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LES BANSHEES D’INISHERIN de Martin McDonagh : la critique du film

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Nom : The Banshees Of Inisherin
Père : Martin McDonagh
Date de naissance : 2022
Majorité : 28 décembre 2022
Type : sortie en salles
Nationalité : Irlande
Taille : 1h54 / Poids : NC
Genre : Comédie dramatique

Livret de Famille : Colin FarrellBrendan GleesonKerry Condon, Barry Keoghan…

Signes particuliers : Magistral !

Synopsis : Sur Inisherin – une île isolée au large de la côte ouest de l’Irlande – deux compères de toujours, Padraic et Colm, se retrouvent dans une impasse lorsque Colm décide du jour au lendemain de mettre fin à leur amitié. Abasourdi, Padraic n’accepte pas la situation et tente par tous les moyens de recoller les morceaux, avec le soutien de sa sœur Siobhan et de Dominic, un jeune insulaire un peu dérangé. Mais les efforts répétés de Padraic ne font que renforcer la détermination de son ancien ami et lorsque Colm finit par poser un ultimatum désespéré, les événements s’enveniment et vont avoir de terribles conséquences.

 

LES LARMES AMERES DE DEUX EX-AMIS 

NOTRE AVIS SUR LES BANSHEES D’INISHERIN

On avait quitté Martin McDonagh sur un coup de maître. C’était il y a cinq ans. Le cinéaste britannique signait Three Billboards : les panneaux de la vengeance, l’un des meilleurs films de l’année 2018, largement couronné de prix dont le prestigieux Oscar de la Meilleure Actrice pour la bluffante Frances McDormand. Logiquement, son retour était attendu. Dommage qu’il se fasse en plein milieu des fêtes, période de l’année pas vraiment favorable à la visibilité des films. Coincée entre noël et le jour de l’an, la sortie de Les Banshees d’Inisherin pourrait bien être un coup d’épée dans l’eau et ce serait terrible de passer à côté de l’un des meilleurs films de l’année… encore. Martin McDonagh y retrouve un duo légendaire, celui qu’il avait formé en 2008 pour l’inénarrable Bons Baisers de Bruges. Brendan Gleeson d’un côté, Colin Farrell de l’autre. Et au centre, une petite île isolée au large de la côte Ouest de l’Irlande. Padraic et Colm y sont deux bons amis qui se retrouvent dans une impasse le jour où Colm décide de mettre un terme soudain et inexpliqué à cette amitié. Padraic ne comprend pas mais plus il cherche à régler la situation, plus les choses empirent.
Quelle claque ! Quelle merveille ! On pourrait aligner les superlatifs dithyrambiques à foison pour qualifier le nouveau film de Martin McDonagh, une œuvre résolument irlandaise qui traversent autant les tons que les genres et les émotions qu’elle procure. McDonagh filme le crépuscule d’une amitié et en extirpe une fable grinçante à l’humanisme puissamment émouvant, questionnant la fin. La fin de quoi ? De tout et de rien. La fin d’une amitié. La fin du vivre-ensemble. La fin de l’espoir. La fin d’une communication désormais brouillée. La fin d’un monde. La fin de la vie. La fin du temps qui passe et la peur de finir en disparaissant sans laisser de trace. Un profond sentiment de désespoir habite l’histoire des Banshees d’Inisherin. Le désespoir d’un homme soudainement abandonné. Le désespoir d’un autre qui s’abîme dans une crise existentielle. Et le film de voler avec une grâce et un équilibre impressionnant, entre la tristesse insondable, l’hilarité tragi-comique, la mélancolie amère, la plus grande des beautés poétiques.

Comme à son habitude, Martin McDonagh témoigne d’une subtilité saisissante pour nicher dans un postulat simple, des intentions de fond qui n’en finissent plus de dévoiler leur richesse. Les Banshees d’Inisherin est une leçon de vie, humble, délicate, sincère, portée par un blues qui s’écrit entre le rire et les larmes. Avec des notes d’absurdité, d’horreur, d’empathie, de cruauté. Sans cynisme aucun, Martin McDonagh élabore une fable à la fois incisive et déchirante sur la condition humaine, et signe au passage probablement son plus beau film à ce jour. On se sent pris à la gorge par un maelström d’émotions imprévisible, sublimé par un cadre pittoresque à la fois puissant et écrasant, et surtout par deux comédiens au sommet.

Par Nicolas Rieux

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