JEREMIAH JOHNSON de Sidney Pollack
DVD – critique (western, aventure)

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18866691.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 10
Carte d’identité :
Nom : Jeremiah Johnson
Père : Sidney Pollack
Livret de famille : Robert Redford (Jeremiah Johnson), Allyn Ann McLerie (Crazy Woman), Will Geer (Bear Claw), Paul Benedict (Révérend Linqvist), Stefan Gierasch (Del Glue), Josh Albee (Caleb), Delle Bolton (Swan), Jack Colvin (Mulvey)…
Date de naissance : 1972
Majorité au : Septembre 19712
Nationalité : USA
Taille : 1h50 / Poids : Budget NC

Signes particuliers (+) : Un chef d’oeuvre intemporel, paisible et régénérant, magnifiant le besoin de retour à la nature et de rupture avec une civilisation de plus en plus épuisante, évoluant à contresens du bon sens. Au sommet de leur art, Pollack et Redford portent cette brillante chronique crépusculaire où la mélancolie finit par s’effacer devant la majestueuse beauté de l’essence même de la vie.

Signes particuliers (-) : x

 

INTO THE WILD

Résumé : Jeremiah Johnson quitte la ville et la civilisation pour aller vivre en ermite dabns la nature et devenir l’un de ces fameux « hommes des montagnes » à savoir quelqu’un qui va y passer sa vie au point d’en connaître chaque recoin et d’y vivre en parfaite osmose avec la nature… Il va y faire des rencontres inattendues et vivre une formidable expérience qui va devenir sa vie.

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L’INTRO :

1971. Sydney Pollack signe sa septième réalisation sur les bases d’un scénario coécrit par le grand John Milius. Avec Robert Redford en vedette, il s’inspire de la vie de John Johnson, un célèbre « mountain man » (homme des montagnes) de l’Ouest américain, chasseur-trappeur dans le sauvage Wyoming du XIXème siècle. Et le résultat donne un chef d’œuvre magistral, une œuvre forte du cinéma américain des années 70.

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L’AVIS :

Œuvre crépusculaire, naturaliste et humaniste sur un homme abandonnant la civilisation pour la vie sauvage, Jeremiah Johnson est une sorte d’anti-western lyrique, une fresque somptueuse non pas sur la modernisation de la civilisation comme c’est généralement le cas dans les films traditionnels de conquête de l’Ouest, mais au contraire, sur le chemin inverse, sur un désir de retour en arrière, sur une volonté de naturalisation de la vie civilisée, sur une recherche du rêve de la mythique osmose, voire symbiose, entre l’homme et la nature, un peu à l’image de récemment Into the Wild de Sean Penn mais en nettement plus abouti. Le mystérieux personnage de Jeremiah Johnson, comme sans passé, et dont on ne sait pas grand-chose, ni ce qu’il a été, ni d’où il vient (ce que corrobore la continuelle et sublime chanson en off accompagnant le film en commentant les grands passages de la vie de ce héros singulier) quitte une civilisation, ou plutôt fuit une civilisation, que l’on devine sans peine à son visage encore plus sauvage que la vie sauvage elle-même qu’il souhaite éperdument épouser dans un sentiment mélancolique de lassitude du monde des hommes. Au lieu de s’intéresser à son histoire, à son vécu, comme le ferait bien des cinéastes plus « classiques », Sydney Pollack préfère se focaliser sur l’essentiel. Et l’essentiel pour lui, ce n’est pas tant d’où vient cet homme mais où il veut aller. Plutôt que de parler du passé, autant parler du futur et de cette nouvelle vie qui démarre, alors que ce magnifique Jeremiah Johnson laisse derrière lui l’ancienne, comme balayée alors qu’il s’enfonce dans les montagnes…

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Parsemé de scènes à la fois surréelles et poétiques se faisant l’écho de la nouvelle vie surprenante et fantastique que le personnage va vivre, Jeremiah Johnson est probablement l’un des plus beaux westerns modernes (si on peut l’appeler ainsi) sur l’homme et la civilisation sauvage, s’attachant à l’aventure initiatique d’un homme en contant un parcours aussi incroyable que banal. Incroyable par les fabuleuses aventures et rencontres qu’il va faire et banal dans le fait qu’à aucun moment, Pollack ne va chercher à artificialiser son récit par une recherche du rocambolesque et des aventures sur-fictionnalisées ou sur-dramatisées. Le cinéaste préfère s’attacher à un quotidien, à un mode de vie fait de petites choses qui semblent si dérisoires pour l’homme dit « civilisé » mais si importantes pour l’homme des montagnes pour qui les priorités ne sont plus les mêmes, pour qui les choses essentielles divergent.

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Pollack reprend ce qu’il y avait de meilleur dans les westerns traditionnels passés, tordant le cou au genre et à ses fondamentaux, pour le croiser avec un regard et une vision moderne, puissante et émotionnellement forte, un peu à la manière avec laquelle Kevin Costner réalisera, une vingtaine d’année plus tard, son chef d’œuvre à lui avec Danse avec les Loups, Jeremiah Johnson préfigurant incontestablement le classique aux multiples Oscars de l’acteur/réalisateur qui y puisera clairement son inspiration naturaliste.

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Sublime tant dans sa peinture d’un homme retournant à un état sauvage plus pur, primitif et lavé d’une civilisation pervertissante, sublime dans la force de son récit pourtant simple mais au combien magnifiquement traité, sublime dans la beauté de ses images magnifiant une nature (les indomptées Rocheuses américaines) qu’un personnage décrira comme étant « la moelle du monde », sublime dans les rencontres fascinantes que le héros va faire et les relations si particulières qu’il va vivre avec des hommes semblables à lui (indiens, solitaires, voyageurs itinérants) ou se présentant sur sa route par la force des choses et du hasard (l’enfant, les soldats…)… Jeremiah Johnson est un chef d’œuvre à la poésie étourdissante.

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Bien que parlant avant tout de la nature, Jeremiah Johnson est une œuvre profondément humaine, traitant de retour aux sources, de simplicité, de pureté, chaque geste, paroles ou action n’étant pas motivé par du vide, par l’inutilité et la futilité de l’existence mais par la nécessité la plus essentielle, la plus dépouillée et la plus incalculée qui soit. Jeremiah Johnson est en cela une sorte d’anti-film capitaliste. Ici, la possession ne relève que de la stricte pure nécessité vitale, le personnage n’ayant au fond que peu de besoins, il ne possède que peu de choses. Et pourtant, son bonheur traduit une ode à la nature par opposition à une civilisation matérialiste et consommatrice, une ode à la simplicité des choses, des sentiments et de la vie quand elle est conçue dans un certain mode de vie épuré et élémentaire.

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On ne le répètera jamais assez : Jeremiah Johnson est un chef d’œuvre, une fresque à la fois initiatique et à la fois crépusculaire, laissant cette impression d’avoir vécu des jours, des semaines, des années de voyages intenses en l’espace de seulement 1h45 tant la richesse du film fourmillant de moments mémorables, est grande. Il est surtout l’un des plus grands classiques du genre, l’un des meilleurs films de Pollack et très certainement l’un des plus grands rôles de la carrière de Robert Redford. Un chef d’œuvre, on vous dit, essentiel dans une collection DVD.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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