LA VIE SANS PRINCIPE (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Dyut meng gam
Parents : Johnnie To
Livret de famille : Lau Ching-Wan (Panther), Richie Ren (Cheung), Denise Ho (Teresa), Hoi-Pang Lo (Chung), Hang-shuen So (Kun), Philip Keung (Lung), Myolie Wu (Connie), Terence Yin (Mr Sung)…
Date de naissance : 2011
Nationalité : Hong Kong
Taille/Poids : 1h46 – Budget NC

Signes particuliers (+) : Une construction intelligente. To s’essaye à autre chose sans démériter.

Signes particuliers (-) : Guère passionnant en raison d’un manque d’emprise sur le spectateur et d’une quasi absence de son style habituel construit sur le lyrisme, visuel comme narratif.

 

LE CINÉMA AVEC PRINCIPE

Résumé : Un sac volé contenant 5 millions de dollars se retrouve sur le chemin de trois personnes toute très différente les unes des autres. Teresa est une simple employée de banque que ses patrons poussent à proposer à ses clients des plans risqués. Panther est un petit escroc qui tombe dans l’engrenage de la spéculation boursière. Enfin, Cheung est un inspecteur qui a un soudain besoin d’argent pour un projet immobilier hors de ses moyens…

L’un des plus productifs et talentueux cinéaste hongkongais est de retour avec un film surprenant quittant les sentiers de son genre de prédilection, le polar, pour aborder un sujet sérieux et grave, la crise économique mondiale et plus particulièrement la façon dont elle frappe son Hong-Kong/patrie. Johnnie To n’en est pas à son premier film hors-polar, même si le genre prédomine dans sa riche filmographie, surtout récente, puisque ce touche-à-tout éclectique a déjà œuvré dans le fantastique, la comédie romantique, le drame, le film d’action… Un besoin incessant de se renouveler pour lui que l’on a vu se faire accuser (à tort) de se laisser aller à la facilité avec son dernier Vengeance, en se reposant sur ses acquis ? Johnnie To avait à cœur de traiter du monde et de la société actuelle qu’il qualifie de « casino géant » car son mécanisme de fonctionnement pousse et oblige les gens à jouer avec leur argent pour s’en sortir, à prendre des risques, à tenter des paris hasardeux.

La Vie sans Principe aborde frontalement donc le système monétaire, bancaire, la spéculation, la bourse, les actions, les coups réussis et les ratés tragiques en suivant quelques personnages tous très différents les uns des autres mais aux trajectoires similaires dans leur rapport à un moment donné, à l’argent. Dans un Hong-Kong lourdement frappé par la crise économique mondiale et qui était déjà à la peine, ne parvenant toujours pas à se relever d’une rétrocession à la Chine qui lui aura été fatale, trois êtres -un flic, un petit truand et une employé de banque- vont avoir à faire des choix et vont être confrontés à un moment de leur vie, au besoin d’argent, ces bouts de papier insignifiants qui pourtant, qu’on le veuille ou non, font tourner le monde (et les têtes).

En entremêlant les genres, de la comédie noire au polar sombre en passant par le drame et le film romantique, Johnnie To signe un film en marge de son cinéma récent. Loin des flingues, des triades, du fric sulfureux, le cinéaste asiatique s’engage dans un film à discours, atypique et certainement pas, comme on a pu le lire ça et là, une sorte de Wall Street a la sauce chinoise. Fable dénonciatrice d’un monde ahurissant et illogique, obsédé et poussant à l’obsession de l’argent même les plus réfractaires, conduisant à des situations que l’on juge sordides dès lors qu’elles se déroulent sous nos yeux alors qu’elles sont pourtant imbriquées dans notre quotidien banal, La Vie sans Principe ose prendre la parole et dire des choses.

Johnnie To abandonne le romanesque et le lyrisme de ses œuvres magistrales et éclatantes passées et même si son petit nouveau a une patte singulière qui traduit la présence d’un cinéaste qui n’a rien d’un faiseur lisse, il n’en est pas moins déroutant par son engagement sur un sujet de société, surprenant de la part d’un auteur qui n’est pas coutumier du fait. On ne le lui reprochera pas, bien au contraire et c’est toujours agréable de le voir s’essayer a autre chose mais force est de constater que l’on a connu To bien plus à l’aise auparavant que dans ce film qui a des allures un peu trop démonstratives et qui agence maladroitement ses histoires et ses nuances de ton. Souffrant d’un problème de rythme et de longueurs qui en affaiblissent l’impact et la teneur, La Vie sans Principe peine à s’installer, peine à cerner son sujet avec fluidité et même si l’on perçoit aisément là où il veut en venir, on ne peut s’empêcher de trouver Johnnie To peu à son avantage dans un film radicalement éloigné de son univers même s’il semble lucide et informé sur ce dont il parle. Il n’empêche que cette sortie du monde des voyous et des policiers sans la virtuosité qui fait la puissance élégante de son cinéma traditionnel, est un semi-échec. Parfois ennuyeux et généralement bancal, To a plus de mal à scénariser les tenants et les aboutissants du royaume infernal de la bourse qu’à plonger dans la criminalité galopante hong-kongaise, comme si l’ancrage dans le réel le limitant dans ses envolées épiques (peu importe le genre) atténuait la force de son cinéma.

La Vie sans Principe reste un film de Johnnie To, dominé par ses thématiques récurrentes, une peinture d’une certaine forme de violence sociétale, l’individualisme aux prises avec le collectivisme, la plongée de pauvres personnages dans un engrenage qui les dépasse et la présentation d’une autre facette de son Hong-Kong chéri. Il est doté d’une construction intelligente, mais si elle peine à passionner, et s’appuie sur des personnages minutieusement étudiés, la base de tout chez le metteur en scène. Mais peut-être trop occupé par l’écriture de son fond, il affiche des carences inattendues de sa part notamment dans une mise en scène très moyenne et peu inspirée si ce n’est à l’occasion de deux trois fulgurances éparpillées. Ce dernier exercice n’est pas inintéressant, loin de là, mais mineur et l’on a quand même envie de retrouver maintenant le Johnnie To d’avant, celui des envolées lyriques et de la poésie de l’image où la grâce se mêle à la violence ou au romantisme exacerbé.

Bande-annonce :

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