LES ADIEUX À LA REINE (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Les Adieux à la Reine
Parents : Benoît Jacquot
Livret de famille : Léa Seydoux, Diane Kruger, Virginie Ledoyen,Noémie Lvovsky, Xavier Beauvois, Michel Robin, Julie-Marie Parmentier, Vladimir Consigny, Lolita Chammah…
Date de naissance : 2011
Nationalité : France
Taille/Poids : 1h40 – 6,5 millions €

Signes particuliers (+) : Envoutant, fascinant, magistral, passionné, sensuel, impertinent. Le classicisme arrive ironiquement à être innovant. Un casting en or.

Signes particuliers (-) : La lenteur contemplative des images (mais pas de l’esprit !) pourra en affecter plus d’un.

 

L’ADIEU A SOFIA COPPOLA

Résumé : Sidonie Laborde est la liseuse attitrée de la Reine Marie-Antoinette, à qui elle voue une passion et une fidélité sans limites. En ce mois de juillet 1789, elle va assister au bouleversement de son monde et du monde de la Cour versaillaise en général…

Personnage passionnant de l’histoire de la monarchie française pour son originalité, la Reine Marie-Antoinette a connu de nombreux traitements parmi lesquels, le dernier en date via Sofia Coppola qui avait tenté une version rock n’ roll surprenante et décalée. Avec un cinéaste comme le français Benoît Jacquot, l’académisme est de retour avec une vision élégante et classieuse s’étalant sur seulement quatre jours, en juillet 1789, alors que la France connaît un véritable chamboulement qui va transformer son histoire. La prise de la Bastille marque un tournant entre l’ancienne et la nouvelle France et c’est au travers de la Cour de Versailles que les évènements vont être vécus et suivis, avec angoisse et tension face à des remous qui vont avoir des conséquences fatales pour ce joli petit monde jusque là protégé dans leur château doré, loin des turpitudes de la populace.

Benoît Jacquot délaisse Marie-Antoinette en tant que personnage central, pas plus qu’il ne dresse une énième biographie pompeuse de la façon dont elle a vécu ces moments annonciateurs de sombres jours pour elle et par extension, pour la toute la Cour et la monarchie française. Le réalisateur opte pour l’angle d’un autre personnage, le point de vue de Sidonie, l’une des dames de compagnie de la Reine, sa liseuse plus précisément, par ailleurs fervente admiratrice d’une femme qu’elle idolâtre et pour laquelle elle ferait n’importe quoi. Au-delà de la vénération, c’est surtout sur une subtile et tendancieuse relation amoureuse à sens unique que s’attarde Jacquot pour caresser la grande histoire. Car finalement, l’attitude de groupie de Sidonie envers sa Reine semble bien souvent traduire plus qu’une fidélité extrême, mais plutôt un sentiment amoureux fort et introverti, inexprimable et interdit mais que Jacquot cerne avec une délicatesse et une finesse exceptionnelle sans jamais faire dans la démonstration rhétorique facile mais plus dans le sous-entendu intelligemment induit. Un amour doublement tragique et douloureux pour Sidonie qui à la fois est obligée de réfréner sa passion périlleuse devant sa reine majestueuse mais qui dans le même temps, s’est placée dans une situation inextricable en développant une relation de confiance intime excessive renforçant son mal intérieur quand elle devient une confidente entendant l’amour passionnée (et quelque part homosexuel) que voue Marie-Antoinette à son amie, Gabrielle de Polignac.

Au-delà de la petite histoire ou plutôt des petites histoires (la relation trouble entre Marie-antoinette et Gabrielle de Polignac et la relation trouble différemment entre cette même Reine et Sidonie) et par le regard de cette servante fragilisée par son inconditionnelle passion pour son idole, vivant les moments d’intimité comme des cadeaux intenses et dans le même temps, meurtrie par les sautes d’humeur de sa Reine à son égard la renvoyant à sa condition de servante, Jacquot montre surtout le vacillement d’un monde vu de l’intérieur sur un ton plus sérieux et sobre que chez Sofia Coppola où se dégage une forte puissance des sentiments. Si l’histoire nous place forcément du côté du peuple et contre cette monarchie arrogante, le cinéaste parvient pourtant à nous placer dans une position d’empathie pour cette Reine inconsciente du sort de ses sujets tant elle est enfermée dans son monde délicat et luxueux et dans ses troubles sentimentaux personnels loin des remous de la société. Sidonie observe ainsi tout le délitement d’un monde ancestral, assiste indirectement aux changements d’une société en pleine mutation définitive où une page se tourne au détriment des acteurs qui la faisaient depuis si longtemps, dans un ordre établi depuis des siècles. Brillamment, Benoît Jacquot entremêle la petite et la grande histoire où la tragédie de la fin de relations pour une simple femme ou pour la Reine, fait écho à la fin d’un monde s’écroulant autour d’elles.

Par une mise en scène virtuose de grâce et un objectif enveloppé de velours, Benoît Jacquot filme la passion vibrante, la fin dans le déchirement, le délitement d’un monde, le tout autour de la beauté lunaire d’une Léa Seydoux au talent fou. Léa Seydoux, l’une des plus formidables étoiles du cinéma français actuel, est le véritable pilier de cette œuvre poignante, jamais ennuyeuse comme certains pourraient être tenté de le craindre venant de Jacquot. Sous ses yeux humides et désespérés, se profile toute la panique folle qui touche un monde vacillant. Et sous la caméra de Jacquot, s’offre à nous une page de l’histoire traitée autrement, soulevant le voile sur des faits moins connus servant par une belle résonance, l’histoire plus fameuse de la fin d’un règne et d’un système. Servi par un casting exceptionnel dont se détache, comme on l’a dit Léa Seydoux, mais où Diane Kruger, Virginie Ledoyen et les autres apportent une sacrée dose de talent, Les Adieux à la Reine dépoussière le genre du film historique tout en usant d’une mise en scène académique mais magistrale et envoûtante. Le cauchemar tragique et finalement amer de Sidonie symbolise le cauchemar de personnages sentant poindre le danger. Dans une atmosphère crépusculaire et mélancolique, Jacquot signe son meilleur film sur la « fin » en général et sur la passion dans toute sa complexité. Fascinant et remarquable.

Bande-annonce :


LES ADIEUX À LA REINE : BANDE-ANNONCE Full HD par baryla

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