FIDELIO, L’ODYSSÉE D’ALICE de Lucie Borleteau : la critique du film [Sortie vidéo]

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Fidelionote 7-10
Nom : Fidelio
Père : Lucie Borleteau
Date de naissance : 2014
Majorité : 17 juin 2015
Type : Sortie DVD
Nationalité : France
Taille : 1h37 / Poids : NC
Genre : Comédie dramatique, Romance

Livret de famille : Ariane Labed (Alice), Melvil Poupaud (Gaël), Anders Danielsen Lie (Felix), Pascal Tagnati (Antoine), Corneliu Dragomirescu (Constantin), Jean-Louis Coulloc’h (Barbereau)…

Signes particuliers : Une petite pépite du cinéma français, à découvrir sans modération.

ALICE EST SUR UN BATEAU

LA CRITIQUE

Résumé : Alice, 30 ans, est marin. Elle laisse Félix, son homme, sur la terre ferme, et embarque comme mécanicienne sur un vieux cargo, le Fidelio. A bord, elle apprend qu’elle est là pour remplacer un homme qui vient de mourir et découvre que Gaël, son premier grand amour, commande le navire. Dans sa cabine, Alice trouve un carnet ayant appartenu à son prédécesseur. La lecture de ses notes, entre problèmes mécaniques, conquêtes sexuelles et mélancolie amoureuse, résonne curieusement avec sa traversée. Au gré des escales, au milieu d’un équipage exclusivement masculin, bercée par ses amours qui tanguent, Alice s’expose au bonheur de tout vivre à la fois et tente de maintenir le cap…FidelioL’INTRO :

C’est souvent dans son propre vécu ou dans celui de l’entourage proche que l’on déniche les meilleures idées qui donneront naissance à des projets de cinéma. La genèse de quantité de longs-métrages est basée sur cette démarche et celle de Fidelio, L’Odyssée d’Alice ne fait pas exception. C’est suite à l’entrée d’une amie à l’école de la marine marchande, que la néo-cinéaste Lucie Borleteau a eu l’idée de ce premier film. Songeant au départ à tourner un documentaire, celle qui a acquis sa relative expérience en travaillant pour quelques grands noms comme Claire Denis ou Arnaud Desplechin, a finalement opté pour la fiction après un long travail de recherche, de documentation et de rencontres. Au terme d’un tournage difficile en raison du choix de l’authenticité et d’un tournage sur un vrai rafiot patiné au cachet témoignant de ces longues années en mer, Lucie Borleteau a porté son premier « bébé » jusqu’au Festival de Locarno, d’où il repartira avec le label Europa Cinemas et le prix d’interprétation pour sa jeune comédienne, la méconnue Ariane Labed, qui a de bonnes chances de ne pas le rester bien longtemps.Fidelio_4L’AVIS :

Véritable héros du film, le Fidelio du titre est donc ce vieux cargo où l’équipe a posé ses bagages et son attirail technique confronté aux exigences d’un tournage en lieu étroit, mal éclairé et bruyant. Un cadre néanmoins fabuleux, habité, porteur d’une âme donnant du cachet à cette sorte de huis clos où l’on est invité à observer le quotidien, où se mélange humour, drame et romance mais aussi ennui, mélancolie, colère ou affrontement, alors que tous les sentiments y sont exacerbés par un confinement tour à tour étouffant dans cet amas de ferraille exigu, ou à l’opposé, empreint d’une liberté salvatrice alors que l’immensité de l’océan défile à l’horizon. Dans un style voguant sur le clapotis des vagues d’un exercice brillant d’équilibre, convoquant autant la chronique sentimentale à la Rohmer (sans l’ennui qui peut aller avec) qu’une certaine forme de justesse documentaire à la Depardon, Fidelio, L’Odyssée d’Alice est un récit conjuguant fiction et réalisme d’un quotidien saisi avec finesse, humilité et respect. On y navigue avec délicatesse, on dérive entre intimisme et universalité, bercé par la beauté et la puissance d’une histoire formidable de simplicité et irrésistiblement enivrante. Au centre de cette superbe traversée, un personnage féminin extraordinaire, femme authentique, vibrante, vivante, pleine de force et de sensualité. Ariane Labed est la proue qui rend fier et fougueux ce cargo frondeur naviguant libre comme l’air sur l’océan d’un cinéma français d’ordinaire trop calme. Et même si au final l’effort résonne comme un peu creux au-delà de son étoile cristallisant un récit original, romanesque, incarné, sexuel, Fidelio est une belle odyssée poignante qui largue les amarres et nous emporte en mer sans que l’on ait envie de revenir. Du moins, pas dans l’immédiat. Pas avoir d’avoir profité de ce voyage animé d’une pureté cristalline.Fidelio_DVD

LE DVD & SES SUPPLÉMENTS

Distribué uniquement en DVD mais avec une très belle restitution de l’image et du son, Fidelio, L’Odyssée d’Alice affiche une série de suppléments de grande qualité, étayant un peu plus ce voyage sublime que nous propose la réalisatrice Lucie Borleteau. A commencer par un entretien d’une vingtaine de minutes avec la cinéaste et la comédienne principale Ariane Labed, mené par Charlotte Garson (France Inter). L’occasion de revenir sur la genèse du projet et surtout le tournage compliqué sur ce vieux rafiot, défi soumis à une volonté d’authenticité mais dont le retour de bâton aura été de sérieuses complications techniques amenant leur lot de casse-têtes finalement brillamment relevés. L’éditeur aura également eu la bonne de joindre en complément du film, les deux précédents courts-métrages de la réalisatrice, Les Vœux (2008) et La Grève des Ventres (2012), chacun avoisinant les trente minutes. L’occasion de mieux s’imprégner du style de la cinéaste et de saisir sa progression et son univers artistique. Un livret avec l’affiche du film, un texte de Charlotte Garson et une interview papier de Lucie Borleteau complètent ce bel objet, que l’on recommande chaudement.

LA BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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