ILS SONT PARTOUT de Yvan Attal : la critique du film
Sortie cinéma

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ils_sont_partoutMondo-mètre
note 3.5 -5
Carte d’identité :
Nom : Ils sont partout
Père : Yvan Attal
Date de naissance : 2015
Majorité : 1er juin 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h51 / Poids : NC
Genre : Comédie

Livret de famille : Yvan Attal, Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Dany Boon, Marthe Villalongua, Charlotte Gainsbourg, Denis Podalydès, Gilles Lellouche, Patrick Braoudé, François Damiens, Grégory Gadebois…

Signes particuliers : Drôle, décapant et intelligent, Yvan Attal passe à la moulinette, tous les clichés sur les juifs.

UNE COMÉDIE ANTI-ANTISÉMITE

LA CRITIQUE

Résumé : Yvan se sent persécuté par un antisémitisme grandissant et il a l’habitude de s’entendre dire qu’il exagère, qu’il est paranoïaque. Lors de séances chez son psy, Yvan parle donc de ce qui le concerne : son identité, être français et juif aujourd’hui. Mais ces rendez-vous sont aussi et surtout une sorte de fil rouge reliant entre elles plusieurs histoires courtes qui tentent de démonter, sur le mode tragi-comique, les clichés antisémites les plus tenaces…ils_sont_partoutL’INTRO :

Conscient, indigné, exaspéré et peut-être aussi un peu traumatisé par la montée angoissante de l’antisémitisme ces dernières années en France (inutile de rappeler les hauts faits d’arme de quelques connards pathétiques tels que Youssouf Fofana, Mohamed Merah et autres Amedy Coulibaly), l’acteur-réalisateur Yvan Attal a décidé de prendre la parole en écrivant un scénario de comédie au propos très actuel. Pas tant un « film d’actualité », mais plus un moyen de cristalliser un malaise, celui de la gêne de se sentir juif dans un pays qui est le sien. On pourrait croire à un exercice légèrement nombriliste rajoutant de l’essence sur l’incendie, mais non. Avec Ils Sont Partout, Yvan Attal signe surtout un film de société, au passage férocement drôle, et armé d’une distribution chorale pléthorique.ils_sont_partout_4L’AVIS :

Ils Sont Partout est-il pro-juif ? Oui. Est-il trop juif ? Non. Est-il nécessaire ? Complément. A la fois intelligent, acide, hilarant et lucide, Ils Sont Partout est une savoureuse comédie jouant des clichés sur les juifs, en flattant autant les zygomatiques que l’intellect. Mais autant préciser d’emblée, rien d’excluant dans l’affaire. Ce n’est pas parce qu’Yvan Attal est juif et qu’il parle des juifs, que son film n’est destiné qu’aux juifs, bien au contraire. Et c’est tout le mérite qu’on pourra lui attribuer, d’avoir su ouvrir son propos avec clairvoyance et finesse.ils_sont_partout_3Tout commence sur le divan d’un psy. C’est parti pour l’exercice mono-centré d’un cinéaste qui va se payer sa petite analyse sous nos yeux ? Oui et non. Le cinéaste va bel et bien exploiter l’idée mais pour en faire quelque-chose de foncièrement intéressant. Avec Ils Sont Partout, Yvan Attal réunit donc tous les clichés prêtés aux juifs et les passe à l’essoreuse d’une comédie engagée, dénonciatrice et bien souvent pleine de sagacité, ne prônant ni la colère ni le jugement méchant, mais visant seulement le bon sens et la réflexion teintée d’humanisme. Qu’est-ce que c’est qu’être juif ? Et puis d’abord, pourquoi être obligé de se définir en tant que juif ? Ou musulman, catho, noir, arabe ou homo ? En somme, voilà le cœur de Ils Sont Partout. Comme bien d’autres, Yvan Attal est juif, mais Yvan Attal est avant tout, un français, et plus généralement, un être humain. En se servant de son ressenti et de son expérience, le metteur en scène rédige comme une sorte de lettre ouverte aux français, mais couchée sur pellicule, et de surcroît, ludique et divertissante. La preuve que l’on peut faire rire autrement, et plus subtilement, qu’avec des grosses machines populaires telles que Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?.ils_sont_partout_5Recourant au canevas du film à sketch pour illustrer les chapitres de sa dissertation, tout y passe. Les juifs ont un nez crochu, les juifs ont de l’argent, les juifs s’entraident, les juifs sont partout, les juifs se plaignent tout le temps, les juifs sont des fils à maman, les juifs théorisent tout, les juifs ont tué Jésus, les juifs sont paranos, les juifs sont des rapaces, et on en passe des vertes et des bien mûres ! Libre et profitant de l’être, Yvan Attal ironise sur l’antisémitisme quotidien, sur l’antisémitisme politique, sur l’inaction gouvernementale, sur l’histoire, la famille, la religion, sur tout. Il se moque ouvertement du FN et de la famille Le Pen (personnifiée par Valérie Bonneton et Benoît Poelvoorde), il égratigne le gouvernement actuel de François Hollande, son inertie et sa passivité devant la montée du climat anxiogène (au passage, Patrick Braoudé en Hollande, meilleure idée de casting de l’année !). Il se permet un sketch science-fictionnel délirant où le Mossad envoie un agent tuer Jésus car il est la source de tous les problèmes du peuple juif, il plonge Dany Boon en plein questionnement existentiel car juif sans le sou, est-ce être juif ? Bref, Yvan Attal prend les clichés les plus grossiers, et s’amuse à leur tordre le coup tout en ponctuant son film de réflexions très sérieuses et ô combien pertinentes. Et au détour de quelques scènes discrètes, Yvan Attal de faire aussi preuve d’une pointe d’autodérision. Se moquer du regard sur les juifs n’exclue pas de se moquer aussi un peu de soi-même, histoire de rire avec les gens et non pas des gens. Comme ses rabbins empêtrées dans leurs réflexions théoriques. Comme cette idée qu’être juif se transmet par la mère. Mais les nazis, se posaient-ils cette question avant d’embarquer un juif, direction les camps ? Allez dire à ces victimes qu’elles n’étaient pas de « vrais juifs » car ça ne venait pas « de la mère »…ils_sont_partout_6Et la tendresse bordel ! comme dirait Patrick Schulmann ? Eh bien, elle est là aussi. Au détour d’un sketch parti pour être une folie désopilante avant de se transformer soudainement en un poignant moment de cinéma, Yvan Attal laisse le rire de côté le temps de quelques minutes pour laisser place au souvenir bouleversant, tirant des larmes et imposant le silence devant une réalité à jamais gravée dans l’histoire. Comme il l’imposera aussi dans un final en forme de déclaration grave et solennelle, face caméra, où le cinéaste résume son idée générale. Yvan Attal aurait pu pousser son propos plus loin, il aurait pu mieux analyser certains raisonnements, mieux décortiquer la source de certaines idées reçues, mieux les expliquer, il aurait pu être plus subtil et parfois moins superficiel. Peut-être par manque de courage, peut-être par manque d’audace, ou peut-être parce qu’il se perd un peu dans un film trop riche, qui veut dire plein de choses mais qui n’en a pas le temps. Peut-être aussi que sa sincérité  finit par l’aveugler et lui fait perdre un peu le fil sur la longueur. Mais même si elle est très imparfaite, Ils Sont Partout est une réussite, un geste cinématographique utile à la société.

EXTRAIT :

Par Nicolas Rieux

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