SPRING BREAKERS d’Harmony Korine
– critique – en salles – (drame)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Spring Breakers
Père : Harmony Korine
Livret de famille : Rachel Korine (Koty), Vanessa Hudgens (Candy), Selena Gomez (Faith), Ashley Benson (Brit), James Franco (Alien), Sidney et Thurman Sewell (jumeaux), Heather Morris (Bess)…
Date de naissance : 2013 / Nationalité : Etats-Unis
Taille/Poids : 1h32 – 3 millions $

Signes particuliers (+) : Du sexy à gogo, des bimbos, de la nudité (et on y croyait guère vu le casting en présence), un excellent James Franco et des thématiques sous-jacentes intéressantes.

Signes particuliers (-) : Prétentieux, poseur, ennuyeux, Korine rate son essai de mixage, tour à tour racoleur puis « sur-artistique », virant même carrément à l’esbroufe auteuriste vaine.

 

A VOUS DÉGOÛTER DU SPRING BREAK

Résumé : Quatre jeunes femmes braquent une épicerie de nuit pour se payer le voyage onéreux pour le Spring Break annuel. Arrêtées sur place pour détention de drogues, elles sont sorties de prison par Alien, un gangster/rapeur, qui paye leur caution…

Quand Harmony Korine dit qu’il voulait faire un film sur une bande de mignonnes petites nanas en maillot de bain, cagoulées et armées, l’image faisait saliver. Surtout qu’avec celui qui se cache derrière les scripts de Kids ou Ken Park de Larry Clark, on peut être sûr d’une chose, c’est qu’il y a peu de chances pour que l’on ait à l’arrivée,  un gentil et sage petit thriller banal. C’est vraiment pas le genre de la maison, au contraire. Avec Korine, on pouvait déjà se laisser aller à imaginer un brûlot bien hard qui aurait fait parler de lui. Confirmation rapide puisque pour son cinquième film en tant que metteur en scène, le cinéaste enrôle une brochette d’actrices dont il a l’intention de briser l’image en mille morceaux, pour notre plus grand plaisir. Seront donc à l’affiche de sa virée trash en terres « spring breakiennes » :

– la fadasse Selena Gomez, ex-meuf de Justin « la mèche » Bieber, toute droit sortie de l’univers Disney Channel (la série Hannah Montana) et qui a encore cette image insupportable de petite fiancée de l’Amérique, prude et tête à claque.

– l’incendiaire Vanessa Hudgens, qui vient de High School Musical mais que Zack Snyder avait commencé à relooker dans Sucker Punch, pour la rendre bandante comme jamais.

– La moins connue Ashley Benson, des téléfilms, la série Pretty Little Liars mais surtout 175 épisodes de Des Jours et des Vies à son actif (sic !).

– Et enfin, Rachel Korine, femme du réalisateur, et ceci d’expliquer cela : trois bombes, une moche, cherchez l’erreur.

 Bref, du bien sage en temps normal et qui risque de prendre cher si le cinéaste va au bout de son idée, ce qu’on ne peut que souhaiter, bien évidemment… Et pour chapeauter cette brochette, Korine fera appel au talentueux James Franco qui viendra endosser un costume bien étonnant, celui d’Alien, mi-rappeur mi-gangster, parleur infatigable aux dents en ferraille, aux nombreux tatouages, aux bagnoles clinquantes et armés comme un fou furieux.

Le projet s’est accéléré dans la tête de Korine le temps d’un voyage d’une dizaine de jours en Floride à l’heure du légendaire « spring break ». Une histoire de quatre filles qui montent un braquage pour réunir les thunes nécessaires pour un road trip direction la Floride pour participer au lâchage annuel des étudiants, avec ses plages, ses dérives et son mélange sulfureux de sexe, d’alcool, de musique, de fêtes et de drogues. Sur place, la police qui les rattrape, un mystérieux rappeur/gangster qui leur tend la main et leur vie qui bascule. Mais surtout, pour Korine, le sujet était l’occasion d’explorer les thématiques déjà visitées dans les films de Larry Clark mais avec le regard d’aujourd’hui : la jeunesse actuelle et sa déliquescence, en essayant de comprendre le pourquoi, de cerner leurs motivations, de pointer du doigt son besoin d’auto-destruction. Kids a plus de 15 ans maintenant, la jeunesse a évolué, ses codes, sa culture, son fonctionnement a évolué, pas forcément changé, mais évolué. L’occasion pour Korine de poser un regard sur ce qu’elle est devenue. Et Spring Breakers d’être sur un entre-deux entre la virée fun et le film sérieux, en somme, un film qui a tout l’air d’être une ânerie abrutissante en surface mais qui renferme en son creux, un vrai film d’auteur au discours et aux thématiques intéressantes.

« Le fluo, les néons, la Floride, les couchers de soleil… Tout cela s’est emmêlé dans mon esprit » dit Harmony Korine à propos de Spring Breakers. Et bien voilà peut-être pourquoi le résultat est ainsi, emmêlé, embourbé dans un n’importe quoi déroutant. Korine se prend les pieds dans le tapis en tentant un grand écart qui conduit son film dans une impasse formelle et narrative. D’un côté, il plonge la tête en premier dans le racolage de bas étage qui rappellerait presque (le second degré fun assumé en moins) le Piranha 3D d’Alexandre Aja alors que de l’autre, il s’essaie à un quasi-expérimentalisme avec des dérives auteuristes excessives poseuses et prétentieuses que certains qualifieront de « pop art » cinématographique. Normal, il fallait bien qu’une certaine presse « bobo » s’enflamme pour ce torchon brûlé d’une prétention sans borne, qui ne fonctionne pas une seconde et qui se permet de prendre son public pour des cons. Korine s’essaie à la virée acidulée douce-amère, sur fond de déchéance d’une jeunesse désœuvrée mal dans sa peau, mal dans sa vie, abandonnée et promise à une vie tracée déprimante et monotone. C’est le cas de cette « bande de quatre » qui, du jour au lendemain, décide de dire stop. Stop à cette vie rébarbative où les mêmes gestes, les mêmes mouvements, les mêmes situations, les mêmes journées se répètent inlassablement. Stop à cet environnement d’une torpeur à crever, stop à cette existence qui mène vers un nulle part existentiel. Elles veulent casser cette monotonie, casser cette récurrence, casser cette aseptisation, ce cycle préprogrammé exaspérant. Elles veulent du fun, de la surprise, découvrir d’autres choses, d’autres horizons, essayer, tester, vivre, être libres. C’est là qu’entre en jeu les illusions fatales qui les ramèneront à la réalité. Dans l’idée, le scénario de Korine aurait pu conduire à quelque chose de grand. Il aurait pu mélanger virée trash et sexy et réflexion sur une partie de la société américaine actuelle. Mais dans la pratique, le cinéaste manque un virage et s’envole en l’air dans le décor.

Spring Breakers veut tout faire à la fois, ne sait pas choisir ni sa direction, ni sa thématique, ni sa forme, et au final, c’est avec un bordel halluciné que l’on se retrouve sans trop savoir ni quoi en faire, ni comment l’appréhender, comme un vieux flyer publicitaire encombrant. Alors on jette à la poubelle. L’impression première est d’être devant un film fun et éclatant, produit typiquement masculin, bourré de nibards et de fessiers qui se meuvent sur la plage alors que des torrents d’alcool coulent à flot dessus, tout ça sur de la bonne techno festive, avec au passage, les ralentis qui vont bien pour kiffer. Et au milieu de ce chaos dégénéré, nos quatre à nous, jeunes femmes excitantes en maillot de bain, prêtes à tous les excès. Mais Korine ne veut pas se limiter à ce triste spectacle pour mâles en rut et la seconde impression, est d’être en réalité devant une étude de moeurs, un regard posé sur la jeunesse d’aujourd’hui, avec tout son désespoir, ses failles, ses erreurs. En fait, le cinéaste cherche à se faufiler dans un entredeux entre du Larry Clark et du Gregg Araki, entre l’étude et le fun décalé à voir ces beautés déambuler en bikini, pétoire à la main. Mais patatras, Korine ne fait ni aussi bien que l’un, ni aussi bien que l’autre.

Spring Breakers est un summum de prétention déguisée, triste spectacle émanant d’un cinéaste qui prend son auditoire à la fois en otage et pour des cons. Il avait de bonnes choses pour constituer la base de son film, Korine, mais à se regarder filmer sans cesse, à essayer tous les délires formels qui lui traversent l’esprit sans jamais se préoccuper du spectateur mais seulement en se focalisant sur son joujou « arty » poseur et vain, il nous perd assez vite et assez bien. Le scénario de Spring Breakers a finalement été rédigé à la va-vite, au mépris de toute logique et vraisemblance, au mépris également de toute cohérence dans la psychologie des personnages censée soutenir l’idée de départ qui est pourtant bien là, noyée dans tant d’indigence et d’inconsistance creuse. Tous les bons points que livre le film, toutes les bonnes idées que soulèvent le scénario, sont systématiquement dézingués au fur et à mesure à cause de cette obsessionnelle volonté de se concentrer sur la plastique pour montrer à quel point on est « devant de l’art ». Et on s’étonne de voir tout un tas de critiques tomber dans le panneau de ce faux-brûlot pourri. Alors oui, James Franco à contre-emploi est énorme. En même temps, l’acteur n’a pas attendu Korine pour révéler son talent et forcément, en lui filant un rôle aussi étrange que délirant, c’était facile de prévoir qu’il se distinguerait malgré son cabotinage par pas le choix puisqu’il est livré à lui-même, en roue libre. Dommage aussi que son personnage troublant aux failles intéressantes (un vrai lâche tour à tour charismatique puis soumis pathétiquement) soit aussi mal traité. Alors oui aussi, les actrices cassent « gentiment » leur image. Vanessa Hudgens montre un sein, Ashley Benson montre un bout de ses fesses, Selena Gomez… veut bien être en maillot de bain (faut pas pousser mémé dans les orties non plus). Mais tout ça pue le préfabriqué pour faire jaser, le manque de sincérité racoleur et cynique à souhait (« Je voulais qu’on ait de lécher l’image » dicit le metteur en scène limite putassier sur ce coup alors qu’il se la pète branchouille d’autre part). Seule Rachel Korine n’est pas pudique et son mari à la ville d’en profiter pour dévoiler nibards et fessiers en veux-tu en voilà. Malsain en plus.

Korine avait des idées, on le dit et on le répète. Il avait surtout des intentions avec cette histoire de fuite en avant de jeunes femmes voulant échapper à la vie sociale qui leur est destinée et se trompant de route dans leur quête illusoire de liberté. Le cinéaste avait su cerner cette jeunesse, sa mécanique, la façon dont elle a évolué depuis Kids. Il avait su l’observer et l’introduction de Britney Spears en guise de BO est, pour nous trentenaires, aussi insupportable que logique pour le film, puisque la chanteuse pop correspond parfaitement (et pourrait être un emblème) aux codes de cette jeunesse débridée-paumée (bon, était-ce la peine de faire chanter « Everytime » à Franco jouant du piano ? Non parce que pour le coup, ridicule quand tu nous tiens…). Mais voilà, enjeux et ressorts narratifs dramatiques, script nonsensique, scénario n’exploitant jamais ce qu’il soulève de bon, mépris de toute structure cohérente, Harmony Korine semble presque se foutre du contenu de son film, trop obnubilé par l’emballage chichiteux de son soi-disant brûlot qui est en fait un pesant pavé moralisateur. Il nous pond alors un film faussement artistico-branché, une œuvre d’art qui se la joue pop « Andy Warholienne » mais qui est surtout lâche et médiocre, avachie parterre après s’être cassée la figure à avoir le cul entre deux chaises qui ne sont pas compatibles. C’est ça de se prendre tellement au sérieux. Korine regarde ses personnages et les spectateurs de très haut avec un dédain affiché. On le lui rend bien, Spring Breakers est un échec sur toute la ligne, qui prouve qu’on peut avoir toutes les bonnes idées du monde, quand on ne sait pas les mettre en scène, on se plante.

Bande-annonce non censurée :

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