GODZILLA d’Ishiro Honda [Critique – ressortie DVD/Blu-ray]

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godzillaMondo-mètre
note 9 -10
Carte d’identité :
Nom : Gojira
Parents : Ishiro Honda
Date de naissance : 1954
Majorité : 10 mars 2015
Type : Sortie Combo DVD/Blu-ray
(chez Metropolitan Films)
Nationalité : Japon
Taille : 1h36 / Poids : 1 M$
Genre : Fantastique

Livret de famille : Raymond Burr (Steve Martin), Akira Takarada (Hideto Ogata), Momoko Kôchi (Emiko Yamane), Akihiko Hirata (Daisuke), Takashi Shimura (Kyohei), Fuyuki Murakami (Tanabe)…

Signes particuliers : Un chef d’oeuvre du cinéma japonais ressort en Blu-ray dans une toute nouvelle version intégrale et restaurée. Le mythe Godzilla est toujours aussi fort dans la culture populaire. Et pour cause !

AVEC UN PEU DE RETARD… BON ANNIVERSAIRE GODZILLA !

LA CRITIQUE

Résumé : Un monstre préhistorique est réanimé par l’essai nucléaire de la bombe H dans l’océan Pacifique.Rapidement, Godzilla sort de la mer et marche sur le Japon, en direction de Tokyo, détruisant tout sur son passage…godzilla-1954 L’INTRO :

Il y a un peu plus de soixante ans, le producteur Tomoyuki Tanaka et la société nippone Toho ont donné naissance à un monstre du cinéma japonais sans savoir encore à quel point il allait s’imposer comme une icône de la culture populaire nationale, puis mondiale. Godzilla, réalisé par Ishiro Honda, va être le point de départ de l’une des plus grandes sagas de l’histoire du cinéma fantastique. A l’époque, la ressortie du King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack a fait mûrir dans l’esprit de nombreux producteurs, l’envie de tourner de nouveaux films avec des monstres terrorisant les populations et détruisant tout sur leur passage. Alors qu’aux Etats-Unis, sortait en 1953 Le Monstre des Temps Perdus du français Eugène Lourié, Tomoyuki Tanaka s’activait au Japon pour monter son projet de Keiju Eiga (film de monstre japonais). En 1954, Godzilla sortait sur les écrans. Un succès foudroyant avec plus de neuf millions de spectateurs. Depuis ? Une trentaine de suites et de remakes, sans compter les nombreux films inspirés de la recette de ce classique devenu culte. Pour fêter le soixantième anniversaire de la célèbre créature (avec quelques mois de retard) et alors qu’un nouveau remake est sorti en 2014 sous la direction de Gareth Edwards, Metropolitan propose une nouvelle édition intégrale du classique originel, en version intégrale et restaurée.godzillaL’AVIS :

Fruit des traumatismes du Japon face au nucléaire, Godzilla est certes un film d’exploitation favorisant le grand spectacle, mais on ne pourra le dissocier de son contexte de création. Réalisé neuf ans après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, il est une évidente régurgitation des peurs d’un pays encore abasourdi et impacté par les bombardements atomiques qui ont mis fin à la guerre, pour laquelle la nation aura payé un lourd tribu tragique. Les chiffres avancés ne sont que des estimations invérifiables avec certitudes, mais selon les historiens, le nombre de victimes aurait atteint un total compris entre 150 et 250 000 morts. L’exorcisation de cette blessure aura trouvé sa voie au cinéma, à travers plusieurs drames. Mais ce sera bel et bien le registre du fantastique qui lui offrira son écho le plus résonnant avec Godzilla, créature née des essais nucléaire dans l’océan Pacifique qui incarnera à elle-seule, toutes les angoisses d’un pays entier. Arrivant sur les côtes nippones en détruisant tout sur son passage, la menace monstrueuse sèmera la panique et l’horreur, alors que Hiroshima et Nagasaki sont encore présents dans toutes les mémoires. Autant dire que la parabole est claire, Godzilla ne faisant finalement que mettre en lumière le fait que les populations japonaises ont encore les fantômes du passé bien ancrés dans leur quotidien. A plus forte raison sachant qu’à l’époque, les tensions autour de la guerre froide entre les États-Unis et le bloc de l’Est, font ressortir le spectre d’une menace atomique qui plane sur le globe.tRnns7LawqJjuNRITekm053n8wGAujourd’hui, Godzilla paraîtra à coup sûr très rudimentaire dans sa confection, pour les jeunes générations qui y verront kitsch, caoutchouc et reconstitutions en miniatures. Soixante ans après, le film d’Ishiro Honda a logiquement subi les coups du temps et des évolutions technologiques, lui qui avait eu recours à l’époque, à des techniques de conception désormais d’un autre temps. En lieu et place de la stop-motion utilisé pour King Kong, la production avait opté pour un comédien dans un costume en latex (de 91 kg !). L’acteur se déplaçait très lentement, non seulement à cause du poids, mais surtout afin d’être filmé au ralenti, pour restituer la sensation de gigantisme de la créature. Pourtant et malgré son côté « daté », Godzilla reste et restera ad vitam eternam, comme une œuvre fondatrice dont les qualités cinématographiques n’ont, elles, pas pris une ride. Il aura révolutionné le cinéma fantastique à base de créatures monstrueuses, non seulement japonais, mais en général. Par sa façon de récupérer et de cristalliser les peurs collectives pour les assimiler à une distraction spectaculaire aux allures de fable allégorique sans qu’aucun de ses deux visages ne prenne le pas l’un sur l’autre. Par son impressionnante réussite visuelle pour l’époque, par la conduite de sa narration et son canevas dramatique d’une immense modernité et devenue un modèle que tous les films du genre reproduisent depuis, et encore aujourd’hui.Gojira-1954Godzilla est entré dans la légende, et avec elle, dans la catégorie des grands chefs d’œuvre de l’histoire du cinéma. Non seulement pour son caractère de film pionnier, mais aussi pour l’intensité de son récit, pour sa propension à avoir distillé des images qui se sont irrémédiablement imprégnées sur les rétines (la marche destructrice du monstre sur Tokyo, la scène du bombardement massif devant les installations électriques) ou pour le célèbre et magnifique score du compositeur Akira Ifukube. Et enfin, pour sa richesse thématique. Car au-delà de la métaphore sur les conséquences psychologiques de la guerre passée, Godzilla s’impose comme un plaidoyer anti-nucléaire, illustrant la vengeance furieuse de Dame Nature contre l’homme, ou mettant en avant certains dilemmes moraux alors d’actualité, à travers ses personnages et les diverses opinions en opposition. Que faire avec le nucléaire ? L’étudier pour l’avenir et se prémunir ou mesurer les dangers d’une technologie pouvant n’apporter que de mauvaises choses à l’humanité en cas de dérives ?godzilla_behind_the_scene

LE TEST BLU-RAY/DVD

La bonne nouvelle de cette édition 2015 proposée par Metropolitan, est de s’appuyer sur la version intégrale d’un film qui a connu de nombreux remontages à l’international. Par ailleurs, Godzilla est un film qui a considérablement souffert des ravages du temps et cette ressortie vidéo s’appuie sur une version restaurée visant à rendre ses lettres de noblesses au classique, à l’heure où le numérique accroit considérablement les qualités mais aussi les défauts des éditions connues. Côté son, le Blu-ray, comme le DVD, propose une piste 2.0 Dolby Digital. La puissance sonore n’est pas au rendez-vous mais on sent un effort d’atténuation du bruit résiduel. Côté image, l’affaire est plus compliquée. Le travail de restauration a nettement amélioré le film mais pas au point de transformer son visage. Godzilla n’est clairement la plus belle restauration que l’on ait pu voir, bien au contraire. Le film souffre toujours de son âge et l’image manque de netteté. Un défaut qui sera un peu corrigé par le Blu-ray mais qui en revanche, est terriblement appuyé sur le DVD. Le film étant proposé dans un combo réunissant les deux supports, on ne pourra vous conseiller de privilégier le Blu-ray. En revanche, voilà encore une bonne raison de passer à cette technologie (si cela n’est pas déjà fait). Le fossé avec le DVD est vraiment immense.le-retour-de-godzilla-5(Le Retour de Godzilla)

Concernant les bonus, ils ne sont pas très nombreux voire quasi-factuel (galeries photos et bandes-annonces). En revanche, Metropolitan a prévu le coup avec un cadeau de choix. En sus du Godzilla originel, cette édition offre un petit cadeau substantiel avec le film Le Retour de Godzilla, sa suite tournée en 1955 par Motoyoshi Oda, et proposée ici en supplément afin de prolonger le plaisir des amateurs de Kaiju Eiga. Au final, deux films pour le prix d’un. Le Retour de Godzilla oppose cette fois, les hommes au célèbre lézard géant, mais également à une seconde créature, Anguirus. Pour l’anecdote, Anguirus était le nom un tant envisagé pour Godzilla, avant que le croisement entre « gorille » et « baleine » ne soit adopté (Gorira et Kujira). Le film, très mercantile et pompant passablement son aîné, est moins marquant que le chef d’œuvre de Honda, d’autant que la réalisation de Motoyoshi Oda accuse un ferme manque d’inspiration à l’image du choix du cinéaste de ne pas avoir recours au ralenti pour filmer ses monstres. En résulte un rendu visuel laissant une sensation d’accélération de l’image qui accentue son côté kitsch au lieu de le gommer. Un parti pris technique qui ne fait qu’accroître les qualités de son aïeul.

EXTRAIT :

Par Nicolas Rieux

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