ENTRETIEN : Rencontre avec Paolo Sorrentino à l’occasion de la sortie du film « Youth »

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Youth_afficheA l’occasion de la sortie du film Youth (le 09 septembre prochain au cinéma), nous avons eu la chance de nous entretenir avec le cinéaste Paolo Sorrentino (Il Divo, La Grande Bellezza). Le génie du cinéma italien, dont le film a été présenté à Cannes, est revenu avec nous sur ce nouveau long-métrage, sans doute l’un des plus beaux films que l’on ait pu voir cette année.

L’histoire : Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble. Mais contrairement à eux, personne ne semble se soucier du temps qui passe…

Avez-vous écrit le scénario en pensant à Michael Caine et Harvey Keitel ou sont-ils venus après et auquel cas, avez-vous modifié le script suite à leur présence ?

Paolo Sorrentino : J’ai écrit le scénario en pensant à Michael Caine. Harvey Keitel, c’est un choix qui est arrivé après, mais je n’ai pas eu à modifier le script parce que les comédiens étaient très proches des personnages qu’ils avaient à jouer.

D’où est venue cette envie de travailler avec Michael Caine et comment cette envie a influencé le processus d’écriture ?

P.S. : Ce n’est même pas une influence, en fait. A partir du moment où j’ai commencé à écrire, j’ai pensé à lui. Cette envie est venue du fait que c’est un acteur merveilleux que j’admirais énormément, et j’avais très envie de travailler avec lui.

Il y a toujours un fond existentiel dans vos films et c’est encore plus le cas avec Youth. Et parmi les thématiques que vous déployez, il y a toujours la thématique du temps qui passe, la peur de vieillir, faire le bilan. Le cinéma est-il, pour vous, un moyen de réfléchir et de philosopher sur la vie et surtout, est-ce que la vieillesse est une angoisse particulière, chez vous ?

P.S. : Non, la vieillesse ne me fait pas peur mais elle me crée beaucoup d’ennuis. Je n’ai pas une intention systématique de philosopher sur la vie à travers mon cinéma, car ce serait un peu trop présomptueux de ma part. C’est quelque-chose qui conviendrait mieux à l’écriture de livre, je pense. En revanche, qu’il y ait des principes sur l’existence et une certaine vision philosophique, pourquoi pas. Mais ça apparaît de manière un peu chaotique et fragmentaire.Youth

Vous avez une galerie de personnages toujours assez étranges et chargés en background. Par rapport aux acteurs, comment travaillez-vous ces personnages et leur créez-vous ce background ou vient-il tout seul de lui-même par l’entremise des comédiens ?

P.S. : L’équivoque, c’est que tout le monde voit mes personnages comme étranges, mais moi, je ne les vois pas comme étranges du tout. Et oui, je crée un background pour mes personnages, mais plutôt de façon mentale, personnelle et intime.

Vous rendez hommage à Maradona dans le film. Vous aviez même parlé de lui aux Oscars. Vous le connaissez personnellement ?

P.S. : Non, je ne le connais pas personnellement. Il m’a juste offert un maillot dédicacé après les Oscars.

Vous avez des propositions de cinéma qui sont très fortes et des personnages qui sont toujours très riches et avec du caractère. Qu’est-ce qui vous a attiré vers le cinéma, vers ce médium là, qu’est-ce qu’il vous permet de dire, que d’autres médiums ne vous permettrez pas de dire, en fait ?

P.S. : J’ai choisi le cinéma mais j’ai aussi choisi l’écriture, qui était mon vrai rêve avant le cinéma, quand j’étais adolescent. J’ai choisi le cinéma parce que je suis fainéant. Et les fainéants n’ont aucune envie d’apprendre. Et quand vous voulez faire de la musique, il faut apprendre à jouer d’un instrument, quand vous voulez faire de la peinture, il faut apprendre à peindre. Avec le cinéma finalement, même sans avoir la maîtrise totale de la chose, on peut faire du cinéma.

Votre cinéma est marqué par une très grande sensibilité qui naît de l’association entre le fond et la forme. L’écriture est toujours très travaillée, l’esthétique est toujours très soignée en tous points de vue, photographie, montage, musique… Pensez-vous tout en amont, travaillez-vous par étapes ou l’écriture motive t-elle l’esthétique du film ?

P.S. : Dans mes premiers films, tout était très préparé. Mais de film en film, ils le sont de moins en moins et sont de plus en plus improvisés.

youth_michael_caineMême si Youth ne met pas en scène des italiens, il y a quand même un rapport à l’Italie et on dirait que la décadence bourgeoise est une sorte de thématique qui revient de plus en plus fréquemment dans le cinéma italien et dans votre cinéma, notamment. Comment vous sentez-vous vis-à-vis de cette thématique ?

P.S. : Je ne sens pas de rapport précis avec l’Italie dans ce film. Je pense que c’est un film qui est centré sur des destins humains, sur des sentiments assez universels. Tout le discours sur la décadence bourgeoise, c’est plus le centre de La Grande Bellezza. On m’a déjà dit qu’on voyait un pont entre ce dernier et Youth mais moi, je ne le vois pas. Je ne peux pas vous aider, du coup.

Il y a un grand absent dans Youth, c’est Toni Servillo, avec qui vous aviez pris l’habitude de travailler régulièrement…

P.S. : Je n’ai pas travaillé avec lui car les deux personnages principaux du film avaient 80 ans. Mais il m’a manqué, il me manque toujours parce qu’en plus d’être un acteur que j’aime beaucoup, c’est un ami avec lequel je partage beaucoup de choses.

D’où est venue cette envie de travailler avec Michael Caine et comment cette envie s’est traduite dans le processus d’écriture ?

P.S. : Ce n’est même pas une influence, en fait. A partir du moment où j’ai commencé à écrire, j’ai pensé à lui. Cette envie est venue du fait que c’est un acteur merveilleux que j’admirais énormément, et j’avais envie de travailler avec lui.

BANDE-ANNONCE DE YOUTH :

youth_03354_picture_by_gianni_fioritoUn grand merci à Paolo Sorrentino et à Pathé Films pour cet entretien.

Retranscription Nicolas Rieux

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