RENCONTRE AVEC VIGGO MORTENSEN, REDA KATEB ET LE RÉALISATEUR DAVID OELHOFFEN POUR LE FILM « LOIN DES HOMMES »

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loin des hommesA l’occasion de la sortie de « Loin des Hommes » de David Oelhoffen (le 14 janvier au cinéma), nous avons eu la chance de rencontrer le cinéaste ainsi que ses deux comédiens, Reda Kateb et Viggo Mortensen. Une rencontre humble et passionnante, marquée par l’immense intelligence d’un Viggo Mortensen très cultivé et drôle, par le charisme de Reda Kateb et la passion de David Oelhoffen. Le pitch : 1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au coeur d’un hiver glacial, Daru (V. Mortensen), instituteur reclus, doit escorter Mohamed (R. Kateb), un paysan accusé du meurtre de son cousin. Poursuivis par des villageois réclamant la loi du sang et par des colons revanchards, les deux hommes se révoltent. Ensemble, ils vont lutter pour retrouver leur liberté.

Notre critique du film ici.IMG_1411

Pouvez-vous nous parler de votre préparation pour tourner en algérien ?

Viggo Mortensen : J’ai commencé deux mois avant avec avec un ami en Espagne puis on a ensuite travaillé avec un algérien, qui nous aidé Reda et moi, à apprendre le bon algérien de cette région.

Reda Kateb : On est arrivé à Ouarzazate sur les lieux, une semaine avant de commencer à tourner. C’était l’occasion de nous rencontrer, de travailler avec ce coach en arabe. Et c’était aussi l’occasion de prendre chaque scène et de se poser des questions sur chaque mot, chaque geste. Parce que ce n’est pas un film d’action, il n’y a pas de gros évènements qui jalonnent le film. Chaque geste, chaque mot compte. Par exemple au début, on se disait que le fait de passer de l’arabe au français, c’était intéressant que moi je parle en arabe et que Viggo me réponde en français. Presque pour dire par la langue « je ne suis pas comme toi ». Et au fil du film, les langues se mêlent. On voulait ce genre de subtilités.

Vous avez tourné où exactement ?

David Oelhoffen : On a tourné au Maroc. J’aurai vraiment aimé tourner en Algérie, j’y ai même fait beaucoup de repérages mais pour des raisons de logistique… On a été très bien accueilli en Algérie, ce n’était pas du tout des questions d’autorisations. D’ailleurs, quand le film a été terminé, on l’a montré en Algérie au Festival d’Alger. Il y a eu un beau contact avec le public et les autorités. Le problème, c’était que le côté algérien de l’Atlas est très inaccessible et pour des questions de sécurisation, c’était compliqué. Ce n’était pas impossible mais trop difficile. Il aurait fallu que l’on vienne tous ensemble sur le plateau le matin, que l’on reparte tous ensemble le soir. Ce n’était pas adapté à un tournage de cinéma. Je tenais à tourner en Algérie mais ça n’aurait pas été raisonnable. On a tourné donc dans le Haut Atlas côté Maroc. Et l’école, on a trouvé un endroit merveilleux avec cet arbre qui pousse seul au milieu des roches. On a construit notre école à côté qui, elle, est du décor. Et ça, c’était près de Ouarzazate.IMG_1408

Viggo, vous êtes producteur du film. Qu’est-ce qui vous a touché dedans et connaissiez-vous auparavant l’œuvre d’Albert Camus ?

Viggo Mortensen : Oui, j’ai commencé à lire Camus pendant mon adolescence et j’ai continué. Avant le tournage, j’ai relu tout ça à nouveau. J’ai lu aussi des choses que je ne connaissais pas comme ses correspondances avec René Char, son travail comme journaliste avant la Deuxième Guerre Mondiale. On a beaucoup parlé entre nous de l’esprit de Camus, l’amitié, le fait d’écouter et d’essayer de comprendre les autres, sa position morale…

David Oelhoffen : Ca a vraiment fait parti du travail de préparation, s’échanger les textes de Camus, les chroniques algériennes, les lettres avec Kateb Yassine, qui était l’alter égo algérien de Camus. Parfois, on s’échangeait des lectures mais aussi des photos…

Viggo Mortensen : Ca a aidé à faire un film qui n’est pas un film politique ou idéologique mais un film très humain et universel. Tous les films que j’ai vu sur cette période, sont tous idéologiques. Ils prennent une position et ce n’est pas le cas de Loin des Hommes.

On parlait de la langue mais c’est quand même un film où les personnages ne parlent pas beaucoup. Pour vous en tant qu’acteur, comment aborde t-on cela ? Et David, en tant que réalisateur, comment les dirigiez-vous du coup ?

Reda Kateb : Les dialogues, c’est souvent quelque-chose sur quoi on peut se reposer pour avoir un canevas mais c’est une mauvaise démarche. Et c’est dangereux de se dire que si on a bien appris notre texte, ça va bien se passer. C’est confortable mais ce n’est pas ce qu’on recherche. Moins il y a de mots, et plus chaque mot est important. L’acte de prendre la parole ou de la laisser est très important. Du coup, tous les gestes qui précédent un dialogue ou les regards, sont plus forts que des mots. Les parcours sont plus fondés là-dessus. Comme une chorégraphie. Comme la scène où Viggo me propose du pain. J’ai pas mangé depuis longtemps, je salive et son personnage le voit. Ca raconte plus que des dialogues.

David Oelhoffen : En tant que réalisateur, quand un geste ou un regard peut rendre inutile un dialogue, je suis preneur. Les deux personnages sont des taiseux de toute manière. Il y a un berger très empreint de cette culture nord-africaine où les gens ne sont pas de grands bavards. Le personnage n’incite pas à la parole. Et face à lui, il y a le personnage de Viggo qui est très autarcique. Et puis beaucoup de dialogues ont sauté au tournage. On sentait que ce n’était pas nécessaire donc… C’est un film peu dialogué qui s’est construit au fur et à mesure, on a gommé, on est allé vers l’épure.

Viggo Mortensen : Tu nous as beaucoup aidé en appuyant le côté pudique des personnages. Tu voyais que la relation marchait bien donc on n’avait pas besoin de faire beaucoup.

David Oelhoffen : Un exemple qui m’a touché. Vers la fin, le personnage de Reda demande à celui de Viggo « Est-ce que je peux t’appeler Daru ? » Dans le scénario, Viggo répondait. Et au tournage, Viggo s’est contenté d’un sourire complice. J’avais rien demandé et j’étais ravi.IMG_1357

Les décors sont presque un personnage à part entière, comment avez-vous abordé cela ?

David Oelhoffen : C’est un décor impressionnant quand on y est. Je suis resté quatre mois là-bas et ça pousse à l’humilité. On se sent tout petit. Et j’ai essayé de reproduire ce sentiment à l’écran. C’est presque un huis clos à ciel ouvert au final. La nature est tellement vaste que les personnages n’ont pas d’autre recours que la relation qu’ils peuvent avoir ensemble. La nature est belle mais hostile, ce n’est pas un refuge. Et deuxièmement, la beauté de la nature rendait encore plus stupide la guerre qui se préparait. On voit des hommes prêts à s’entretuer pour une nature qui ne donne rien, voire qui les écrase.

Reda Kateb : La nature est quasiment un personnage et ça nous a aidé sur le système spirituel de chaque personnage, qui ont des religions différentes mais qui ont un rapport concret au spirituel à cause d’elle. On ne peut pas rivaliser avec cette nature et ça a imprégné notre jeu, de marcher sur ces cailloux, de vivre les tempêtes de sable, la pluie toute une journée, on tremblait…

David Oelhoffen : Vous êtes tombés malades tous les deux.

Reda : Une fois, j’ai ouvert les yeux pour exprimer quelque-chose et j’ai plein de sable qui est entré dedans, j’ai refermé les yeux tout de suite.

Viggo Mortensen : Techniquement, c’était sage d’attendre pour les gros plans. C’est beau de voir les personnages dans un paysage aussi grand et quand vient un moment important, ça renforçait l’impact des plans plus serrés.

Reda : Tu te souviens Viggo, une fois on était en haut d’une crête et on ne savait même plus où était la caméra. On marchait et on l’avait perdu de vue.

David Oelhoffen : Oui, après vous étiez dans le brouillard et on vous a perdu aussi. On vous cherchait au téléobjectif et on ne savait plus où vous étiez… On a eu peur.

Viggo Mortensen : On était parti à Marrakech en fait, pour faire une pause ! (rires)

David Oelhoffen : Quand il parle de l’école, il y a un plan extrêmement large et ils ne sont que deux petites formes dans l’immensité. Dans le viseur de la caméra, on ne vous voyait même pas. C’était un plan que j’ai pris plaisir à faire.IMG_1402

Est-ce qu’il y a eu des plans qui vous sont venus sur le moment, en voyant quelque-chose, une situation ? Je pense au plan où l’on voit Viggo passer devant la lune en haut d’une crête… On dirait des plans improvisés sur l’instant.

David Oelhoffen : Oui. Quand vous tournez dans le désert en lumière naturelle, il faut profiter de ce que vous offre le désert. En l’occurrence pour ce plan, on l’a fait avant le tournage en fait. La semaine d’avant, on était là-bas pour préparer le film et on a vu qu’il y avait une lune formidable. On s’est précipité comme des malades, c’était très confus. Je criais « Vas-y Viggo, monte là-haut, vite, vite !! Cours. Merde, on te voit pas, t’es où ?! » Finalement, de tout le tournage, on n’a jamais eu de lune comme celle-là. On a eu raison de le faire et il y a eu beaucoup de plans comme ça où l’on a profité de la lumière rasante etc… Des plans tournés dans la confusion de l’instant. L’inconvénient des tournages comme ça en lumière naturelle, c’est que le patron, ce n’est pas vous mais le soleil. On était tout le temps en train de courir. Le brouillard aussi. C’est quelque-chose qui ne rend pas pareil avec des effets numériques. Ca nous a été offert par le désert. On a couru dans tous les sens pour en profiter. Il y a eu une part d’improvisation, de chance. Ils ont souffert sur le tournage mais la contrepartie, ce sont ces belles surprises.

Reda : C’était une souffrance toute relative quand même. Y’a des gens qui payent pour aller faire ce genre de randonnée ! (rires)

Ce n’est pas un film idéologique mais c’est un film où l’on retrouve les idéologies qui se sont affrontées pendant la guerre d’Algérie. Les films précédents sur le sujet ont reçu parfois un accueil un peu houleux. Est-ce que c’est quelque-chose que vous appréhendez ?

David Oelhoffen : La controverse, ce n’est pas ce qu’on cherche. Le film n’est pas idéologique car on est du point de vue des victimes de l’histoire. Ces personnages ne tiennent pas les rênes de l’histoire. Daru est un intellectuel qui s’est isolé et l’autre est un berger. Ce ne sont pas des idéologues et ils essaient de faire au mieux quand ils se prennent le vent de l’histoire. Le film montre ça, à quel point c’est difficile « de faire au mieux ». S’il devait y avoir une idéologie, ce serait celle-là et non pas de désigner les gentils et les méchants, 60 ans plus tard. Je voulais le point de vue individuel des victimes de ce basculement historiquement. Si ça fait controverse, tant pis. On est prêt, on a eu quelques petites alertes. Mais je ne l’espère pas et je me sens droit dans mes bottes car c’est une histoire universelle qui s’appuie sur des faits mais qui ne raconte pas ça.

Viggo Mortensen : C’est déjà une victoire d’avoir pu montrer le film au Festival d’Alger, puis de Marrakech. On a vendu le film en Israël, on va le montrer en France…

Viggo, on a l’impression qu’après avoir tourné avec Peter Jackson, vous avez recherché des rôles plus bruts, plus réalistes, qui vous éloigneraient du Seigneur des Anneaux. C’était une démarche volontaire ?

Viggo Mortensen : Je cherche des histoires que j’aime ou qui peuvent devenir des films que j’aimerai voir au cinéma. Tous les personnages sont réels pour moi. Même Aragorn. Il avait des doutes, des pensées. J’ai fait mon travail comme je le fais toujours. Je cherche juste des opportunités intéressantes. Je ne pense ni à la nationalité du film, ni au budget. Je cherche juste des histoires. Ce n’est pas exprès si j’ai fait moins de films de studio. C’est vrai quand on dit oui à un film comme Loin des Hommes ou Jauja, qui est argentin, ça prend deux ou trois ans pour trouver les financements. Ce n’est pas facile. Des propositions de studio arrivent pendant cette attente et là, on peut décider d’abandonner ou pas. Moi, je prends mon temps pour décider mais quand je dis oui, je suis là jusqu’au bout. Le travail du comédien est le même avec 300 millions de dollars ou 50 dollars. Il y a une caméra, enfin on l’espère, des acteurs, et on doit jouer, construire le personnage.IMG_1360

Il y a deux scènes bouleversantes. Celle avec la prostituée et la scène finale. Vous mettez beaucoup d’intensité dans cette dernière scène. A t-elle été tournée à la fin du tournage et comment l’avez-vous abordé ?

David Oelhoffen : La scène du bordel a été très belle à tourner. Daru (Viggo Mortensen) ouvre les yeux en offrant quelque-chose à Mohamed (Reda Kateb). Et un peu de présence féminine dans ce tournage masculin, c’était agréable. L’autre scène, non, on ne l’a pas tourné à la fin. On était souvent obligé de tourner dans le désordre à cause des lumières naturelles. Ca a été une gymnastique. On l’a tourné au milieu du film.

Viggo Mortensen : C’était une scène importante, on le savait. Le devoir du comédien est d’être tranquille et de tourner comme n’importe quelle scène. Il y avait du vent ce jour-là. Je me souviens qu’elle était compliquée car on avait peu de temps. Ce fut une très belle scène. C’est l’un de mes plans préférés. Je te regardais Reda et c’est une très belle scène. Tu as tout donné. Et David a su tout garder.

Reda Kateb : On travaillait souvent le soir pour préparer le lendemain. Mais chaque jour était important et jamais on se disait « oh mince, demain, c’est la grande scène etc… » La veille, on a écouté de la musique dans la voiture, comme d’habitude. Pourtant, sur le moment, on savait que c’était une scène importante. Mais comme toutes les scènes. C’est un film avec un fort échange de toute manière. Il n’y a jamais de paternalisme. Les deux personnages apprennent beaucoup l’un de l’autre. Il n’y est pas question du bon petit arabe face au français instruit ou inversement. C’est un film d’échange.

Comment avez-vous travaillé le son et la musique avec notamment Nick Cave ?

David Oelhoffen : Il y a plein de raisons pour avoir choisi Nick Cave et Warren Ellis. D’abord, j’adorais leur musique. Aussi, en lisant la nouvelle de Camus, j’y ai vu des éléments de western. Un prisonnier escorté, la loi, l’école isolée, le désert… J’ai vu la possibilité de faire un western qui s’inscrirait dans l’histoire. J’avais vu La Proposition d’Hillcoat, qui est aussi une sorte de western à sa manière, The Road avec Viggo ou L’Assassinat de Jesse James et ils ont souvent fait des BO sur des westerns ou des cousins de western et je me suis dit que ça pouvait coller à Loin des Hommes. On s’est rencontré et on s’est mis d’accord sur une charte. La musique ne devait pas être folklorique et typiquement algérienne, elle ne devait pas mettre en valeur la violence ou l’émotion. Ce qui serait intéressant, c’est que la musique accompagne la relation des deux personnages. Au départ, elle est assez âpre comme leur relation. Et au fur et à mesure que leur relation s’adoucit, elle devient plus mélodique pour finir très mélodique. La musique, comme les sons, jouent beaucoup dans la perception que l’on a des personnages. J’étais content de bosser avec eux car ils se sont focalisés sur le centre de l’histoire, les personnages et leur relation. Ils ne sont pas préoccupés de la guerre, l’Algérie ou la violence, mais du fait de montrer ces deux humanités qui se rencontrent. Ils ont visé juste.Loin des hommes 2

Comment avez-vous choisi les acteurs ?

Reda Kateb : Au pif. (rires)

David Oelhoffen : J’ai plutôt l’impression que ce sont eux qui m’ont choisi car ils avaient beaucoup de propositions l’un et l’autre. Reda, je l’ai rencontré il y a longtemps. Je faisais passer des castings pour Nos Retrouvailles, c’était avant Un Prophète ou Engrenages. J’ai mis du temps à monter ce projet. Et Reda ne correspondait pas au personnage que je cherchais, un boxeur.

Reda : J’étais quand même allé me taper une semaine de boxe… Mais ce n’était pas assez pour être crédible.

David Oelhoffen : Il m’en veut encore ! En tout cas, il m’avait impressionné et j’avais déjà Loin des Hommes en tête. Et je m’étais dit que si ce projet sortait des cartons, je le ferai avec lui. Après, des problèmes se sont posés car dans la nouvelle, le personnage est très jeune. Mais c’était intéressant d’avoir quelqu’un comme Reda car son charisme équilibre la relation avec celui de Viggo. Reda est associé au projet depuis longtemps.

Reda Kateb : On voulait bosser ensemble mais à l’époque, ce n’était pas le bon film pour ça.

David Oelhoffen : Pour Viggo, dans la nouvelle, le personnage est un pied noir français d’origine très claire. Et à l’écriture, on a transformé cela. Ca m’a semblé intéressant de faire de Daru, quelqu’un qui ne pouvait pas se réfugier dans sa communauté, comme Mohamed, car d’origine étrangère, andalouse précisément. C’est aussi une façon de rapprocher le personnage de Camus qui était également d’origine espagnole. Moi aussi, d’ailleurs, je suis né en Espagne. J’avais envie de faire de ce personnage, quelqu’un qui ne pouvait pas se réfugier dans la communauté française facilement. Au moment du casting, j’ai dit aux producteurs qu’il faudrait prendre un comédien qui ne soit pas français. Un comédien espagnol peut-être… On a évoqué des noms et j’ai dit que c’était marrant car j’avais vu Viggo Mortensen dans Capitaine Altriste où il parle parfaitement espagnol. On s’est dit que ça serait intéressant mais que c’était dommage car il ne parlait pas français. Et Matthew Gledhill, le producteur, m’a dit : « Il parle pas français ? Attends, je vais t’envoyer un lien, tu vas voir… » J’étais le dernier au courant visiblement. J’ai vu le lien et Viggo parlait en français, avec beaucoup d’aisance, de Guy Lafleur, un joueur de hockey canadien…

Viggo Mortensen : Allez les canadiens !

David Oelhoffen : Je me suis dit qu’on avait qu’à tenter notre chance en lui envoyant le scénario. Il y a eu beaucoup de discussions mais le contact était enclenché et le désir mutuel était partagé. Il joue au final un personnage à cheval entre trois langues dont l’espagnol qui est sa langue maternelle. Quand il jure, c’est en espagnol. D’ailleurs, ce n’était pas une demande, c’est lui qui a joué ça comme ça. Il a grandi en Argentine et l’espagnol est sa langue maternelle donc… En fait, tout ça permet de faire que l’on ne peut pas coller d’étiquette à son personnage. C’est comme lui, qui est en même temps américain, argentin, danois, qui a de multiples identités.

Reda : C’est un citoyen du monde.loin des hommes 4

Viggo, vous qui aimez les langues (il parle couramment français, espagnol, danois, américain, italien et un peu de russe et d’arabe – ndlr). Entre le russe dans Les Promesses de l’Ombre, l’arabe ici et l’elfique dans Le Seigneur des Anneaux, quelle a été la langue la plus difficile à apprendre ?

Viggo Mortensen : Le russe. Certains sons sont difficiles. L’arabe aussi mais grâce à l’espagnol et au danois avec les « rrr », ca a aidé. Mais j’ai pu aller en amont en Algérie pour travailler avec un coach et passer du temps là-bas. Par contre, on n’avait pas tourné Les Promesses de l’Ombre en Russie.

Les enfants que l’on voit dans le film, vous les avez trouvé sur place ?

David Oelhoffen : Oui. On aurait pu prendre des enfants citadins de Ouarzazate qui parlaient français. On a été tenté pour mieux communiquer. Mais finalement, on a préféré prendre des enfants des villages qui ont un physique plus sec. On a bien fait. Il ne parlait pas tous français mais certains ont eu une relation particulière avec Viggo. Quand on les voit pleurer, ce n’est pas moi qui ait demandé. Ils ont compris la situation, ils étaient très attachés à Viggo qu’il appelait « maître » même en dehors du tournage.

Viggo Mortensen : J’aime ça. J’ai essayé chez moi mais ça n’a pas marché. (rires)loin des hommes 5

Reda, Vous croulez sous les propositions, quelles sont les prochaines étapes ? Quelle orientation vous voulez donner à votre carrière maintenant ?

Reda Kateb : Déjà, j’espère qu’on va faire une belle sortie pour Loin des Hommes car c’est un film qui m’est cher. Ca sera la fin du voyage. J’ai d’autres films qui vont sortir dans l’année. J’essaie de me surprendre, come disait Viggo, de faire des films que j’aimerai voir à l’écran en tant que spectateur. J’essaie de ne pas refaire les mêmes choses. J’en ai un qui s’appelle La Résistance de l’air, un autre qui s’appelle L’Astragale sur la vie d’Albertine Sarrazin, en noir et blanc (sortie le 08 avril 2015) avec Leïla Bekthi.

David Oelhoffen : C’est un film magnifique. Tout comme Jauja avec Viggo Mortensen à venir (sortie le 29 avril 2015).

Reda Kateb : Sinon, je prépare mon premier court-métrage. Je suis en montage là.IMG_1416

BANDE-ANNONCE DE LOIN DES HOMMES :

Un grand merci à Viggo Mortensen, Reda Kateb et David Oelhoffen pour leur disponibilité, ainsi qu’à Pathé et l’agence Déjà.

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