HIGH LIFE de Claire Denis : la critique du film
sortie cinéma

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Mère : Claire Denis
Date de naissance : 2018
Majorité : 07 novembre 2018
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h51 / Poids : NC
Genre : SF, Drame, Thriller

Livret de famille : Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin, Mia Goth, Agata Buzek…

Signes particuliers : Claire Denis nous plonge dans un univers SF réflexif.

DE LA SCIENCE-FICTION CÉRÉBRALE

LA CRITIQUE DE HIGH LIFE

Synopsis : Un groupe de criminels condamnés à mort accepte de commuer leur peine et de devenir les cobayes d’une mission spatiale en dehors du système solaire. Une mission hors normes…

Quand une cinéaste de l’intime comme Claire Denis s’attaque à la science-fiction, on se doute bien que l’on ne va pas se retrouver face à un blockbuster alignant les images spectaculaires façon Star Trek ou Interstellar. Avec High Life, la réalisatrice de Trouble Every Day ou Un Si Beau Soleil Intérieur embarque Robert Pattinson, Juliette Binoche ou encore Mia Goth dans l’espace, pour un huis-clos introspectif qui risque autant d’en fasciner certains qu’il n’en rebutera d’autres. A Toronto où il a été présenté en avant-première mondiale, High Life a vécu une séance mouvementée entre désertion de la salle, malaises et applaudissements nourris. Il faut dire que plus qu’un film, c’est une véritable expérience cinématographique que propose la cinéaste, une expérience inscrite dans l’exigence d’un cinéma hyper radical.

Choquant, hypnotique, étrange, inconfortable, insupportable, bizarre, cruel, horrible, ridicule, grandiose… On aura tout lu sur High Life au lendemain de Toronto. Autant de qualificatifs qui font sens à la découverte de l’imposant édifice bâti par Claire Denis. Il semble surtout clair que ceux qui ont pris le chemin de la salle en s’attendant à un film classique ont vite vu leurs yeux se révulser et faire trois tours sur eux-mêmes. Plus proche d’un cinéma cérébral à la Tarkovski que d’un plaisir jouissif à la George Lucas, High Life est bel et bien une expérience, pas loin d’être traumatisante selon les mains entre lesquelles elle est placée. La cinéaste évoque un « film de prison ». Curieux quand on fait un film spatial. Curieux mais logique. Narrant le parcours de criminels condamnés à mort et expédiés dans les étoiles pour une fausse mission de recherche d’énergie et d’expérimentation sur la reproduction, High Life délaisse vite l’épique d’une aventure pour se concentrer sur l’intime du côté carcéral de son histoire et les ramifications qui en découlent, questionnant notamment la nature humaine et l’adaptation de l’homme à son environnement (ici science-fictionnel), dans un long-métrage à la fois humain et métaphysique, mais aussi psychologique et charnel, multipliant les images violentes, sexuelles, philosophiques ou dérangeantes.

Au cœur du film, il y a l’idée d’expérimentation, en l’occurrence celles menées par le personnage de scientifique campé par Juliette Binoche. Mais le concept ne se limite pas à l’histoire. High Life est avant tout brillant non pas pour le plaisir direct qu’il procure, mais pour sa puissance cinématographique. Et à ce niveau-là, Claire Denis expérimente elle aussi, à travers la composition de ses cadrages, à travers la lumière, à travers son montage, à travers la manière dont elle filme corps et visages, ou encore à travers des décors versatiles et la façon dont les êtres sont imbriqués dedans. Dévissant complètement loin des archétypes d’un cinéma classique aux histoires et thématiques traditionnelles, la cinéaste impose une œuvre dans laquelle chaque plan est pensé comme un élément s’additionnant au reste. Rien n’est gratuit, tout est cohérence artistique, jusqu’à la migraine face à la densité cérébrale de la chose. L’ensemble tend à réinventer la SF, à associer l’humain et cet espace nouveau, à questionner notre existence dans le chaos, dans un futur qui ressemble à un nouvel élan comme à une fin programmée. Mais High Life ne suit pas un chemin balisé pour déployer son sens, et le parcours qu’il emprunte est difficile, douloureux, réflexif. Ceux qui ne seront pas emportés par la déflagration mentale et sensorielle s’ennuieront comme jamais devant un film qu’ils jugeront infect et abscons. La loi des films intelligents (traduire par « intello » pour les autres) jouant la carte de la sur-complexité au cinéma. Et c’est peut-être justement la limite du film, ne rien faciliter au risque de s’embourber dans l’excès. A force de vouloir ériger une œuvre intrinsèquement au-delà du riche, Claire Denis finit par nous perdre dans un cinéma qui sur-intellectualise son sujet à l’extrême et de manière un brin prétentieuse, privant au passage le spectateur de tout petit plaisir pour ne lui laisser qu’une grosse dissertation auteuriste fumeuse balisée par l’ennui et une petite forme de nombrilisme arty. Denis nous fait croire qu’elle réfléchit en profondeur sur ses sujets alors qu’elle se contente souvent d’enfoncer des portes ouvertes dans son propos. Typique d’un certain cinéma d’auteur à l’européenne, High Life ne s’octroie aucun plaisir, aucune simplicité, comme si l’idée même était une insulte. Le risque est de voir son pouvoir de fascination s’évaporer sur les flammes de la lourdeur, tout ce qu‘ont su éviter les Kubrick ou Tarkovski.


BANDE-ANNONCE :

Par David Huxley

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