DOOMSDAY BOOK (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Doomsday Book
Père : Pil-Sung Yim et Jee-woon Kim
Livret de famille : Ryu Seung-beom (le scientifique Yoon Seok-woo), Go Joon-hee (son rdv galant Yoo-min), Joon-ho Bong (Lee John-ho), Kim Kang-Woo (le technicien), Park Hae-il (voix du robot), Jin Ji-hee (la petite Min-seo), Song Sae-byok (son oncle)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : Corée du Sud
Taille/Poids : 1h55 – 5 millions $

Signes particuliers (+) : Une anthologie réussie, cohérente, sans trop de baisse d’un segment à l’autre. Un second chapitre SF philosophique monumental.

Signes particuliers (-) : Même si aucun n’est foncièrement mauvais, on notera des inégalités et disparités d’un sketch à l’autre.

 

CET ARTICLE SURVIVRA T-IL À LA FIN DU MONDE ?

Résumé : Une intoxication alimentaire déclenche une épidémie zombiesque. Un robot domestique employé dans un monastère bouddhiste dit avoir atteint l’illumination. Une météorite est sur le point d’entrer en collision avec la Terre… Trois visions de situations pouvant potentiellement conduire le monde vers sa fin.

Doomsday Book est un projet sud-coréen ambitieux dont les rênes sont tenus par deux metteurs en scènes de talent, d’un côté l’extraordinaire Jee-woon Kim qui enchaîne les chefs d’œuvre comme on enfile des perles (I Saw the Devil, A Bittersweet Life, Deux Sœurs, Le Bon la Brute et le Cinglé) et de l’autre Pil-Sung Yim, essentiellement connu pour sa version très esthétisée d’Hansel et Gretel en 2007 et pour son fantastico-horrifique Antartic Journal en 2005. Anthologie à sketch sur la fin du monde, où plutôt, au vu de la vulgarisation de la chose très à la mode actuellement, sur la fin de la civilisation humaine, Doomsday Book n’est pas là pour évoquer 2012, le calendrier Maya ou une quelconque histoire d’alignement des planètes mais pour dresser trois visions, dans trois segments très différents les uns des autres, de comment l’homme pourrait être conduit voire se conduire lui-même, vers sa propre fin, sa propre perte. Jee-woon Kim réalisera le segment central intitulé Heavenly Creature, gros morceau dense orienté et inspiré de l’univers philosophico-science fictionnel d’Asimov, alors que Pil-Sung Yim sera en charge des segments un et trois, plus légers.

Couronné de prix au Paris International Fantastic Film Festival 2012, Doomsday Book s’inscrit dans un registre craint et redouté, celui du film à sketch, généralement casse-gueule pour ses difficultés d’homogénéité de sorte à ce que chacun des segments soit d’un niveau à peu près égal aux autres, dans la qualité bien entendu et non dans la médiocrité sinon le problème est réglé et le débat ne se pose pas. Un genre difficile donc, mais que les deux compères vont pourtant réussir à surmonter puisque le résultat est, pour une fois, globalement assez réussi. Non pas que les trois récits qui nous sont contés soient tous brillants ou égaux mais au moins, chose n’est pas coutume, ils sont tous suffisamment cohérents et corrects voire plus, pour que l’ensemble de l’édifice ne s’effondre pas sous le poids des défaillances des uns ou des autres.

Doomsday Book nous propose donc trois chapitres, allant du film d’horreur-zombie tout ce qu’il y a de plus classique à la fable SF philosophique avant de terminer par un segment catastrophe complètement délirant et fantaisiste. Horreur, pensum SF et comédie, trois traitements radicalement différents pour trois histoires abordant la question de la fin de la civilisation humaine par trois éventualités par forcément réalistes mais soit intéressante soit amusante.

Doomsday Book s’ouvre sur le segment Brave New World signé Pil-Sung Yim qui donne le coup d’envoi de ce festival. Variation zombie autour du thème du péché originel via la pomme fatale offerte par Satan à Eve, ce premier chapitre ne propose pas grand-chose que l’on n’ait pas déjà vu dans le cinéma de genre mais amuse et divertit en reprenant les codes du cinéma d’horreur traditionnel à l’occidentale tout en les intégrant dans le cinéma authentiquement local. Notes d’humour et chaos horrifique se côtoient dans un bloc bien nerveux et efficace proposant un cocktail fait de gore et d’absurdité mélangeant gags et tentative de survie dans une ville infestée où le virus se répand à la vitesse de la lumière. Pil-Sung Yim donne une première vision très orientée horreur, certainement improbable… quoique…

Vient ensuite le grand moment de bravoure du film avec Heavenly Creature, segment signé Jee-woon Kim, aussi visuellement étourdissant que profond. Questionnant l’homme et son rapport à son évolution de façon à la fois théologique et métaphysique, ce chapitre est incontestablement le meilleur et le plus riche, relevant à lui seul le goût de l’ensemble de l’entreprise par sa splendeur. Tournant autour de l’histoire d’un robot employé dans un monastère bouddhiste pour y accomplir diverses tâches et qui prétend avoir atteint l’illumination, Heavenly Creature nous met face à nous-même, à notre futur, à nos peurs et nos angoisses, par le biais du conte philosophique doux, calme et posé. Jee-woon Kim aborde la question de l’évolution humaine et notre rapport à la technologie et à la sur-technologie en mettant en lumière notre propre dangerosité dans notre besoin de concevoir avant d’avoir finalement peur de ce que nous concevons. L’homme courrait-il à sa perte par sa propension à engendrer des choses qu’il ne contrôle pas ? C’est en tout cas ce que semble défendre le cinéaste dans un segment plus intellectuel que ces deux voisins. Jee-woon Kim dresse un constat mélancolique passionnant (en plus d’être une splendeur visuelle) sur la façon dont l’homme pourrait bien, un jour, être responsable de sa propre perte. Ici, il est épris de panique en voyant une machine (sa création et qu’il entend bien garder en servage et en position d’infériorité) le dépasser sur des points fondateurs.

Enfin, après le gros morceau complexe, c’est sur une note plus légère et humoristique que s’achève Doomsday Book avec Happy Birthday, troisième et dernier récit tournant autour de la fin du monde. Sauf que cette fois-ci, celle-ci n’est pas imagée mais le véritable épicentre d’un volet résolument apocalyptique. Un final à la Armageddon ou Le Jour d’Après ? Pas du tout. Pil-Sung Yim croise le registre du film anticipatoire catastrophe classique avec le délire fantaisiste nonsensique fonctionnant à l’absurde le plus décalé qui soit puisqu’il ne s’agit bien d’une histoire de collision entre un astéroïde et la terre exception fait que le dit astéroïde est… une boule de billard jetée par la fenêtre par une fillette souhaitant cacher une bourde commise. Vient une vague histoire d’achat sur internet d’une nouvelle boule pour remplacer l’ancienne abîmée, un clic, l’activation d’une fin du monde commandée et voilà qu’une gigantesque boule noire siglée « n°8 » fonce tout droit sur la Terre. Cette histoire déjantée est prétexte à une vision complètement surréaliste, souvent drôle et parodique de la fin du monde entre les news télé qui se lâche, les émissions de téléachat qui vendent du matériel de survie et les gens qui s’enferment dans des bunkers où est recrée inutilement tout l’environnement de surface…

Doomsday Book visait haut. Le sujet était lourd pour cette anthologie complexe et ambitieuse qui n’a failli pas voir le jour lorsque son producteur a fait faillite il y a quelques années. Avec quelques remaniements et un passage de trois à deux cinéastes pour réduire les coûts, le projet a pu finalement être mené à terme, certes un peu dans la douleur, ce qui se ressent parfois puisque seule la partie de Jee-woon Kim semble totalement aboutie, maîtrisée et à la hauteur de ses folles aspirations, proposant une vraie réflexion de fond introspective passionnante sur nos agissements. Au point que les deux courts de Pil-Sung Yim paraissent presque anecdotiques devant ce monument central convoquant les meilleures œuvres et thématiques chères à la grande littérature SF. Mais globalement, avec ces tonalités tour à tour légère et décalée ou grave et profonde, Doomsday Book reste dans l’ensemble toujours correct même s’il se savoure non sans une pointe de frustration devant le potentiel à chef d’œuvre qui l’animait et qu’il n’atteint pas. La matière était certes présente et la direction empruntée était la bonne mais il aurait certainement fallu incontestablement un développement encore plus ambitieux pour parvenir à un résultat plus définitif et d’une tout autre dimension sur son sujet. Doomsday Book pèche seulement dans sa visée, d’où une impression parfois de bâclage ou de hâte dans le traitement, revoyant les intentions d’un projet qui aurait pu être pharamineux, à la baisse.

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