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PROMISING YOUNG WOMAN de Emerald Fennell : la critique du film

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Carte d’identité :

Nom : Promising Young Woman
Père : Emerald Fennell
Date de naissance : 2019
Majorité : 17 février 2021
Type : sortie en salles
Nationalité : USA, Angleterre
Taille : 1h54 / Poids : NC
Genre : Thriller, Comédie, Drame

Livret de Famille : Carey Mulligan, Laverne Cox, Bo Burnham, Alison Brie, Connie Britton, Max Greenfield, Chris Lowell…

Signes particuliers : Les femmes en ont marre et le message est clairement passé !

 

 

 

LA VENGEANCE D’UNE BLONDE

NOTRE AVIS SUR PROMISING YOUNG WOMAN

Synopsis : Tout le monde s’entendait pour dire que Cassie était une jeune femme pleine d’avenir…jusqu’à ce qu’un évènement inattendu ne vienne tout bouleverser. Mais rien dans la vie de Cassie n’est en fait conforme aux apparences : elle est aussi intelligente que rusée, séduisante que calculatrice et mène une double vie dès la nuit tombée. Au cours de cette aventure passionnante, une rencontre inattendue va donner l’opportunité à Cassie de racheter les erreurs de son passé.

Pour un premier long-métrage de cinéma, la polyvalente Emerald Fennell pourrait bien marquer les esprits si la pandémie actuelle ne fait trop de tort à son film dont les dents acérées n’ont qu’une envie : venir croquer les spectateurs le plus vite possible. Comédienne, scénariste ou encore show-runner de la série Killing Eve (saison 2), Emerald Fennell a sauté le pas vers le long-métrage avec Promising Young Woman, une curiosité mordante quelque part entre la comédie noire, le drame, le thriller et le vigilante/revenge movie. Tout ça. Porté par la popularité de Carey Mulligan, Promising Young Woman suit le chemin vengeur de Cassandra, une jeune femme un temps promise à un brillant avenir mais qui a sombré dans une espèce de mélancolie déprimée lorsqu’un terrible événement a flingué le cours de sa vie. Sa meilleure amie avait été victime d’un viol et depuis, Cassie n’est animée que par une chose, faire payer aux hommes le tribut de leur minable machisme patriarcal.

A la lecture du pitch, tous les feux de la diatribe ultra-féministe clignotent avec une frénésie angoissante. Encore à l’horizon une charge enragée qui surfe à gogo sur l’élan #MeToo sans faire dans la demi-mesure, serait-on en droit de se dire avec une certaine lassitude (conséquence d’un mouvement qui s’est auto-sabordé à force de partir dans tous les sens). Alors oui… et non. Certes, Emerald Fennell s’en donne à cœur joie dans la charge vitriolée, certes elle n’épargne vraiment pas la gente masculine présentée sous un jour peu flatteur, certes elle va vraiment au bout de son idée sans s’arrêter en chemin et surtout sans prendre de gants et certes elle ne goûte que peu au sens de la nuance… mais ce qui sont d’ordinaire des « défauts » sont ici la plus grande qualité d’un résultat qui ne manque pas de faire son petit effet… et c’était bien là le but recherché ! Parce qu’aussi cinglante et radicale soit-elle, Emerald Fennell ponctue son entreprise d’un discours efficace. Pas forcément d’une subtilité à toute épreuve mais au moins, le message (dans l’air du temps) est passé, bien passé voire repassé. Comme visiblement le temps de l’explication et de la pédagogie n’a servi à rien puisque les pratiques perdurent et que les femmes sont toujours les victimes de la (mauvaise) farce, Fennell passe la seconde et y va au bulldozer, espérant que cette fois, le message soit plus entendu. Triste de devoir arriver là mais quand les mots ne suffisent plus, il ne reste malheureusement plus que les baffes pour faire rentrer les choses dans les mentalités obtuses. C’est un peu comme ça que pourrait se définir Promising Young Woman, comme une baffe cinématographique cherchant à faire entrer au marteau ce que certains crânes en pierre ont encore un peu de mal à accepter. « Non », ça veut dire « non ». Ça ne veut pas dire « non mais oui ». Ah, et au passage, non une femme n’est pas un trophée et encore moins un bout de viande. Et leçon n° 3 à y être, respecter une femme ne devrait pas être une anomalie exceptionnelle réservée aux plus gentlemen des gentlemen, ça devrait être une normalité aussi banale que se brosser les dents le matin. C’est un peu tout ça que clame haut et (très très) fort Promising Young Woman tout au long de son chemin particulièrement acerbe. En gros, le film d’Emerald Fennell défend la dignité des femmes en l’opposant au regard masculin dominant. Alors oui, elle voit les choses en noir et blanc, quoiqu’elle tente d’injecter un soupçon de gris le temps d’un bref répit. Mais n’est-ce pas la non-évolution des choses qui mène aujourd’hui ce combat vers des extrêmes non voulus à la base mais entrepris par nul autre choix ?

Cela dit attention, si Promising Young Woman est un film de discours engagé, cela ne veut pas dire pour autant que l’on ne va pas s’y amuser. On s’y amuse au contraire beaucoup, à la seule nuance que l’amusement laisse un goût amer en fin de bouche, comme un bon café âpre et rugueux. Si son but est de choquer un peu les esprits pour les secouer, il le fait en empruntant un ton quelque peu déroutant, à plus forte raison pour ceux qui ne connaîtraient pas la série Killing Eve dont on sent parfois l’inspiration. Promising Young Woman n’est pas vraiment une comédie et pourtant il peut se montrer parfois très drôle via son humour noir acéré. Il n’épouse pas vraiment les codes du drame et pourtant, il carbure au tragique désespéré. C’est un film très féministe on l’a compris et pourtant il tente de glisser quelques micro-nuances. C’est ouvertement un manifeste mais il garde néanmoins une composante de plaisir coupable. Le sujet est sérieux et grave mais il en ressort quand même un côté assez jouissif. En fait, à défaut d’être nuancé dans son propos, Promising Young Woman est un film de nuance dans sa méthodologie, il est « presque » plein de choses et sa capacité à échapper constamment aux règles de l’enfermement dans une case, lui va décidément à merveille. Autre chose qui lui va à merveille, Carey Mulligan. Le talent de la comédienne n’est pas une nouveauté découverte récemment sous un caillou mais encore une fois, elle vampirise l’écran avec une faculté incroyable à changer d’émotion en un battement de cil, tour à tour sexy, vulnérable, cynique, touchante, sans pitié ou détruite.

En résumé, Promising Young Woman n’est pas très délicat, il force parfois un peu les choses avec son pas de mammouth et deux-trois maladresses s’y sont glissées (dont l’ahurissante performance de Chris Lowell qui remporte le prix de la pire prestation de l’année). Mais la charge est mémorable, glaçante, jubilatoire, sauvage. Un vrai coup de poing dans les dents assené par un film aussi délirant que féroce et utile.

BANDE-ANNONCE VO :

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