HARDCORE HENRY de Ilya Naishuller : la critique du film
Sortie cinéma

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hardcore_henryMondo-mètre
note 0.5.-5
Carte d’identité :
Nom : Hardcore Henry
Père : Ilya Naishuller
Date de naissance : 2015
Majorité : 13 avril 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : Russie, USA
Taille : 1h34 / Poids : NC
Genre : Action

Livret de famille : Haley Bennett, Sharlto Copley, Tim Roth, Danila Kozlovsky…

Signes particuliers : Un film d’action hardcore, tourné comme un jeu vidéo à la première personne. Immersion maximale ?

HARD-GORE HENRY

LA CRITIQUE

Résumé : Attachez votre ceinture. Hardcore Henry est certainement l’expérience la plus intense et la plus originale à vivre au cinéma depuis bien longtemps ! Vous ne vous souvenez de rien. Votre femme vient de vous ramener à la vie. Elle vous apprend votre nom : Henry. Cinq minutes plus tard, vous êtes la cible d’une armée de mercenaires menée par un puissant chef militaire en quête de domination du monde. Vous parvenez à vous échapper mais votre femme se fait kidnapper. Vous voilà perdu dans un Moscou hostile. Ici tout le monde semble vouloir votre mort. Vous ne pouvez compter sur personne. Sauf peut-être sur le mystérieux Jimmy. Pouvez-vous lui faire confiance ? Arriverez-vous à survivre à ce chaos, sauver votre femme et à faire la lumière sur votre véritable identité ? Bonne chance Henry, vous allez en avoir besoin.hardcore_henry_6L’INTRO :

C’était l’un des projets les plus dingues mais aussi les plus risqués du moment, espèce d’OFNI geek attendu au tournant par des armées de gamers en fusion. Hardcore Henry est un shoot’em up dantesque visant l’immersion totale dans un film d’action hard boiled aux allures de jeu vidéo surexcité, limite en hyperventilation. Ambitionnant de vendre une expérience intense comme jamais, cette série B américano-russe entièrement tournée en vue subjective façon FPS (« First Person Shoot » pour les non-initiés) est l’œuvre d’Ilya Naishuller, jeune cinéaste auteur d’un premier long-métrage finalisé dans la douleur avec l’aide d’une campagne de crowfunding et le soutien du tâcheron Timur Berkmenbetov qui vient jouer les producteurs bienveillant. Auparavant, l’enfant terrible Naishuller avait su se faire remarquer en signant la réalisation des clips de son groupe de rock moscovite, Biting Elbows. Et dans le lot, un en particulier avait provoqué un buzz sur la toile : Bad Motherfucker. Un clip pas loin du court-métrage, violent actioner réalisé à la première personne. On comprend mieux d’où vient Hardcore Henry maintenant.

An image from HARDCORE HENRY Courtesy of STX Entertainment

L’AVIS :

Qu’est ce qui a pu faire croire une seule seconde à ce brave Naishuller et à son Timur de producteur, que le pari de transformer un clip de cinq minutes en gros long-métrage d’action live, pourrait tenir la distance sur une heure et demi ? Sûrement plein de choses, plein d’idées et d’intentions. Problème, les malheureuses ont dû se faire la malle en cours de route tant Hardcore Henry apparaît comme la pire idée jamais pondue. Projet audacieux destiné à faire vibrer les amateurs de Call of Duty et autre Time Crisis dans une montée turgescente de fun et de plaisir coupable, Hardcore Henry est gros délire énervé capitalisant à fond les ballons sur son concept et uniquement sur son concept. Imaginez-vous deux secondes être catapulté dans un méga-actioner non-stop, et plus précisément dans la peau de son héros bionico-badass devant faire face à des hordes de tueurs lourdement armés, tous lancés à ses trousses avec pour mission de l’éliminer sur ordre d’une espèce de super-méchant doté de pouvoirs chelou et peroxydé comme un chanteur new wave ukrainien. Quand Hardcore Henry déclare vendre « une expérience », on ne peut que lui donner raison pour le coup. Mais ladite l’expérience, douloureuse au passage, relève t-elle vraiment du « cinéma » ? Rapidement, le résultat en fera déchanter plus d’un devant tant de médiocrité étalée sans vergogne et détruisant les cornées à coups de sulfateuse en furie. Même une sinusite carabinée pourra paraître plus agréable.

An image from HARDCORE HENRY Courtesy of STX Entertainment

Nanardeux, en plus d’être complètement fissuré du ciboulot, Hardcore Henry est une grosse gaudriole décomplexée mais too much, pas loin de rappeler d’autres portnawak quasi-conceptuels façon Adam Chaplin. L’idée de pondre un truc entièrement filmé à la première personne n’était pas mauvaise sur le papier. Louis Leterrier par exemple, vient d’en faire la démonstration avec sa comédie d’action Grimsby, au détour d’une séquence d’introduction d’une dizaine de minutes voyant un Mark Strong en mode James Bond, lancé dans une mission explosive filmée entièrement de son point de vue. Sauf que c’était sur une dizaine de minutes. La chose pouvait-elle décemment tenir sur un long-métrage tout entier ? C’était l’interrogation absolue qui suscitait la curiosité avec ce délirant Hardcore Henry. Pour faire court, la réponse aurait pu être « oui » avec un peu de talent mais elle impose un « non » catégorique, et ce pour de nombreuses raisons qui témoignent justement du fossé séparant cet accident pseudo-original, du petit moment de bravoure rigolo de l’ami Leterrier.hardcore_henry_4Ilya Naishuller a voulu aller jusqu’au bout du bout de son pari de transposer fidèlement un jeu vidéo à l’écran. Et il le fait au-delà de nos espérances, mais aussi au-delà du raisonnable. Hardcore Henry, c’est comme regarder un pote jouer frénétiquement à un gros délire archi-violent sur sa PS4. Vous n’avez pas la manette, c’est marrant deux minutes, mais vous finissez rapidement par vous emmerder à le voir s’éclater en pulvérisant du méchant à tour de bras. Déconseillé aux épileptiques (et aux âmes sensibles aussi), Hardcore Henry vire rapidement à la monotonie gore, épuisante et migraineuse, tournant éternellement en rond autour de son principe, faute d’avoir autre chose à proposer derrière, et faute de pouvoir se vanter d’une once de cinéma. Précisément, Naishuller foire totalement son exercice par volonté de trop bien faire en adoptant une vision aussi impossible que pénible à soutenir. Le « cinéaste » aurait dû se contenter d’importer l’idée du shoot’em up en vue subjective pour réaliser un film « façon » jeu vidéo, plutôt que de vouloir « recréer » littéralement un jeu vidéo à l’écran. Malheureusement, sa volonté de drainer tous les codes du run & gun le fait déraper hors de l’exercice de cinoche, pour tomber dans l’expérience what the fuck aussi lourde qu’indigeste.

HALEY BENNETT stars in HARDCORE HENRY

Le concept d’Hardcore Henry était suffisamment extrême en soi pour ne pas avoir besoin d’être surchargé. Et c’est l’un des travers dans lequel tombe Naishuller auquel on reprochera en premier lieu sa vision, avant de s’attaquer au résultat en lui-même, bien immonde lui-aussi. Voulant coller au plus près d’une expérience viscérale de jeu vidéo sur grand écran, le cinéaste débarrasse son film de toute écriture et conduite un tant soit peu cinématographique, pour mieux aligner toute l’extravagance d’un FPS. Outre l’emploi de la vue subjective (l’argument star), Hardcore Henry c’est une femme à sauver, un grand méchant bizarre, des niveaux à franchir pour l’atteindre, une nuée d’ennemis à abattre… Ok, ça, on s’y attendait. Mais Naishuller a voulu aller vraiment au bout du truc. Et Hardcore Henry d’impliquer aussi la recherche de munitions, l’impératif de « recharger le niveau de vitalité de son personnage », l’idée des multiples « vies » quand on est mort, un espèce de mentor qui aiguille le héros dans son périple en intervenant à chaque étape (personnifié via un Sharlto Copley insupportable) et ainsi de suite… A n’en pas douter, les gamers se retrouveront sûrement à l’aise dans cet univers familier, mais pas sûr que cela suffise pour jouir de l’intense expérience visée, expérience qui bascule dans le gros n’importe quoi foutraque et dé-bandant. Car rappelons que les jeux vidéo ont généralement une présentation (souvent superbe et travaillée) qui explique dans quoi on met les pieds, introduction dont Naishuller a jugé bon de se priver, rendant son « bidule » foutrement incompréhensible et bordélique pour un spectateur balancé sans ménagement dans un film qui trace sa route à mille à l’heure, tant pis si l’on a pas chopé le train en marche.

An image from HARDCORE HENRY Courtesy of STX Entertainment

Mais en plus de ces tares évoquées qui l’amènent gentiment sur les terres du navet ridicule, Hardcore Henry les accumule. L’effort de Naishuller, c’est aussi une réalisation furibarde anti-cinématographique et totalement inavalable (si seulement un duo à la Neveldine et Taylor avait pu être aux commandes de ce délire lorgnant vers Hyper Tension), c’est un film en roue libre ne songeant pas une seule seconde qu’un minium d’écriture aurait pu aider, c’est une absence consternante de découpage intelligible, et enfin, c’est une œuvre visuellement d’une laideur à faire pâlir Quasimodo lui-même. Certains sauront peut-être se contenter de la surface « fun » de la chose (et encore faut le dire vite), mais les autres ne pourront que regretter l’absence d’un minium d’ambition et de talent de mise en scène. Comme s’il suffisait de rallonger un délire lâché sur le net sans se soucier de plus, pour faire un vrai film de cinéma qui tiendrait la route. Fallait être vraiment naïf.hardcore_henry_5Au final, Hardcore Henry se vautre et passe à côté des sensations qu’il aurait pu communiquer s’il avait su concilier cinéma et jeu vidéo au lieu d’oublier le premier en chemin en croyant que le second ferait la blague à lui seul. Des sensations d’autant plus inatteignables que pour les vivre comme le film le souhaiterait, encore faudrait-il qu’une quelconque connexion existe entre le public et son personnage. Sans lien identificateur étant donné que l’on ne voit que pieds et poings de notre cher héros de surcroit muet (quelle idée débile) et sans présentation préalable de l’univers dans lequel on est livré à nous-même, ce roller coaster au dynamisme vomitif vire vite à l’entreprise d’autodestruction de ses intentions premières, sombrant dans un chaos hallucinant. Hardcore Henry, ou la preuve par A+B qu’un concept, même fort, n’a jamais suffit pour donner des bases solides à un film, quel qu’il soit.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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