FREE STATE OF JONES de Gary Ross : la critique du film
Sortie cinéma

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free_state_of_jonesMondo-mètre
note 3 -5
Carte d’identité :
Nom : Free State of Jones
Père : Gary Ross
Date de naissance : 2016
Majorité : 14 septembre 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h20 / Poids : NC
Genre : Historique, Drame

Livret de famille : Matthew McConaughey, Gugu Mbatha-Raw, Mahershala Ali, Keri Russell, Sean Bridges, Christopher Berry…

Signes particuliers : Une fresque historique qui manque de souffle.

LE ROBIN DES BOIS DANS LA GUERRE DE SÉCESSION

LA CRITIQUE DE FREE STATE OF JONES

Résumé : En pleine guerre de Sécession, Newton Knight, courageux fermier du Mississippi, prend la tête d’un groupe de modestes paysans blancs et d’esclaves en fuite pour se battre contre les États confédérés. Formant un régiment de rebelles indomptables, Knight et ses hommes ont l’avantage stratégique de connaître le terrain, même si leurs ennemis sont bien plus nombreux et beaucoup mieux armés… Résolument engagé contre l’injustice et l’exploitation humaine, l’intrépide fermier fonde le premier État d’hommes libres où Noirs et Blancs sont à égalité. free_state_of_jones_5 On l’a tous bien compris depuis un bail maintenant, mais Matthew McConaughey aime les rôles forts, les rôles exigeants, ceux qui lui offrent l’opportunité de se dépasser, de livrer de vraies performances d’acteur. Être et paraître ne l’intéresse pas, Matthew aime les challenges, il aime jouer, composer, il aime endosser et surtout incarner quelque chose, pas simplement prêter son image tel un pantin désincarné. Les difficultés et aspérités sont un moteur qui le pousse vers le meilleur. Ainsi, le rôle de Newt Knight, courageux fermier frondeur qui, en pleine guerre de Sécession, s’est dressé contre les États Confédérés pour lesquels il combattait, ne pouvait que lui plaire. Vingt ans après Le Droit de Tuer ? de Joel Schumacher qui traitait déjà de racisme et de ségrégationnisme dans le sud ultra-conservateur des États-Unis, Matthew McConaughey retrouve le Mississipi pour illustrer un pan de l’histoire américaine. Aujourd’hui oublié de tous, Newt Knight avait pourtant tout pour devenir une légende, de ces hommes que le temps anoblit en façonnant leur aura. En avance de plus d’un siècle sur son temps, Newton Knight était un sudiste qui ne partageait pas les idéaux de sa contrée natale. La guerre contre les yankees, il n’en voulait pas. L’esclavagisme, il n’y a jamais été favorable. Pour Newt, un homme est un homme, il n’a pas à être la possession d’un autre, il n’a pas vocation à mourir pour enrichir les autres. C’est ce tempérament de « Juste » et cette propension à systématiquement vouloir aider tout le monde, qui va faire de lui un hors-la-loi traqué par la confédération. A la tête d’une bande de paysans rebelles, de déserteurs et d’esclaves en fuite, Newt va s’élever contre l’injustice.free_state_of_jones_2

Gary Ross n’a jamais été un grand réalisateur. De Pleasantville à Seabiscuit en passant par le premier Hunger Games, le metteur en scène a toujours su faire preuve d’un savoir-faire certain pour raconter des histoires, mais n’a jamais su afficher un indéniable génie artistique. Avec Free State of Jones, on espérait le voir quitter un peu sa tenue de cinéaste lisse à la mise en scène très fonctionnelle, pour aller se frotter à quelque chose de plus rugueux, de plus sombre et violent, quelque chose qui l’obligerait à se transcender pour embrasser le côté noble d’une fresque humaine et guerrière assoiffée de valeurs morales et d’historicité à la contemporanéité résonnante. Avec Free State of Jones, on espérait le voir signer (modestement bien sûr) comme son Danse avec les Loups à lui. Malheureusement, Gary Ross nous condamne à rester sur notre faim. Longueurs et lourdeurs sont au programme de Free State of Jones, grande épopée entre The Patriot et Robin des Bois, qui paye très vite, son manque de souffle épique et certaines de ses bonnes idées maladroitement adoptées par le cinéaste. Dans son meilleur visage, Free State of Jones est un beau film historique, valorisant une aventure, des valeurs humanistes, et dressant le portrait d’un homme exceptionnel à travers une critique sans détour du racisme dans ce sud des États-Unis qui ne parvient pas à se défaire de cette mentalité enracinée trop profondément pour être arrachée facilement. Il faudra probablement des siècles pour que les choses changent radicalement dans ces États de l’ancienne Confédération, devenus aujourd’hui l’incarnation de « l’Amérique profonde ».free_state_of_jones_7Free State of Jones revient sur les temps troublés de la guerre de Sécession. Instructif et bénéficiant d’un immense travail de documentation que l’on sent à l’écran (en dehors d’une énorme confusion dans la reconstitution des costumes), le film de Gary Ross accroche dès son entame, ne cachant rien de l’horreur et de la violence de la grande guerre qui aura défiguré l’Amérique fraternelle. Progressivement, Ross déploie alors la puissance de son personnage, son caractère, ses convictions, sa lutte. Alors que Matthew McConaughey livre une fois n’est pas coutume, une prestation habitée et étourdissante, Free State of Jones passionne, pour la richesse de son sujet et pour la densité de son récit. Dommage alors que Gary Ross n’ait pas su faire fructifier tout cela en l’assimilant dans un spectacle à la hauteur de la grandeur de son récit. Après une entame forte, le cinéaste sombre doucement dans la fadeur et la paresse. Free State of Jones demeure constant dans l’attrait qu’impose son histoire mais perd de sa superbe dans son illustration, d’autant que l’étirement narratif devient son pire ennemi. Et puis il y a cette idée incongrue et audacieuse du flash-forward (l’inverse du flashback)… Ou comment tenir quelque chose de pertinent mais sans trop savoir comment l’amener. Décidant en plein récit de jouer la carte de l’aller-retour temporel dans le futur, Gary Ross saute soudainement dans les années 1960 pour suivre brièvement le parcours d’un descendant de son héros, sur lequel il reviendra de temps à autre. L’idée était intéressante, d’autant qu’elle participe à soutenir un propos malin. Mais Ross gère terriblement mal la chose et vient à la faute impardonnable. Ses sorties temporelles sont comme autant de décrochages brutaux qui viennent briser la fluidité d’une histoire à laquelle on essaie de s’attacher comme on peut, malgré les difficultés dues à son manque de rythme et de dynamisme. Dans son final, le réalisateur justifie cette idée et montre où il venait en venir. Certains s’époumoneront devant la lourdeur du parallèle, d’autres auront envie d’approuver ce choix audacieux.free_state_of_jones_6Au final, Free State of Jones n’est pas un mauvais film, seulement une œuvre ambitieuse qui ne laissera pas un souvenir impérissable, malgré son sujet fort et passionnant, malgré son comédien talentueux, malgré un propos général intéressant et ponctué d’une touche de contemporanéité. Sous la direction d’un cinéaste armé de davantage de talent, Free State of Jones aurait sans doute pu être un grand film. En l’état, il se regarde sans trop de déplaisir mais aussi sans susciter l’émotion qu’il aurait dû afficher.

Par Nicolas Rieux

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