec sa petite sœur, dans les immenses plaines de Patagonie. Des histoires fortes, puissantes, bouleversantes, muées par la force de l’espoir, de l’envie et de la ténacité, aux cotés de ces bambins entre 11 et 13 ans.

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L’AVIS :

Sur le Chemin de l’école est un documentaire où rien n’est écrit. Les récits narrés sont authentiques, sans rajouts scénaristiques, seulement le reflet de l’incroyable qui se produit en silence aux quatre coins du monde. A l’heure où certains ronchonnent au chaud dans le monospace parental à des horaires décents, d’autres entreprennent aux premières lueurs des aventures quotidiennes parsemées de dangers pour atteindre le même but avec seulement des tonnes de difficultés supplémentaires. Soutenu par Walt Disney et animé d’une réelle volonté de porter à la connaissance de tous ces réalités qui paraissent lointaines et fantastiques, mais qui sont au contraire on ne peut plus véridiques, Pascal Plisson nous entraîne dans un quadruple voyage qui, au passage, nous permettra d’entrevoir des paysages magnifiques défilant conjointement en arrière-plan de ces exaltantes histoires qui font partie de ces fables qui remettent les idées en place, qui remettent les choses à leur place, qui font relativiser et nous positionne face à face avec la chance que l’on a de vivre dans nos confortables pays où tout semble naturellement acquis. Le documentariste a bien choisi ses enfants, bien choisi ses lieux et ses épisodes renforçant de pair l’admiration portée au courage et au mérite magnifique de ces chérubins aux voyages quotidiens entravés par les contraintes. Surtout, voilà un témoignage se voulant épique, qui se posait comme un hommage à l’importance de l’éducation et une véritable leçon de bravoure remettant bien des choses en perspective. Sur le chemin de l’école a tout du documentaire au sujet inattaquable puisqu’à lui-seul, il s’impose d’emblée comme ancré dans l’exceptionnel, dans le sensationnel naturellement transcendé. Que dire après de tels contes qui n’ont rien d’imaginés si ce n’est : « waouh, incroyable »…

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Pourtant, si, il y a bien des choses à dire. Sur la forme notamment. Ce genre d’exercice est en principe inattaquable de fait de son seul postulat intrinsèque sur lequel aucune critique ne peut être décemment formulée tant à lui seul, le sujet fait la grandeur d’un projet on ne peut plus louable et défendable. Et c’est bien ce qui est triste car Plisson en joue avec paresse. Le cinéaste déroule ses images avec trop de facilité en les affublant d’une naïveté du discours désavantageuse, doublée d’un moralisme à la longue agaçant à sans cesse enfoncer un clou déjà bien largement planté et qui finit par nuire de lui-même à sa propre rhétorique qui n’avait pas besoin d’autant. De ce qui aurait pu être une démonstration virtuose et renversante si elle avait été pensée avec simplicité, justesse et parcimonie, le réalisateur alourdit son entreprise en rabâchant à outrance son noble message, au point de braquer sous le poids de son instance sermonneuse pénible à vouloir nous faire rentrer dans le crâne à coup de burin, la chance dont on jouit dans nos confortables et riches sociétés évoluées et bien civilisées. Un message que l’on entend dès les premières secondes au détour d’un carton d’introduction clair et limpide comme de l’eau de roche, mais qui n’empêche pas l’auteur de vouloir le marteler en plaçant des phrases forcées dans la bouche de ses bambins qui sonnent fausse d’absence de naturel nous renvoyant aux ridicules sermons de nos enfances : « mange ta purée, y’en a qui seraient bien contents d’en avoir ». On passera sur les maladresses d’ordre plus techniques et stylistiques, d’une mise en scène approximative et faussement inspirée à un montage un peu gauche, car finalement le fond dépasse en considération la forme. De même, on évitera de se pencher de trop près sur la construction et l’agencement assez chaotiques de ces histoires, qui manquent souvent de sens et de naturel. Reste qu’à trop vouloir faire édifiant voire pontifiant, Pascal Plisson nuit à son propre travail exemplaire et évidemment sincère, et n’arrange pas son somptueux matériau par la simplicité à laquelle il le réduit, ne trouvant jamais les bons moyens de l’ouvrir (une idée presque unique exposée pendant 1h15 alors que la matière était infiniment plus grande) et de lui faire prendre de la hauteur pour qu’il gagne en épaisseur et en intelligence. Sur le chemin de l’école ou l’exemple parfait du passionnant documentaire terni par ses maladresses qui en affaiblissent la portée. C’est rare mais ça arrive et ça prouve bien que ce crédo demande autant de talent que tous les autres genres, voire plus, et qu’il ne suffit pas de se reposer sur son seul argument de vente attendrissant, même si l’on serait tenté de se contenter de la superficialité de la chose pour crier à l’émerveillement.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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