DEAD MAN DOWN (critique – Polar)

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120x160 Dead Man OKMondo-mètre :
note 7
Carte d’identité :
Nom : Dead Man Down
Père : Niels Arden Oplev
Livret de famille : Colin Farrell (Viktor), Noomi Rapace (Beatrice), Terrence Howard (Alphonse), Dominic Cooper (Darcy), Isabelle Huppert (Valentine), Armand Assante (Gordon), F. Murray Abraham (Gregor)…
Date de naissance : 2012 / Nationalité : USA
Taille/Poids : 1h57 – 30 millions $

Signes particuliers (+) : Un polar virtuose transcendé par la lente installation de son histoire d’amour rédemptrice entre deux âmes écorchées vives. Les scènes intimistes participent d’une ambiance douce face aux scènes d’action impressionnantes laissant éclater la rage des personnages.

Signes particuliers (-) : Un joli petit lot d’incohérences.

 

LA REVANCHE DES MORTS-VIVANTS

Résumé : Beatrice a été défigurée par un chauffard dans un accident de voiture. Sa vie est détruite. Le responsable s’en est lui tiré sans trop d’encombres. Quand elle fait la connaissance de son voisin Vikotor, le bras droit d’un parrain de la mafia, elle lui fait une proposition étonnante que Viktor va devoir gérer alors que dans le même, la situation de son gang est explosive. Un homme traque un à un les membres de l’équipe d’Alphonse, son boss, pour progressivement rendre ce dernier fou…

Dead-Man-Down

Discret depuis son adaptation du roman Millenium de Stieg Larsson entretemps remaké par David Fincher, Niels Arden Oplev revient enfin sur le devant de la scène, quatre ans après son dernier film. Et pour l’occasion, le réalisateur danois retrouve sa muse qu’il a révélé et starifié, Noomi Rapace, qui partage cette fois-ci l’affiche de son néo-polar romantique et torturé Dead man Down, une histoire de double-vengeance acharnée et tragique. Après une longue attente, à la recherche d’un script convaincant, Oplev a finalement opté pour celui qui lui a été envoyé par les producteurs Neal H. Moritz et Reid Shane, un scénario longuement développé pendant six ans par le scénariste J.H. Wyman (Le Mexicain de Gore Verbinski ou auteur sur la série à succès Fringe). Rapace et Oplev se retrouvent donc de l’autre côté de l’Atlantique, en terres américaines, pour le premier film yankee du cinéaste mais pas le premier en revanche pour la Noomi au visage atypique qui depuis Millenium, a enchaîné les films de premier plan hors de ses frontières (Sherlock Holmes 2, Prometheus ou le récent Passion de De Palma). Pour l’occasion, elle formera un duo passionnant avec l’irlandais intense Colin Farrell, plus que jamais au sommet de son art ces temps-ci.

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Dead Man Down raconte la rencontre pas si fortuite que cela entre deux voisins d’immeuble. D’un côté, Victor, un hongrois homme de main d’un gangster. De l’autre, Beatrice, une française, ancienne esthéticienne défigurée par un chauffard dans un accident de voiture et jeune femme assoiffée de vengeance en voyant son « bourreau » se baladant tranquillement dans une vie qui a suivi son cours. Sauf qu’elle, sa vie a été brisée. Monstre pour les uns, curiosité à dévisager avec pitié pour les autres, Beatrice a bien plus de mal à faire face à ses cicatrices morales et psychologiques qu’à celles physiques qui lui rappellent constamment à quel point sa vie a basculé. Dans le vaste New-York, ces deux âmes écorchées vives vont se trouver, leur désespoir va faire écho l’un chez l’autre et l’espoir latent d’une rédemption se dessiner peut-être, peut-être pas…

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Le film de Niels Arden Oplev n’a pas été épargné par la critique spécialisée, bien au contraire. Descendu en flèche pour ses nombreux défauts structurels, il est pourtant bien loin de la purge annoncée. Peut-être que les fans de Millenium aura été déçu de voir le cinéaste régresser au lieu de progresser mais toujours est-il que Dead man Down est un bel objet qui mérite le détour. Imparfait, ce premier essai américain l’est incontestablement, notamment dans son script truffé d’incohérence en tout genre (dans l’histoire passée de Victor qui n’est pas celui qu’il prétend mais que personne ne reconnaît, dans certaines de ses actions dans sa vendetta, dans un final assez improbable, dans les réactions de « l’albanais », dans l’évolution de la relation des deux protagonistes centraux ou encore dans l’extrême lenteur, presque drôle à la longue, des forces de police américaines qui n’interviennent quasiment jamais !). Il l’est aussi par moments dans le mélange des genres qu’il tente, à la fois film de mafia, polar sombre, actioner par à-coups et romance délicate. Mais ces défauts qui empêchent le film de se transfigurer au-delà du statut de série B ne le condamnent pas pour autant, tant les qualités les contrebalançant abondent dans l’autre sens pour inverser la tendance et rendre le film plus que seulement « sympathique ». Dead Man Down est une sorte d’envoutement imparfait, parfois bancal certes, mais souvent hypnotisant voire même magistral quand il se laisse aller au lyrisme intimiste ou spectaculaire. Intelligemment construit sur des personnages complexes et forts, remarquablement bien étudié dans son rythme et sa gestion des temps forts, laissant planer une aura de mystère décuplée par une progression lente mais assurée, Dead Man Down fait régulièrement l’étalage du talent de son auteur pour allier virtuosité de la forme à un fond puissant, tour à tour sombre et désespéré et lumineux et rédempteur. Beatrice et Victor ont tous les deux vu le cours de leur détruit, tous les deux ont cessé de « vivre » il y a bien longtemps. Mais de leur désespoir commun va naître un infime espoir dont les braises ne demandent qu’à être attisées par le souffle chaud d’un amour naissant dans la douleur et dans des contraintes qui peuvent paraître grotesques mais qui constituent un arc narratif puissant et solide. Et finalement, Dead Man Down d’être plus la chronique de l’évolution psychologique de deux âmes en peine se voyant offrir une seconde chance par la vie, qu’un terrible film de vendetta amer et rageur.

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Doux, dur, dingue, Dead Man Down est un petit bijou torturé dont les menus défauts s’effacent finalement devant le beau spectacle qui se nouent autour de ses deux personnages attachants. La furie de ses scènes d’action s’ancrant dans le pur cinéma d’action de série B américain (deux séquences dantesques entre une introductive magnifiquement esthétisée du son au visuel et une finale grandiloquente laissant exploser la rage contenue du film) répond à la douceur des séquences intimistes magnifiées par un duo qui trouve une alchimie touchante et pleine de grâce. Oplev est un artiste dans les deux cas, adaptant sa mise en scène aux situations qu’il filme. Et même si le film ne trouve pas la résonnance d’un I Saw the Devil dans sa réflexion sur l’essence même du concept de la vengeance et sa finalité douloureuse au goût d’inachevé laissant les blessures toujours ouvertes, même s’il n’atteint pas les sommets d’un Se7en dans sa noirceur, il est quand même un fort beau spectacle romantico-presque hitchcockien (toutes proportions gardées bien sûr), peut-être basé sur des secrets de polichinelle mais privilégiant la beauté de la rédemption et de la revanche sur la vie à l’efficacité et la revanche sur autrui. Un spectacle enivrant et intense, suffisamment du moins pour nous faire oublier ce qui y cloche notamment ses quelques facilités clairsemées.

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