HHhH : Interview de Jason Clarke et Rosamund Pike

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A l’occasion de la sortie du film HHhH, nous avons rencontré Jason Clarke et Rosamund Pike pour le compte de l’émission Mardi Cinéma sur France 2. Nous avons évoqué avec eux, ce thriller historique qui revient sur l’opération Anthropoid, dont le but visait à assassiner l’un des plus hauts dignitaires nazis en 1942. Entretien…

HHhH : L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina. Bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime. Hitler le nomme à Prague pour prendre le commandement de la Bohême-Moravie et lui confie le soin d’imaginer un plan d’extermination définitif. Il est l’architecte de la Solution Finale. Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis et Jozef Gabcik. L’un est tchèque, l’autre slovaque. Tous deux se sont engagés aux côtés de la Résistance, pour libérer leur pays de l’occupation allemande. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Heydrich. Au cours de l’infiltration, Jan rencontre Anna Novak, tentant d’endiguer les sentiments qui montent en lui. Car les résistants le savent tous : leur cause passe avant leur vie. Le 27 mai 1942, les destins d’Heydrich, Jan et Jozef basculent, renversant le cours de l’Histoire.

Jason ClarkeComment êtes-vous arrivés à bord de ce projet et qu’est-ce qui vous a « séduit » dans cette histoire ?

Jason Clarke : On m’avait envoyé le script pour que je le lise, ce que j’ai fait. C’était une histoire passionnante. Et puis, je me suis demandé, est-ce que je vais être capable d’interpréter ce gars, tous les jours, porter cet uniforme et tout le reste… Ensuite, j’ai rencontré Cédric Jimenez (le réalisateur ndlr) lors d’un déjeuner, et il m’a convaincu. Il était très convaincant Cédric, c’est un homme merveilleux. J’ai compris que cette histoire était superbe et que nous allions faire cela proprement. C’est à dire qu’on n’allait pas résumer le personnage d’Heydrich Reinhard à un simple méchant. Nous allions le filmer comme il devait l’être. J’ai lu le livre d’origine et je me suis dis « Tu sais quoi ? Je veux partie de ça. Je veux vraiment en faire partie« . J’ai toujours rêvé de faire un film sur la Seconde Guerre Mondiale. Comme on peut avoir envie de faire un western ou une comédie anglaise par exemple. Bon, je ne pensais pas que j’allais jouer le nazi de l’histoire mais bon… (rires).

Rosamund Pike : J’étais à Los Angeles. Quelqu’un m’a fait passer le script et j’ai tout de suite été très intéressée car j’avais déjà lu le livre de Laurent Binet. J’étais curieuse de voir ce que ça allait donner. Puis j’ai regardé La French de Cédric Jimenez, et je me suis dis : « Waouh… C’est un réalisateur extraordinaire ! » Son souci du détail, sa manière de rendre les sentiments, il m’a littéralement plongé dans les années 70 tout en faisant un film moderne. Je l’ai rencontré mais je savais déjà que ses idées seraient bonnes. Je voulais tout de même savoir s’il avait une véritable passion pour ce projet. Vous savez, parfois on réalise un film parce qu’il est là, prêt à être produit. Moi, j’ai toujours besoin de m’assurer qu’un réalisateur a vraiment envie de faire un film, pas juste qu’il doit le faire parce qu’il est là. Au-delà de ça, j’ai trouvé qu’Heydrich était un personnage fascinant. Je trouve que c’est très important si l’on doit réaliser un film sur la Résistance et l’esprit de Résistance, de faire en sorte que l’antagoniste soit le plus réaliste, le plus détaillé et crédible possible. C’est que faisait le livre. Tu n’apprécies jamais ce personnage horrible, mais c’est passionnant d’essayer de le comprendre. Quand on met en scène un film sur la Résistance, la chose la plus respectueuse que l’on puisse faire, est de rendre le méchant aussi digne que son adversaire. S’il n’est juste qu’un simple méchant, l’histoire de la Résistance n’est pas aussi forte.Rosamund Pike 1

Ce film était un gros challenge je suppose, car ce sont des rôles vraiment difficiles pour des acteurs…

Jason Clarke : Oui en effet, c’était un défi d’interpréter un tel rôle. A la fin du film, j’étais vraiment sur les nerfs. En tant qu’être humain et après avoir joué ce rôle pendant de longues semaines, j’ai été assez content de me vider de ce personnage quand tout s’est terminé, et d’aller me poser tranquille à la mer pour souffler. Dès l’instant où le tournage a été terminé, je suis parti en vacances dans le sud de l’Inde. Mais même si j’étais content de me débarrasser de ce personnage, c’était quand même chouette d’avoir pu m’instruire et apprendre des choses sur cette histoire en consultant des archives pour savoir ce qu’il avait fait, qui il était, comment il est devenu ce qu’il a été. J’ai aussi beaucoup apprécié d’avoir pu apprendre quelques rudiments de l’escrime, d’avoir pu travailler avec un coach hongrois qui a été champion olympique… C’était passionnant, et j’ai rencontré de merveilleuses personnes sur mon chemin au cours de cette aventure.

Rosamund Pike : Oui, c’était un challenge, mais ces thèmes d’ambition et de loyauté étaient très intéressants à explorer. Mon personnage, Lina, est tombée amoureuse de quelque chose qui était dysfonctionnel chez Heydrich. Et la façon dont Cédric Jimenez a filmé cela était très pertinente. Il a su montrer que Lina a vu cette énergie et cette violence en lui, et elle a aimé ça. J’ai toujours été très intéressée par le côté compliqué de la vie, et je me sens aujourd’hui chanceuse d’avoir pu explorer cela dans ce film. C’est fort de se dire qu’Heydrich a été créé par celle qui deviendra sa femme. Elle l’a récupérée à un moment où il était un homme détruit. Et c’est elle qui l’a reconstruit pièce par pièce, elle a fabriqué le monstre qu’il est devenu, et qui finira par la dévorer elle-aussi. C’est une très belle histoire pour moi et ce voyage a été très intéressant. Heydrich était un monstre sociopathe. On le voit vraiment grandir dans le film. J’aurai aimé avoir l’occasion de parler à des psychanalystes pour leur demander leur avis sur ce qu’il a pu se passer dans la tête d’un homme comme ça. Mais je n’ai pas eu l’occasion de le faire. En tout cas, ce qui m’intéressait dans cette histoire, c’est de voir si les gens pouvaient être touchés par cette femme. Ça pourrait créer un sentiment intéressant parce qu’on se sent inconfortable à l’idée de sympathiser avec une personne avec laquelle on n’est pas d’accord. On voudrait la juger mais on y arrive pas vraiment. Si j’arrive à certains moments, à ce que quelqu’un ressente quelque chose dans ce sens, alors cela voudra dire que j’ai réussi à faire en sorte que le film soit complexe, ce qu’il devait être.

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Vous avez des recherches sur vos personnages je suppose…

Rosamund Pike : Oui bien sûr. A partir du moment où l’on doit interpréter quelqu’un de réel, on doit faire des recherches. Et du mieux qu’on le peut. Il n’y a pas grand chose sur Lina Heydrich. Elle a écrit un livre en allemand intitulé « Ma vie avec Reinhard« . J’ai essayé de le lire car je peux comprendre un peu l’allemand, mais pas tout. Je me suis servi de ça. Dans ce livre, elle parle assez honnêtement de ses sentiments, de sa disgrâce, de sa honte. Mais, elle l’a vraiment aimé, il ne faut pas en douter, elle l’a véritablement aimé. Cela dit, elle savait aussi qu’il pouvait l’écraser à son tour.

Jaosn, on s’était rencontré à Deauville il y a deux ans pour Everest et à l’époque, on s’était posé des questions sur cette coupe de cheveux que vous aviez. C’était très… blond. Après avoir vu HHhH, on comprend mieux la raison…

Jason Clarke : Ah oui ! (rires) C’était avant que je tourne dans HHhH. Je suis allé à Deauville, puis au festival de Venise et après j’ai tourné dans HHhH.

J’ai l’impression que vous aimez quand même les rôles extrêmement immersifs. Everest était un tournage très éprouvant sur le plan physique, HHhH a été encore un tournage très éprouvant, moralement cette fois-ci…

Jason Clarke : Oui, c’est vrai que je viens d’en finir deux qui n’ont pas été de tout repos. Je pense que je devrais faire des comédies maintenant ! (rires) Je suis épuisé, je viens de finir trois films très très intenses.Jason Clarke 2

Justement, en parlant d’intensité, quelle était l’ambiance sur le plateau ? Quand on fait un film sur un tel sujet, est-ce qu’il est possible d’arriver à ressentir une certaine joie à tourner ?

Rosamund Pike : C’est un peu comme des médecins dans une salle d’opération. Ils ont affaire à une telle horreur, qu’il doit y avoir un sorte de légèreté, une sorte de luminosité, dans leur quotidien. Pour nous, c’était un tournage très agréable. On allait dans des lieux très sombres mais tout le monde avait la tête sur les épaules. Il y avait beaucoup d’échanges et nous avions une superbe énergie pour tourner. Je n’étais pas présente pour les scènes d’extrême violence, je pense que ça aurait été différent si j’y avais assisté. Je ne peux même pas regarder ces scènes, elles sont si horribles. Je n’ai aucune idée de comment devait être l’atmosphère sur le plateau pour ces scènes là. Il faut demander à Jason.

Jason Clarke : C’était particulier mais oui, en un sens, il y avait de la joie. Vous savez, on a tourné en deux parties bien distinctes. On a tourné toute la partie « nazie » en premier et la partie avec les deux jeunes héros ensuite. Et on a passé deux semaines rien que sur l’assassinat. Mais toute la partie avec les nazis, faire des « Heil Hitler », faire ces discours où je vantais les atrocités qu’on allait commettre, j’avais l’impression d’être dans un long tunnel ! (rires) Heureusement, il y avait Rosamund et Stephen Graham qui jouait Himmler, et qui est un bon ami. On s’est beaucoup amusés ensemble. Disons que Cédric Jimenez a fait en sorte à que ça se passe bien chaque jour. On ne rechignait pas, on ne se plaignait pas de jouer les grands méchants. On était plein de vie et on faisait notre métier du mieux qu’on le pouvait.HHhH

C’est d’autant plus étonnant que vous êtes quelqu’un de très gentil dans la vie et là, vous campez probablement l’un des méchants les plus abominables que l’on ait pu voir sur un écran de cinéma depuis un moment…

Jason Clarke : (rires) C’était un homme de famille vous savez. Il a eu des enfants, une femme, il allait à des fêtes, il adorait la musique et les arts. Et c’est horrible… C’est vraiment horrible ce que cet homme a pu faire, tout ce dont il était capable et ce qu’il aurait pu faire s’il n’avait pas été tué. C’était un des gars les plus hauts placés, intelligents, ambitieux et agressifs, qu’ait connu le régime. Pour Hitler, ce fut une grande perte.

C’était un homme de famille mais quand on voit comment il s’est comporté même avec sa femme, on a l’impression qu’il était totalement dénué de sentiments.

Jason Clarke : Oui, il y a eu quelque chose qui l’a fait dériver. Il a continué de descendre et descendre. Mais je crois à l’idée qu’on puisse penser très sincèrement, qu’on est en train de faire les bonnes choses pour de bonnes raisons. Heydrich pensait cela. Il pensait qu’il était un bon allemand, qu’il faisait du bon boulot. Et tout cela l’a amené dans un chemin très particulier, proche de l’enfer. Il y a des scènes où des soldats exécutent des personnes, ces soldats passaient des moments difficiles, ils en étaient malades. Heydrich lui, a dérivé de plus en plus loin de sa femme, je ne sais pas jusqu’où il aurait pu sombrer… Mais c’est surtout important de se souvenir de ce qu’ont accompli ces hommes en répondant, en se défendant, en résistant. C’est pour ça que Laurent Binet a écrit ce livre. Cet assassinat, cette bataille dans l’église, ces deux hommes héroïques… Ils ont été envoyés pour dire « Nous ne nous laisserons pas impressionner. Nous ne nous laisserons pas vaincre. Nous ne allongerons pas comme des chiens. On se tiendra sur nos jambes et on résistera. » Je n’arrive pas à imaginer aujourd’hui à quel point cette période a pu être sombre. On ne doit pas oublier. Même pour les allemands. Dans les années 30, ils arrêtaient aussi chaque allemand qu’ils n’aimaient pas. Cette société, si tu n’étais pas avec elle, alors tu étais contre elle. Tout ça ne doit surtout pas être oublié.

RENCONTRE AVEC LE RÉALISATEUR CÉDRIC JIMENEZ

NOTRE CRITIQUE DU FILM HHhH

BANDE-ANNONCE :

Propos recueillis par Nicolas Rieux

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