ONLY LOVERS LEFT ALIVE de Jim Jarmusch
Critique – en salles (romance fantastique)

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21004082_20131017170719153.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 4.5
Carte d’identité :
Nom : Only Lovers Left Alive
Père : Jim Jarmusch
Livret de famille : Tom Hiddleston (Adam), Tilda Swinton (Eve), Mia Wasikowska (Eva), John Hurt (Marlowe), Anton Yelchin (Ian), Jeffrey Wright (Dr Watson)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 19 février 2014 (en salles)
Nationalité : Allemagne, Angleterre, France, Chypre
Taille : 2h03
Poids : 7 millions $

Signes particuliers (+) : Un fable vampirique philosophico-existentaliste abordant le genre à la sauce Jarmusch : profondeur, subtilité et singularité prennent la place de toute mythologie classique facile pour une virée nocturne lancinante et crépusculaire façonnée en métaphore du monde actuel.

Signes particuliers (-) : Dommage que ce soit d’un tel ennui… A tel point que le plaisir de la beauté de la chose s’y abîme.

 

SEULS CEUX QUI NE SONT PAS ENDORMIS SORTENT VIVANTS

Résumé : Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante qu’incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

363778.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx L’INTRO :

Quand on va voir un Jim Jarmusch, on sait d’emblée que l’on ne se dirige pas vers un cinéma de la facilité. Dès lors, quand on va voir un film de vampire signé Jim Jarmusch, on se doute bien que l’on ne va pas se retrouver face à une énième adaptation banale de Dracula ou devant une œuvre pop-corn cool and the gang, style Vampire de Carpenter. Œuvre étrange évoluant en dehors des sentiers traditionnels du registre, Only Lovers Left Alive est une sorte d’accomplissement soulagé pour un Jarmusch qui se battait depuis plus de sept ans pour monter ce projet au combien difficile en raison de sa spécificité thématique et formelle le rendant complexe à situer et à cibler en terme de public visé. Désir enfin matérialisé, le cinéaste sera récompensé de son acharnement avec une sélection en compétition officielle à Cannes.

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L’AVIS :

Jim Jarmusch avait quasiment disparu des écrans radar depuis quatre ans et The Limits of Control. Le voici donc de retour avec une romance entre noctambules à la dérive, traitée sans parti pris romanesque classique et lointainement inspirée du roman de Mark Twain La Vie Privée d’Adam et Eve, les noms de ses deux personnages principaux, des vampires éduqués, cultivés, raffinés, précautionneux, vivant en marge du monde afin de préserver le fragile équilibre nécessaire à leur survie dans un monde nettement moins mythologique et davantage rattaché aux problèmes concrets de notre société contemporaine. Réservé à un public très averti de cinéphilo-amateurs du style du metteur en scène atypique qui pousse cette fois le bouchon un peu loin dans la singularité de son cinéma de la lenteur à ambiance, Only Lovers Left Alive est un OFNI étrange. Une œuvre résolument iconoclaste convoquant des sentiments divers et variés. Intelligent et raffiné, certainement. Beau et sensuel, incontestablement. Unique et fascinant, indubitablement. Ennuyeux… Insoutenablement !

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Plongée dans un univers vampirique réaliste et existentialiste, délesté de toute sa mythologie imaginaire pour en faire davantage une métaphore du monde actuel au travers de l’existence de deux êtres en retrait contemplant depuis des siècles la société des hommes et son évolution entre réussites et échecs, Only Lovers Left Alive est avant toute chose une intense histoire d’amour hypnotique doublée d’une parabole de la fragilité de l’existence humaine. Par le biais de ces deux marginaux donnant au film de Jarmusch, lui-même marginal, toute sa gravité aimantée et fascinante, le cinéaste cristallise les réelles thématiques de fond d’une œuvre presque philosophique, s’interrogeant sur la vulnérabilité de la vie. Dans un monde menaçant où l’équilibre humain est devenu fragile et la vie soumise à une forme de précarité de chaque instant, ces figures incarnant habituellement force et immortalité, sont désormais elles-mêmes assujetties à la vulnérabilité, insidieuse ou pas, de l’existence entre maladies risquant de contaminer le sang qu’ils consomment, instabilité, menaces de la nature et de l’homme, absence de vision à long terme, règles et comportement calculé… Dans un esprit symbolique, Jarmusch se sert du mythe du vampire fort pour mieux illustrer à quel point la vie humaine est devenue précaire aujourd’hui, au point que cet amoncellement de dangers potentiels contrarie sa fluidité en la frappant au cœur fragilisant ainsi sa souplesse, sa simplicité et sa beauté. En tant que vampires vivant du sang d’autrui, le couple Adam et Eve a dû apprendre à évoluer, à faire preuve d’une vigilance permanente, à prendre certaines prédispositions et précautions notamment dans le sang qu’il consomme qu’ils veillent à ne pas être contaminé par telle ou telle maladie…

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En auteur atypique qu’il est, Jim Jarmusch offre beaucoup de personnalité et de hauteur à cette sorte de mélodrame presque métaphysique et introspectif, loin des canons traditionnels des productions du genre. Lancinant, long, envoûtant, redondant aussi, marqué par des intentions un brin confuses entre la simple histoire d’amour magnifique et le parallèle peu subtil sur la fragilité du monde des hommes, Only Lovers Left Alive est néanmoins un objet étonnant. Une œuvre artistique et auteuriste à la vision très personnelle, portée par de fabuleux comédiens (le couple Tilda Swinton /Tom Hiddelston est splendide) mais pas que. Egalement par une extraordinaire BO, par une photo saisissant avec maestria ces ambiances de nuit permanente, par une mise en scène capable de fulgurances dès lors qu’il s’agit de restituer le cyclique de la vie de ces suceurs de sang tiraillé depuis toujours entre leur instinct animal et leur sophistication affichée. Effort difficile à appréhender et très exigeant envers son public, Only Lovers Left Alive n’en est pas moins une œuvre assez brillante dans le fond et dans ce qu’elle appelle. Sa forme ressemblant à un long tunnel hypnotique, pourra en revanche faire hésiter certains à se lancer dans une traversée en équilibre entre le soporifique et le magnétique.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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