PHILOMENA de Stephen Frears
en salles – critique (drame)

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21058784_20131118171801678.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 8.5
Carte d’identité :
Nom : Philomena
Père : Stephen Frears
Livret de famille : Judi Dench (Philomena Lee), Steve Coogan (Martin Sixmith), Sophie Kennedy Clark (Philomena jeune), Anna Maxwell Martin (Jane), Michelle Fairley (Sally), Peter Hermann (Peter Olsson), Barbara Jefford (soeur Hildegarde), Mare Winningham (Mary), Sean Mahon (Michael Hess)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 08 janvier 2014 (en salles)
Nationalité : Angleterre
Taille : 1h38
Poids : 10 millions $

Signes particuliers (+) : Deux comédiens immenses et un cinéaste au sommet de la grâce, il fallait bien cela pour incarner magistralement l’histoire extraordinaire de Philomena Lee, récit bouleversant d’une histoire vraie tragique à laquelle le metteur en scène britannique donne une gravité étonnante aussi brillante qu’elle n’est délicieuse. Un bijou d’émotion, de drôlerie, de profondeur et d’intelligence.

Signes particuliers (-) : x

 

L’EXTRAORDINAIRE VIE DE PHILOMENA LEE

LA CRITIQUE

Résumé : Irlande, 1952. Philomena Lee, encore adolescente, tombe enceinte. Rejetée par sa famille, elle est envoyée au couvent de Roscrea. En compensation des soins prodigués par les religieuses avant et pendant la naissance, elle travaille à la blanchisserie, et n’est autorisée à voir son fils, Anthony, qu’une heure par jour. À l’âge de trois ans, il lui est arraché pour être adopté par des Américains. Pendant des années, Philomena essaiera de le retrouver. Quand, cinquante ans plus tard, elle rencontre Martin Sixmith, journaliste désabusé, elle lui raconte son histoire. Ce dernier va entreprendre de l’aider, tenant là un bon article larmoyant qui aura sa place dans une certaine presse cynique spécialisée…

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L’INTRO :

Stephen Frears et Judi Dench, acte trois d’une belle histoire du cinéma britannique. Ils se connaissent depuis trente ans mais n’avaient collaboré qu’à deux reprises, une première fois en 1983, une seconde vingt ans plus tard. En 2013, ces deux figures emblématiques du septième art anglais, d’un côté un metteur en scène passionnant reconnu sur la scène internationale et de l’autre, une grande comédienne à la carrière impressionnante, se retrouvent pour un projet fort qui les amènera avec émotion vers les louanges de plusieurs festivals.

Pour sa 23ème réalisation, Stephen Frears adapte l’ouvrage bouleversant Philomena: The True Story of a Mother and the Son She Had to Give Away signé Martin Sixmith, un journaliste sérieux qui s’essayait alors au genre baptisé « l’aventure humaine » fonctionnant sur le principe cynique de raconter des histoires extraordinaires à l’attention d’un public en manque de belles histoires larmoyantes. Il rencontrera Philomena Lee, vieille dame irlandaise à qui son enfant fut arraché par des bonnes sœurs alors qu’elle n’était qu’une jeune femme impuissante et qui n’a cessé secrètement de rêver à le retrouver. 50 ans plus tard, l’occasion lui en était donnée. Cette enquête humaine forte est transposée au cinéma par le comédien Steve Coogan (A Very Englishman) qui incarne au passage Martin Sixmith aux côtés de Judi Philomena Dench, avec le concours de Jeff Pope.

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L’AVIS :

On pourra taxer Philomena de tout ce que l’on veut, lacrymal, facile, populiste, maître-chanteur à l’émotion, qu’importe. Avec une sincérité désarmante et le concours de deux prodigieux comédiens les pieds en plein dans la quintessence de leur art, Stephen Frears livre une véritable décharge émotionnelle foudroyante à travers l’une des plus belles histoires contée en ce début d’année. Le cinéaste anglais le fait avec brio, avec une sensibilité délicate et pudique et enfin avec une finesse émouvante qui n’aura de cesse de faire voler en éclat les barrières protectrices anti-attendrissement que l’on a pu ériger autour de nous à force d’être confronté aux tentatives de prises en otage récurrentes du cinéma hollywoodien en la matière. Flèche en plein cœur, Philomena est un drame poignant qui en a oublié d’être bête et qui propose un joli regard humaniste au détour de son savoureux duo de personnages que tout oppose. Lui, est un journaliste cynique et acerbe, insensible et snob, animé d’un certain mépris pour une grande partie de ses congénères. Elle, est une dame de tradition, gentille, naïve, douce, trop peut-être. Le bout de chemin qu’ils parcourront ensemble est l’occasion de revisiter un pan tragique de l’histoire irlandaise et de la diaspora forcée.

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Drôle, attachant, intelligent, Philomena incarne à merveille à la fois un cinéma inoffensif et d’une beauté simple et une œuvre d’auteur intensément vouée à ses thématiques résonnantes. Le tristement ordinaire y côtoie l’incroyablement extraordinaire et le superbe est l’ingrédient qui lie cette recette merveilleuse qui sait surprendre à mainte et mainte reprises par sa faculté de s’éloigner des conventions typiquement apposée au registre. Comme on ne cesse de le constater chaque jour, la vie réelle est belle et bien le théâtre des histoires les plus fortes que l’homme puisse écrire. Ce mélodrame universel subtil et à fleur de peau est un frissonnement permanent qui ne manque pas de piquant et d’un propos fort sur l’opposition des regards humains sur eux-mêmes et envers les autres et pas que, puisqu’il est doublé d’une nouvelle charge (après The Magdalene Sisters) envers l’Eglise Catholique confrontée à ses erreurs passées.

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Si ce récit invraisemblable n’était pas bel et bien réel jusque dans ses moindres rebondissements, on pourrait être tenté par la consternation d’une fabrication cynique dénonçant pourtant lui-même le cynisme. Mais c’est une vérité contée avec pureté qu’un Stephen Frears au sommet de la grâce, nous retranscrit, offrant une dimension magistrale à l’histoire de Philomena Lee et des protagonistes de cette aventure historico-humaine forte. Tour à tour drôle et sérieux, marqué par un juste équilibre parfait entre ses composantes, Philomena est un petit bijou de sentimentalisme intelligent qui fait chavirer le palpitant avec douceur et gravité.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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