D@BBE (ou Dabbe) – critique (horreur)

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note 5.5
Carte d’identité :
Nom : D@bbe (ou Dabbe)
Père : Hasan Karacanag
Livret de famille : Ümit Acar, Ebru Aykaç, Fulya Candemir, Kaan Girgin, Murat Sevis, Sabri Tekinalp, Serhat Ygit, Süha Tok…
Date de naissance : 2006 (inédit)
Nationalité : Turquie
Taille/Poids : 1h45 – 150.000 $

Signes particuliers (+) : De très bonnes idées au service d’un script plutôt bon et bien ficelé dans une veine apocalypto-démoniaque efficace multipliant les scènes de terreur pure.

Signes particuliers (-) : D@bbe pâtit de ses immenses insuffisances budgétaires visibles à l’écran, le faisant passer d’une excellente série B à cheval entre la culture orientale et le style occidental ou nippon, à une série Z fauchée et sans talent insupportable de médiocrité technique.

 

L’INVASION DES DÉMONS A LA TURQUE

Résumé : Une bande d’amis s’interroge sur le violent suicide de l’un des leurs alors que le monde entier est frappé par une vague identique alors que certains illuminés parlent d’invasion démoniaque par le biais d’internet. Rapidement, ils seront sujets à hallucinations étranges et terrifiantes…

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L’INTRO :

Véritable phénomène du cinéma de genre en Turquie, D@bbe est pourtant un film totalement inconnu chez nous (et probablement partout ailleurs). Pourtant, sa popularité locale du côté d’Istanbul n’est plus à faire puisque ce micro-budget de seulement 150.000 dollars, premier vrai long-métrage de son auteur Hasan Karacadag, a réussi l’exploit de s’extirper de la concurrence des blockbusters sortis en même temps que lui en 2006, pour devenir un authentique succès surprise dépassant les rêves les plus fous de l’équipe qui lui a donné vie. A tel point que D@bbe connaîtra deux suites produites avec un tout petit plus de moyens, une première en 2009 puis une autre récemment en 2012. Une belle histoire pour ce modeste film d’horreur qui parle de démons (plus précisément de djinns dans la culture islamique) et de fin du monde. Très inspiré à la fois par les croyances populaires de son pays et par la tradition horrifique du cinéma japonais (où Karacadag a fait ses études de cinéma), D@bbe est surtout un cas très intéressant amenant à certaines réflexions extra-diégétiques dépassant les seules notions de qualité du produit fini, pouvant ouvrir un débat sur le cinéma en général et plus particulièrement, son système de production…

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Peut-on ou doit-on condamner un film qui a de bonnes idées et un bon script seulement parce que son manque de moyens en affaiblit très concrètement le résultat final ? Autrement dit, Doit-on faire une croix sur la volonté de faire film plus ambitieux que le budget à disposition ne le permet ou le faire malgré tout en faisant fi des défauts inhérents à ses carences financières en risquant d’être taxé de « cheap » ? En France par exemple, Jean-Pierre Mocky est l’un des ardents combattants de cette pensée réductrice pour le cinéma. Cet amoureux du cinéma n’a jamais eu les moyens nécessaires pour matérialiser comme il le voudrait les scénarios qu’il a sous la main. Mais tant pis et au diable les attaques sur l’amateurisme de ses films, il a toujours poursuivi son travail avec sincérité et passion, s’emportant dès qu’on lui parlait de « manque d’argent » ou de « budget insuffisant ». Oui, ses films sont souvent cheap mais est-ce là le seul critère qui compte ? Doit-on s’autocensurer en matière de création pour des raisons financières ? C’est en cela que le D@bbe d’Hasan Karacanag est un cas d’analyse de production passionnant. Sa peu épaisse enveloppe ne correspondait pas aux ambitions du film, c’est évident. Car D@bbe n’est pas un Blair Witch Project et consorts mais un film plus traditionnel comportant même des effets spéciaux. Et c’est très logiquement qu’il va être handicapé par son visuel de série Z lui fermant instantanément les portes d’une éventuelle distribution internationale malgré son succès incroyable en Turquie où les moyens de production étant plus faibles, le film passera pour un petit budget mais tout à fait honnête et regardable, chose qui sera plus compliquée à l’étranger où la « rigueur » de production lui sera fatale et où d’une série B turque, il sera perçu comme une zéderie exotique.

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L’AVIS :

En effet, pour nous public occidental, tout confronte D@bbe à son manque de moyens criant. Sa réalisation est plus sommaire que créative ou inspirée et traduit l’absence d’infrastructures techniques à disposition de l’équipe, son montage est extrêmement basique, ses effets visuels sonnent très artificiels et sous-produits (quoique pas tous), son montage sonore est catastrophique et l’on en vient à se demander si mixage il y a eu, sa photo est épouvantable et lui donne un look de vieillot téléfilm des années 90, ses médiocres comédiens de seconde voire troisième zone pas tous professionnels et inexpérimentés pour la grande majorité, jouent comme des patates (et il faut reconnaître qu’ils sont guère aidés par des dialogues insipides, redondants et ennuyeux flirtant avec les limites de l’écriture)… Clairement, D@bbe est fauché et son absence de budget transpire de tous ses pores. Pour exemple, impossible de travailler les effets spéciaux sur fonds verts alors leur incrustation sera douloureuse et même si certains d’entre eux font en toute honnêteté honneur à son statut de micro-production, on sent que la technique est en souffrance. Autre exemple sonore cette fois, impossible de se payer un vrai studio son et de vrais ingénieurs compétents alors le classique effet du possédé parlant dans une langue étrange se fera tout simplement en passant la bande à l’envers, ce qui se ressent tellement qu’il est difficile d’étouffer son envie de rire.

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Si le public turc est habitué au triste état de sa production de genre, le public occidental ne pourra qu’être découragé par cette entreprise respirant la sincérité et l’envie d’essayer. Peut-être Karacanag aurait dû revoir ses ambitions à la baisse et faire plus sobre pour tenter de masquer ses carences mais voilà, animé par de nobles intentions, il a essayé. Le résultat est indiscutablement moyen pour ne pas dire souvent médiocre et D@bbe semble avoir 20 ans d’âge là où il n’en a que 7. Et c’est bien dommage car la réalité est que cette petite péloche horrifico-flippante avait un potentiel fou et était plus que bien pensé dans son efficacité.  Car si l’on passe au-dessus de son amateurisme, voilà un bon petit film de genre intéressant et qui fait honneur au succès qu’il a rencontré. La plupart y verront un nanar car il est très difficile de détacher impératifs économiques et résultat d’autant que toute considération économique mise à part, D@bbe n’est pas toujours ni parfait ni excellent, loin de là, et le scénario recèle de beaucoup de déchet là où il aurait pu être raccourci. Mais même s’il pèche dans son exécution et dans une surenchère de mauvais effets faciles (visuels et sonores) pour camoufler sa ringardise apparente, reste de bonnes séquences de trouille bien pensée à défaut d’être réalisées avec génie dans un film qui s’améliore au fil des minutes pour presque convaincre dans sa seconde moitié lorsque le script avance et entre dans sa phase la plus spectaculaire et terrifiante.

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Hasan Karacanag avait bon dans l’idée et s’il est vrai que l’exécution décrédibilise pas mal son exercice, sa tentative de série B terrorisante n’en demeure pas moins pour autant un film qui réussit à s’octroyer un côté attachant dépassant son look peu cinégénique réalisé avec les moyens du bord. On se retrouve alors avec sur les bras un film aux allures de mauvaise blague hideuse mais capable de fulgurances au détour de quelques séquences angoissantes tendant le trouillomètre au cordeau pour ceux qui réussiront à faire dans l’abstraction pour le prendre pour ce qu’il est vraiment au-delà du nanar, une petite péloche très maligne lorgnant vers le cinéma nippon avec son scénario de prémices d’une apocalyptique fin du monde attaqué par des démons, bien foutu dans le fond et intégré dans la culture populaire locale, malgré son écriture hasardeuse sur la forme. Reste aussi l’éventuel message moraliste sur les dangers d’internet que l’on peut y voir mais à sur-analyser chaque chose ainsi, quelle place reste t-il pour le plaisir ?

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On ne saura au final vous conseiller de vous lancer dans D@bbe car ses nombreux défauts de production risqueront d’en rembarrer plus d’un, atterrés pour la cheaperie de la chose au point de croire alors à une mauvaise plaisanterie et au conseil foireux. Mais voilà, pour ceux qui éventuellement sauraient faire la part des choses entre absence totale de moyens extrêmement visibles à l’écran et qualités cachées derrière elle, D@bbe est un petit détour exotique que certains cinéphiles passionnés pourraient être tenter d’apprécier pour son histoire et ses quelques scènes et effets spéciaux franchement réussis, malgré son mal tournoyant au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès. Un triste mal qui revient à se dire à chaque minute, « avec de l’argent, mais cette scène aurait pu être foutrement géniale ! ».

Bande-annonce :

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