DÉLIVRE-NOUS DU MAL de Scott Dericksson
Critique – Sortie DVD/Blu-ray

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310746.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 6.5 -10
Carte d’identité :
Nom : Deliver Us From Evil
Père : Scott Dericksson
Date de naissance : 2014
Majorité : 14 janvier 2015
Type : Sortie DVD/Blu-ray
Nationalité : USA
Taille : 1h59
Poids : Budget de 30 M$
Genre : Thriller, Epouvante

Livret de famille : Eric Bana (Ralph Sarchie), Edgard Ramirez (Mendoza), Joel McHale (Butler), Olivia Mumm (Jen), Chris Coy (Jimmy), Sean Harris (Santino), Mike Houston (Nadler), Dorian Missick (Gordon)…

Signes particuliers : Un film hybride croisant des registres avec habileté, comme si Seven rencontrait L’Exorciste. Délivre-nous du Mal est à la fois un polar à enquête sombre et haletant et un thriller horrifique dit « de possession » ancré dans les codes habituels du genre. Plus oppressant que flippant, son atmosphère lourde et suffocante fait le boulot.

 

CET ARTICLE EST INSPIRÉ D’UNE HISTOIRE VRAIE…

LA CRITIQUE

Résumé : A New York, le policier Ralph Sarchie enquête sur une série de crimes. Il s’associe avec un prêtre non conventionnel, spécialisé dans les rituels d’exorcisme. Tous deux vont lutter contre les possessions qui terrorisent leur ville.délivre-nous du mal L’INTRO :

Sans réfléchir et avec précipitation, on aurait envie de dire que c’est reparti pour un tour avec encore un nouveau film de possession démoniaque soi-disant basé sur des faits réels douteux… On ne les compte même plus ces derniers temps entre tous ceux florissant sur le prolifique marché du DTV et les péloches un peu plus luxueuses qui se frayent un chemin vers les salles pour terrifier le spectateur avide de sensations fortes sur fond de mystères théologiques. Au point qu’une forme d’écœurement n’est pas loin de s’instaurer face à des méfaits souvent copier-coller, rares étant les pépites qui parviennent à se détacher de la masse à l’image du travail d’un James Wan avec ses Insidious ou The Conjuring.deliver-us3

Sauf que voilà, Délivre-nous du Mal ne sort pas de nulle part, lui. Il s’agit du nouvel effort horrifique de Scott Dericksson, grosse attente auprès de la communauté des amateurs de cinoche de genre. La petite claque que fut son excellent Sinister il y a deux ans, participe forcément de l’attente autour de ce thriller maléfique emmené par le charismatique Eric Bana, entouré de Edgar Ramirez et d’un Joel McHale s’invitant bien loin de l’univers de la série Community où il interprète le suffisant mais attachant Jeff Winger. Et pas de pipeau sur la marchandise, Délivre-nous du Mal est bel et bien inspiré d’une histoire vraie puisque le film se base sur les écrits de Ralph Sarchie (le roman Beware the Night), un policier américain dont les enquêtes dans le New York de la nuit, l’ont amené à se trouver confronté à l’occulte et à la démonologie. Un sujet que Dericksson maîtrise bien, lui qui avait signé en 2005, le très intéressant (bien que critiqué) L’Exorcisme d’Emily Rose, déjà inspiré d’une histoire vraie, celle de la mort de l’allemande Anneliese Michel au cours d’un rite d’exorcisme.

291436.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxL’AVIS :

Et puisqu’on l’évoque, difficile de ne pas penser justement à L’Exorcisme d’Emily Rose en découvrant ce Délivre-nous du Mal. Car une fois de plus, Scott Dericksson ne se contente pas de faire un simple film d’horreur mais plonge dans un nouveau croisement hybride entre deux registres, le genre apparaissant comme une composante de fond alimentant un film aux pieds enracinés dans tout autre chose sur la forme. Si la première fois, son film de possession s’entremêlait habilement au film « de tribunal » avec le récit du procès d’un prêtre mis au banc des accusés après la mort d’une jeune femme au cours d’un exorcisme, cette fois-ci l’horreur devient la toile d’immersion d’un haletant thriller policier mâtiné d’une ambiance de polar sombre et suffocant.

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Si après Sinister, l’on s’attendait peut-être à un nouveau petit monument de terreur égrenant les uns après les autres tous les codes du sous-registre dans lequel il semble s’ancrer pour mieux nous tétaniser sur place, Délivre-nous du Mal surprend rapidement par sa faculté à prendre la tangente par rapport aux récents films que l’on a pu voir ces dernières années. Sur la forme, Scott Dericksson lorgne davantage du côté d’un Seven croisé avec L’Exorciste. De Seven, on retrouve toute une série d’éléments structurels, deux policiers faisant équipe, l’un plus sage et réservé, l’autre davantage sidekick blagueur-rigolo voire en un sens immature, une enquête usante étalée sur une poignée de jours, une atmosphère lourde façonnée par le glauque, le crasseux, la nuit, l’omniprésence de la pluie… De L’Exorciste et consorts, on retrouve bien entendu les motifs habituels, théologie, rites, possession, Mal ancestral, peur façonnée dans l’oppressant plus que dans la démonstration, même si le film réservera quelques petits jump scare utilisés avec parcimonie… Dericksson ambitionnait de faire un film différent, on peut lui tirer un grand de chapeau, il y est parvenu.512678.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxSe payant au passage une petite critique de la guerre au Moyen-Orient et ses conséquences sur ces soldats ramenant avec eux au pays, des maux intérieurs rongeurs (le Mal occulte qu’ils ramènent ici de la guerre en Irak fonctionnant comme un symbole de ces traumatismes), Délivre-nous du Mal est une bonne petite série B passablement énervée dans la forme comme dans le fond. Pas forcément le bijou que l’on attendait, mais mené tambour battant sur un rythme soutenu en prenant savamment son temps au départ pour imposer son ambiance sourdement angoissante plaquée en fond de toile avant de virer au récit trépidant d’une enquête s’enlisant de plus en plus dans le surnaturel tout en gardant les oripeaux d’un pur polar, Délivre-nous du Mal réussit sans peine à nous embarquer dans son histoire sous tension jouant avec intelligence sur ses embardées horrifiques bien distillées dans son récit prenant. Le seul reproche qu’on pourrait lui faire, est de manquer un peu d’équilibre dans son mélange des genres, le thriller prenant parfois de trop, le pas sur l’horreur pure. S’il ne réinvente pas forcément le genre tout entier malgré sa rhétorique originale, Dericksson fait encore une fois son petit effet avec un film immersif et dérangeant qui, cerise sur le gâteau, s’avère être une œuvre plastiquement léchée, avec un gros accent mis sur les cadrages et leur composition, l’alternance des formats et textures d’une image très travaillée et une véritable attention portée à la bande-son et au mixage de ses effets, forts, lourds, puissamment pesants et présents, renforçant la sensation d’inconfort procurée par un film accompli avec talent et savoir-faire.nerdlocker-movie-review-deliver-us-from-evil-9cc1261f-99ad-4442-838f-92afaeb9f806Délivre-nous du Mal n’est peut-être pas aussi réussi que ne l’a été le hit Sinister avant lui, mais reste que l’effort de Dericksson est à bien des égards d’une belle audace dans sa confection métissée, plus flippant sur la durée par son arc dramatique, sa narration et l’atmosphère troublante et captivante qu’il déploie, que par sa propension à aligner le frisson via des screamers orchestrés pour faire mouche instantanément.deliver_us_from_evil_blu

LE TEST BLU-RAY

Très belle édition que ce Blu-ray de Délivre-nous du Mal, édité par Sony. D’abord techniquement, avec un beau master HD rendant pleinement tout le travail effectué sur l’esthétisme du film par Scott Dericksson et son équipe. On pense notamment aux nombreuses scènes nocturnes qui conservent ici toute leur profondeur grâce à une photo subtilement travaillée dont la qualité se répercute sur cette galette numérique. On soulignera également la puissance des pistes sonores, elles aussi très travaillées par le metteur en scène, et sur lesquelles ce Blu-ray s’appuie pour déployer l’atmosphère oppressante et pesante du long-métrage. Côté bonus, il y avait matière vu le sujet et le fait que le film soit tiré d’un livre passionnant écrit par un policier new-yorkais (Ralph Searchie) confronté au cours de carrière, à des cas flirtant avec l’occulte. Outre les commentaires du réalisateur Scott Dericksson (qui a moult choses à raconter sur son film tant il est un véritable passionné) et un making of du tournage, on se sera surtout attardé sur les trois modules que son Délivre-nous des Démons, Les Deux Sergents et Le Détective Démoniaque.d1a7c-p11-shoji-deliver-us-a-20140918

Le premier, Délivre-nous des Démons (environ 8 minutes) s’attache à la représentation des démons dans le film. Scott Dericksson y explique ce qu’il voulait voir à l’écran, comment il a conçu sa vision de la possession. Ce module offre également la part belle au maquillage horrifiques, avec une interview du maquilleur en chef, qui détaille son travail aussi minutieux qu’impressionnant. Vient ensuite Les Deux Sergents (environ 8 minutes également), qui s’attarde sur le réel Ralph Sarchie dont le film adapte les histoires relatées dans son livre. Entrecoupé d’interview de Dericksson, du comédien Eric Bana et, cerise sur le gâteau, de Ralph Sarchie lui-même, ce second module évoque notamment les intentions du film vis-à-vis du véritable personnage à la base de tout, tout en abordant le processus de transposition à l’écran. On en apprend ainsi davantage sur ce policier new-yorkais qui a côtoyé le surnaturel, du moins la vision qu’en ont Dericksson et Bana. Car comme l’explique Scott Dericksson, plus qu’un film d’horreur, le cinéaste soulait faire un film « sur Ralph Sarchie ». Mais le réel point d’orgue de ces suppléments sera le dernier module, Le Détective Démoniaque. Avec ce module d’environ 9 minutes et demi, la parole est davantage donnée à Ralph Sarchie. Le policier démonologue se livre, explique qui il est, ce qu’il a fait et fait aujourd’hui, ce à quoi il a été confronté, comment il l’a abordé. Très intéressant, ce supplément nous reconnecte surtout avec la terrifiante réalité de l’histoire et se présente comme un mini-documentaire sur ce personnage fascinant.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

2 commentaires à propos de “DÉLIVRE-NOUS DU MAL de Scott Dericksson
Critique – Sortie DVD/Blu-ray

  1. Heureux que ça te donne envie Kev44600. On devrait publier rapidement notre rencontre avec Eric Bana et le réalisateur Scott Dericksson. Espérons qu’elle te donne encore plus envie.

  2. Jolie petite critique. J’attendais pas avec impatience ce film, mais une interview de Eric Bana m’a surtout donnée envie de voir de quelle manière il se débrouille dans ce film, premier film de genre pour l’acteur. De plus, outre son aspect horrifique, c’est surtout la façon dont est traité l’aspect humain du film et la psychologie de Ralph Sarchie qui m’intéresse.

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