POLICE FEDERALE : LOS ANGELES (critique)

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Carte d’identité :
Nom : To Live and Die in L.A.
Parents : William Friedkin
Livret de famille : William Petersen, Willem Dafoe, John Pankow, Debra Feuer, John Turturro, Dean Stockwell, Steve James, Robert Downey Sr., Darlanne Fluegel, Michael Greene…
Date de naissance : 1985
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h55 – 6 millions $

Signes particuliers (+) : L’approche du thème de la lutte du Bien contre le Mal personnifiée dans un face à face quasi-biblique tendu entre charisme et déchaînement furieux. Du cinéma policier racé au casting parfait. Un film culte des eighties, une pièce fondatrice.

Signes particuliers (-) : x

 

AUX FRONTIÈRES DU BIEN ET DU MAL

Résumé : Jim Hart et son coéquipier Richard Chance traquent depuis longtemps un dangereux faussaire spécialisé dans la fabrication de faux billet, Rick Masters. Mais Jim Hart tente une expédition en solitaire pensant avoir trouvé le repère de Masters et se fait assassiné à quelques jours de la retraite. Richard Chance en fait une affaire personnelle et veut Marsters à tout prix…

To Live and Die in L.A., de son sublime titre original, est non seulement l’un des nombreux chefs d’œuvre jalonnant la carrière du grand William Friedkin mais aussi l’une des œuvres majeures des années 80 dans le registre du film policier. Estampillé eighties comme pas deux (entre la BO et les typos colorées), le film marque tant les sommets stylistiques de la carrière de son auteur que l’apogée du genre dans ce qui dépasse de loin le seul cadre de la lutte criminels/policiers pour se transcender au rang de combat entre le bien et le mal, entre un ange de la justice sur terre (William Les Experts Petersen dans son premier grand rôle au cinéma) et le diable humainement incarné, campé de façon terrifiante et hallucinante par un immense Willem Dafoe à la dimension biblique et vénéneuse, comme possédé par son rôle et habité par le mal à l’état pur qu’il personnifie.


Police Fédérale Los Angeles s’inscrit dans la veine des plus grandes œuvres du genre, côtoyant les Cruising, les L’année du Dragon ou les French Connection, ces polars à la puissance destructrice et ravageuse, proposant non pas seulement un simple récit policier mais une plongée en enfer tout en brutalité sèche, froide et brûlante à la fois et directe. Friedkin délaisse les traditionnelles histoires de drogue et de mafia organisée pour se pencher sur une autre criminalité galopante, les faussaires inondant les grandes métropoles de faux billets essayant de hisser leur œuvre malfaisante au rang d’art génial. Une approche différente de la criminalité sombre évoquée dans son précédent Cruising ou dans des films tels que Serpico, le meurtre sordide où le trafic envahissant et incontrôlable étant remplacé par le génie, par l’organisation froidement organisée, par la virtuosité. Cette criminalité est incarnée par un Willem Dafoe dépassant son statut de malfrat, captant et incarnant dans une sublime contradiction le mal tout entier par son hystérie froide à la fois tout en retenue et pourtant épisodiquement se métamorphosant en archange dévastateur terrible au charme envoûtant et terrifiant. Face à lui, c’est un impressionnant William Petersen qui lui est opposé, flic tête brûlé obnubilé par un désir de vengeance, son partenaire et meilleur ami ayant été tué par cet ennemi de toujours désormais un adversaire personnel. C’est une traque apocalyptique qui s’engage entre ces deux hommes qui va les plonger au bord de l’abîme. Rick Marsters (Dafoe) est prudent, organisé, implacable. Richard Chance (Petersen) est fou, inconscient, prêt à tout. La moindre erreur de part et d’autre va alors être fatale et c’est une descente aux enfers parfaitement maîtrisée par un Friedkin réglé en mode chef d’orchestre, qui s’engage comme une course contre la montre et contre la mort. Ce qui est certain très rapidement, c’est qu’il n’y aura pas d’échappatoire, pas d’issue à cette lutte tragique annoncée devenue une guerre métaphoriquement théologique.


William Friedkin affiche son talent si besoin en était encore. On le savait réalisateur de génie après ses nombreux chefs d’œuvre, de French Connection à L’Exorciste en passant par Cruising. Mais le cinéaste semble franchir un nouveau un cap. La maîtrise relevant presque de l’horlogerie fine de French Connection, l’ambiance pesante de L’Exorciste, la noirceur désespérée de Cruising viennent s’entremêler ici et Friedkin de composer avec tous les éléments qui ont fait les succès intemporels de ces désormais classiques pour les assembler en un seul et même long-métrage. Car To Live and Die in L.A. a la précision mécanique de French Connection comme en témoigne la construction subtile et maîtrisée. Témoin, l’incroyable séquence de course-poursuite qui vient à la fois rendre hommage à celle de son film de 1971 tout en la faisant voler en éclat qualitativement. Une séquence qui alterne temps forts et répits, déchaînement furieux sonore et pauses pour la rendre haletante, palpitante, tendue comme rarement. L’une des meilleures courses-poursuites vues au cinéma à ranger aux côtés de celles d’un Bullitt. Mais le film a aussi cette ambiance pesante, oppressante évoquant L’Exorciste, sublimée ici par une musique ancrée dans une époque, signée Wang Chung. Tonitruante, exubérante, elle vient renforcer par à-coups l’efficacité brute d’un film jouant avec les nerfs d’un spectateur qui n’a désormais plus d’autre choix que de s’engager pleinement dans cette aventure démesurée, toujours à la frontière de la morale, marchant sur le mince fil de la tension permanente. Et pour couronner cette réunion de qualités visuelles et scénaristiques, Friedkin appose une noirceur sondant les abysses de la sombre facette de l’homme. Que ce soit par Richard Chance ou par Rick Marsters, Police Fédérale Los Angeles nous pousse à explorer les facettes tétanisantes de l’homme. D’un côté, le mal pur, de l’autre, le mal sinueux hantant un policier prêt à oublier toute morale, toute justice, pour assouvir sa soif et son désir de revanche et de vengeance. Richard Chance est un anti-héro parfait, un homme provoquant à la fois empathie par ses attitudes délurées préfigurant presque le John McClane de Piège de Cristal ou le Martin Riggs de L’Arme Fatale. Mais à côté de cela, il est aussi un bel exemple d’enfoiré quasi déshumanisé et égoïste comme en témoigne sa relation avec son indic accessoirement maîtresse, la touchante Darlanne Fluegel. Et Police Fédérale… de devenir un film fondateur d’un genre à venir, un précurseur retentissant d’un nouveau cinéma en devenir.

Inspiré et inspirant, Police Fédérale est certainement une pièce maîtresse du cinéma des années 80 voire du cinéma tout court. Si Friedkin s’inspire par exemple du cinéma du grand Sam Peckinpah par sa violence sans concession, brutale et soudaine, il est aussi un film qui appelle à en inspirer d’autres à son tour derrière lui, aussi bien dans un futur proche que lointain (on ne peut dénier certaines influences dans le récent Drive de Nicolas Winding Refn par exemple). Quasi parfait en tout point, de sa mise en scène millimétrée à son casting prodigieux où, outre les têtes d’affiche, les seconds rôles marquent à l’image de John Pankov (le nouveau coéquipier de Richard Chance tiraillé entre volonté d’intégrité et conscience lourde), à l’image de la lunaire Debra Feuer (assistante/maîtresse de Rick Marsters) ou de John Turturro en criminel coincé entre la justice et sa peur pour sa vie après s’être fait pincer. En tout cas, Friedkin appose une nouvelle ligne en caractères dorés à sa belle filmographie et celle-ci, est mémorable !

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