RENCONTRE AVEC MIKE CAHILL, RÉALISATEUR DE « I ORIGINS » ET « ANOTHER EARTH »

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Mike_CahillInterview réalisée en compagnie de missbobby.net
Crédits photos : MissBobby

Festival de Deauville, jour 7 : On est ressorti bouleversé du magnifique I Origins (lire la critique ici). Un film extrêmement profond, riche et complexe. Le lendemain, nous avons pu nous entretenir avec cet esprit un peu fou mais totalement passionnant… Une interview surréaliste et vraiment « particulière »…

Mike Cahill : Vous avez vu le film ?

Nous : Oui. Enfin, ce n’était pas un film, c’était un cadeau que vous nous avez offert.

Mike Cahill : Merci ! Ça représente beaucoup pour moi, d’entendre ça. Je pensais que les gens avaient détesté.

Nous : Sérieusement ?

Mike Cahill : Non, je déconne ! (rires)

Nous : Vraiment, c’était beau, poétique, profond…

Mike Cahill : Sincèrement, ça me fait plaisir…

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Bon, on n’est sûrement pas les premiers à vous demander cela mais, comment vous est venue l’idée de ce film ?

Mike Cahill : Quelle idée, quelle partie du film ! (rires)

Le tout…

Mike Cahill : C’est venu d’un ensemble de choses et d’inspirations. Je suis très intéressé par les sciences, par l’amour, par la métaphysique, par tout ce qu’on ne peut pas toucher et qui nous entoure, la spiritualité aussi… Et d’un autre côté, j’ai aussi appris à connaître les particularités de l’œil, le fait qu’une empreinte oculaire est unique. C’est comme une œuvre d’art au milieu du visage. Si vous zoomez de très près, l’œil ressemble à une nébuleuse dans l’espace. C’est magnifique et c’est unique. Chaque œil est unique. C’est le seul organe qui ne change pas, qui ne grandit pas. C’est pourquoi les bébés ont de si grands yeux. Et historiquement, depuis toujours, l’œil a toujours été quelque-chose de particulier. Une inspiration, une contemplation, pour la poésie, la science, l’art… Je vais vous raconter une petite histoire qui me vient. Ça ne vous ennuie pas, je ne vous ennuie pas au moins ?

Oh non, pas du tout !

Mike Cahill : J’étais sur une île en Croatie. Et j’ai vu d’anciennes ruines romaines. Et puis sur les bords de la plage, il y avait ces rochers avec des empreintes de dinosaures. Et j’ai réalisé que les civilisations s’élèvent et s’éteignent. Et ces civilisations n’ont jamais découvert les dinosaures. La paléontologie date des années 1800. Les dinosaures datent d’il y a plusieurs millions d’années, le début de la grande évolution est venu ensuite. Tout ça forme une grande narration où le paradigme qui permet de comprendre la vie change en permanence. Tout ça si vous comprenez les dinosaures ! Les romains était au sommet dans leur civilisation. Puis tout s’est effondré, laissant juste des ruines. Et leurs bébés, leurs enfants, et eux-mêmes, ont vu tout ça au quotidien de leurs propres yeux, sans en comprendre la signification. Parce que visiblement, il y a quelque-chose qui échappe à notre regard dans nos civilisations, quelque-chose qui appartient à une réalisation supérieure, que l’on voit de nos propres yeux chaque jour, qui naît et qui disparaît. Et les gens dans 2000 ans pourraient se dire « j’étais naïf, c’était sous mes yeux ». Et c’est comme ça qu’on peut comprendre le paradigme de la vie. Prenez les yeux. Les yeux sont le miroir de l’âme, ça c’est le cliché éternel. Mais pourquoi existe t-il depuis toujours ? Les yeux ont été la plus grande problématique qu’a rencontré Darwin quand il travaillait sur la théorie de l’évolution des espèces, pour décrire le travail de la sélection naturelle. Dire que l’œil a évolué dans la sélection naturelle est absurde. C’est peut-être vrai mais c’est absurde. Il a beaucoup bataillé avec cette idée qu’il a forcément dû évoluer. La création et l’œil sont des exemples de choses tellement complexes. Si vous avez 12 pièces d’une machine et que vous en retirez une, elle ne fonctionne plus. C’est comme l’évolution, ça ne fonctionne plus. C’est une preuve de l’existence de Dieu. En fait, tous, scientifiques, nerds, poètes, tout le monde utilise l’œil comme un terrain de bataille. Il est au centre de débats passionnants. Et c’était pour moi un beau terrain pour parler d’amour. Dieu, c’est croire en quelque-chose sans aucune preuve matérielle. Bref, tout ça a tourné dans ma tête et ça a créé une histoire ! Taaaaatam… Super interview, merci les amis ! (rires). Ça a du sens au moins tout ça ?034273.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxOui, oui… Enfin…

Mike Cahill : Enfin non ! (rires)

Non moi, j’ai juste un problème avec la théorie de l’évolution et de la création du monde car on a l’impression que tout ça s’est presque fait tout seul. C’est un peu comme si on disait qu’on a réuni plein de pièces dans une boîte (des particules, des atomes etc..), on a secoué la boîte et hop, voilà l’univers, la Terre, la vie etc… Je trouve ça bizarre.

Mike Cahill : Oui, oui, je vois, continuez, c’est intéressant…

Je trouve la logique de tout ça trop variable.

Mike Cahill : Je comprends. Prenez un ver de terre. Je vais vous raconter une expérience que j’ai faite. Vous regardez un ver. Vous regardez un être humain. Il n’y a absolument aucun moyen pour qu’un ver devienne un jour un être humain. C’est inimaginable. C’est là que la question de la logique bloque. Si vous regardez bien, l’univers a 14 milliards d’années. La vie sur Terre, c’est 4 milliards d’années. Et l’être humain, c’est 6 millions d’années. C’est très difficile d’appréhender le temps. Et même si vous y arrivez, ça reste bizarre. Prenez le corps. On a des bras, des yeux… Et la génétique, je veux dire par là, l’ADN, c’est un assemblage de protéines diverses, une série qui forme un code. Mais chaque détail, la couleur de vos yeux etc… vient d’un gêne. Un seul gêne. Mais au final, vous, moi, un ver de terre, on partage certaines lignes de codes similaires. On est très différent et pourtant, en génétique, on est si similaires. Si je change une ligne de code, tout change. Vous changez une ligne, et vous avez des jambes. Vous changez une autre ligne, et vous avez une autre couleur de cheveux. Finalement, l’évolution a beaucoup de sens si vous regardez les questions d’ADN et de mutations. Prenez le gêne dont on parle dans le film, le PAX 6, qui donne la vue. Il est dans tous les êtres vivants qui peuvent voir. En moi, en vous, dans une mouche. Mais leur vue est tellement différente de la nôtre. Elle est multi-facettes. Pourtant, c’est le même code à la base. Ça, c’est bizarre mais c’est une preuve !380045.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Pour en revenir à votre film, il y a quelque-chose de fascinant dedans, c’est que pour nous, journalistes, il est presque impossible à critiquer ou à analyser parce que c’est plus un film de ressenti personnel, de sensations…

Mike Cahill : Oui. Tolstoï disait « Une œuvre d’art est ni plus ni moins qu’un moyen de transmettre un sentiment« . C’est un moyen de transmettre une émotion chez vous, chez tous ceux qui la regardent. Et tout le monde de connecte à elle. Et une œuvre d’art réussie, c’est une œuvre d’art qui transmet avec clarté et sincérité, un sentiment unique. C’est une œuvre qui ne cherche pas à vous imposer quelque-chose, à être professorale. C’est comme quand vous rencontrez quelqu’un, que vous regardez dans ses yeux et que vous ressentez quelque-chose que vous ne pouvez pas expliquer mais que vous ressentez. Par exemple.origins Vous abordez la thématique de la réincarnation avec beaucoup de sensibilité, de la même manière que vous parlez du monde où tout est connecté etc… Du coup, la question est, vous vous sentez plus comme un scientifique ou plus comme quelqu’un de spirituel ?

Mike Cahill : C’est une excellente question. C’est une excellente question car je dirai, un peu des deux, pour être franc. En fait, je crois que chaque personnage de ce film représente une partie de mes idées ou des points de vue que je peux avoir. Parfois, je me sens extrêmement sceptique et j’ai besoin de preuves absolues. J’essaie de ne pas être crédule et naïf. Même si je le suis un peu. Et dans le même temps, je me sens parfois ému par les choses que je ne peux pas expliquer. J’ai la sensation que j’ai besoin de croire en quelque chose de plus, plus que les choses concrètes, les tables, les chaises, les pierres. Et j’ai essayé de l’expliquer dans le film avec l’histoire des vers. Quand le personnage de Sophie (Astrid Berges-Frisbey) dit à son petit-ami scientifique : « tu as donné à ces vers aveugles, la vision. Et avant que tu le fasses, ils ne savaient pas ce que c’était. » Leur monde était sans la lumière. Ils ne peuvent pas comprendre le concept de la lumière, du coup. C’est un peu comme si un ver disait à un autre : « Génial, tu as vu, on a la lumière. » Et l’autre lui répondrait « Ok, mais c’est quoi ?« . « C’est très dur à expliquer… » Quelque part, l’histoire de ces vers est une métaphore sur ces choses qu’on ne peut appréhender, qu’on ne peut expliquer, mais qui sont là.

Mais on peut comprendre votre « division intérieure » car dès fois, il y a des moments dans la vie où on se demande : « Pourquoi ce moment est arrivé ? Pourquoi maintenant ? ». Comme si tout était connecté…

Mike Cahill : C’est ce qu’on fait toujours. On essaie de reconnaître des motifs dans les choses, pour créer du sens. Et c’est intéressant si vous réfléchissez à ça… Mais je crois qu’on n’aura pas le temps de développer tout ça, ça serait trop long. (En fait, on nous fait signe qu’il faut malheureusement s’arrêter là – ndlr). C’est dommage les amis, j’aurai adoré continuer à débattre avec vous pendant des heures !I-origins

J’aurai juste une dernière question qui m’intrigue… Le chiffre 11. Dans votre film, il est au centre de beaucoup de choses et c’est un chiffre qui porte bonheur. Pourtant, c’est un chiffre à double-tranchant. Vous saviez que dans certains milieux étudiant la numérologie, c’est un chiffre qui est associé au diable ?

Mike Cahill : Je ne savais pas du tout, ça ! Sérieusement. Pouvez-vous me montrer un truc sur Google de ça ? C’est drôle parce que mon prochain film parle un peu de ce chiffre…

D’ailleurs, il existe même un film de Darren Lynn Bousman qui s’appelle 11-11-11 et qui est un film sur le diable style L’Exorciste !

Mike Cahill : Non ! Sans blague… Je ne savais rien de tout ça.

C’était un choix un hasard ce chiffre 11 ?

Mike Cahill : En fait… Je ne me rappelle pas ! J’avais écrit une courte histoire d’une cinquantaine de pages avant d’écrire le script de I Origins sur le fait que quand vous vous intéressez à quelque-chose, vous la voyez partout. Vous voulez une Prius, vous voyez des Prius partout. Vous achetez une moto, vous voyez la même moto partout. Vous êtes enceinte, vous voyez des femmes enceintes partout. En fait, quand vous faites entrer quelque-chose dans votre processus mental, vous allez filtrer les massives informations que vous voyez dans le monde. Et en fait, vous allez tester votre esprit scientifique avec des coïncidences. Et en fait, c’est juste que le personnage devient ouvert à certaines choses qu’il ne remarquait pas avant. Il s’ouvre au monde.

Bande-annonce I Origins :

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