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THE FABELMANS de Steven Spielberg : la critique du film

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Nom : The Fabelmans
Père : Steven Spielberg
Date de naissance : 2022
Majorité : 22 février 2023
Type : sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h31 / Poids : 40 M$
Genre : Biopic

Livret de Famille : Gabriel LaBelleMichelle WilliamsPaul Dano, Seth Rogen…

Signes particuliers : Peu passionnant. 

Synopsis : Le jeune Sammy Fabelman, rêve de devenir réalisateur.

UNE HISTOIRE DE STEVEN SPIELBERG

NOTRE AVIS SUR THE FABELMANS

Après Alfonso Cuarón et son Roma, après Kenneth Branagh et son Belfast, après James Gray et son Armageddon Time, c’est au tour de Steven Spielberg de nous conter son enfance avec The Fabelmans, projection cinématographique et cinéphilique de ces quelques années qui ont forgé sa passion pour le cinéma, lequel va devenir toute sa vie. Fièrement lancé dans la course aux prochains Oscars (où il devrait sans nul doute briller), The Fabelmans est bien plus qu’un simple film biographique, c’est avant tout une déclaration d’amour envers le septième art signé de la main de l’un de ses plus illustres ambassadeurs, lequel livre au passage son film le plus personnel après 50 ans de carrière. Direction l’Arizona du début des années 1950. Le jeune Sammy Fabelman est le fruit du mariage d’un carré et d’un rond. Son père est un ingénieur doux et sérieux, sa mère une ancienne artiste fantasque et rêveuse. Quand ils l’emmènent pour la première fois au cinéma (voir Sous le plus grand chapiteau du monde de Cecil B. DeMille), l’un explique le cinéma de manière scientifique (un faisceau de lumière, 25 images qui défilent par seconde…). L’autre de manière artistique (des couleurs, du son, de la magie). Et puis c’est le choc. D’abord la peur. Puis la curiosité. Et enfin la fascination. En tout cas, le début d’une grande histoire d’amour avec l’image, le film, les caméras, le septième art.
The Fabelmans est un trait d’ironie. C’est en racontant sa propre histoire, que Steven Spielberg renie ce qui d’ordinaire était sa plus grande qualité. Spielberg, c’est avant tout un talent de conteur hors pair et un grand faiseur d’images. Traduction, si certains pourront toujours discuter des limites de son travail, on ne pourra jamais lui enlever d’avoir su comme peu d’autres, raconter et illustrer des histoires, faire voyager le spectateur loin de son fauteuil de cinéma. Étrangement, c’est pourtant ce qui lui fait le plus défaut sur The Fabelmans. Malgré l’envie, la sincérité et les intentions de fond de son entreprise, The Fabelmans paraît bien fade, pas très bien raconté et surtout -le plus embêtant- pas si intéressant que ça. Toutes les jeunesses ne sont pas forcément propices à être devenir des films de cinéma et celle de Steven Spielberg est finalement l’illustration pure et simple de cette idée qu’ont trop d’artistes aujourd’hui, de croire que leur trajectoire de vie mérite vraiment d’être racontée dans un film. Oui… mais non en fait. Il a été un gamin qui s’est découvert une passion et cette passion l’a accompagnée tout au long de son évolution au sein d’une famille dysfonctionnelle. Ok, super, mais probablement comme des millions de gens à vrai dire. Le vrai problème de The Fabelmans est là, Steven Spielberg n’a pas une histoire personnelle vraiment passionnante et cet état de fait va mettre à mal sa qualité première d’être un conteur de génie. Car pour conter génialement, il faut avoir quelque chose de génial à conter. Ou alors être un sacré surdoué. Heureusement, sur ce point, Spielberg coche les cases. Et parce qu’il est l’un des cinéastes les plus brillants de son temps, il a su tirer son histoire vers le haut en l’associant à un commentaire sur le cinéma, sa magie, son pouvoir rêveur, sa capacité à révéler la vérité ou à sublimer le réel. L’ennui, c’est que ses idées et ces commentaires méta sur le cinéma dans une histoire de cinéma, ne suffisent pas à rendre l’édifice à la fois captivant et enthousiasmant.
A travers The Fabelmans, Spielberg voit double. D’un côté, il offre à voir une belle et tendre déclaration d’amour d’un enfant à ses parents disparus depuis longtemps. De l’autre, il raconte son rapport au cinéma, à cet art de l’image et du son. En somme, pourquoi et comment est-il devenu un jour Steven Spielberg ? Loin d’être paresseux et inconsistant, The Fabelmans a des idées, tout comme il a pour lui quelques très belles scènes et un lot de séquences d’une grande intelligence. Ca reste du Spielberg quand même. Mais l’exquise saveur de celles-ci ne pèse pas assez lourd au final quand il s’agit de contrebalancer une histoire trop banale et une narration trop plate pour agripper le spectateur dans le conte émouvant qu’il souhaiterait être. Alors qu’il se disperse dans sa rhétorique de fable et qu’il étire sa double histoire (la familiale et la vocation artistique) sur deux très longues heures et demi en radotant jusqu’au pénible certaines idées et scènes, The Fabelmans place le spectateur plus dans une sorte d’ennui poli que dans un état de séduction émerveillé. Spielberg se concentre sur une période allant de ses 7 à 18 ans. Après ? Après, il faisait ses débuts dans le petit monde du cinéma. C’eut sans nul doute été intéressant à voir aussi mais ce n’était pas le sujet et puis bien des documentaires et autres bouquins se sont chargés de le raconter. Reste donc ce qu’il nous propose, un œuvre aux accents auto-thérapeutiques, un vaisseau certes bien fichu pour plaire aux prochains Oscars mais un vaisseau qui sent un peu la naphtaline, qui se contente de nous expliquer pourquoi Spielberg est devenu un « conteur ». Au fond, parce que le cinéma permettait d’échapper à certaines réalités. Voilà qui enfonce un peu des portes ouvertes.

Par Nicolas Rieux

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