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LE CAS RICHARD JEWELL de Clint Eastwood : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : Richard Jewell
Père : Clint Eastwood
Date de naissance : 2019
Majorité : 19 février 2020
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h09 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, Olivia Wilde…

Signes particuliers : Un bon Eastwood, sans esbroufe.

EASTWOOD ET LES HÉROS ANONYMES

NOTRE AVIS SUR LE CAS RICHARD JEWELL

Synopsis : En 1996, Richard Jewell fait partie de l’équipe chargée de la sécurité des Jeux d’Atlanta. Il est l’un des premiers à alerter de la présence d’une bombe et à sauver des vies. Mais il se retrouve bientôt suspecté… de terrorisme, passant du statut de héros à celui d’homme le plus détesté des Etats-Unis. Il fut innocenté trois mois plus tard par le FBI mais sa réputation ne fut jamais complètement rétablie, sa santé étant endommagée par l’expérience.

Alors qu’il s’apprête à célébrer ses 90 printemps en mai prochain, Clint Eastwood n’a jamais été aussi prolifique. Sur un rythme de croisière calme et assuré, l’indéboulonnable du cinéma américain tourne encore un film par an, avec des hauts et des bas certes, mais sans jamais que la qualité ne soit trop impactée par cette allure frénétique qui doit faire bien des envieux. L’an passé, La Mule nous avait laissé sur un sentiment mitigé après le vraiment mauvais 15h17 pour Paris. Mais en guise de rattrapage, le cru 2020 est un bon millésime, un bon Eastwood, un bon film. Le cinéaste y revient sur la trajectoire éphémère de Richard Jewell, passé en quelques heures de héros national à terroriste vilipendé, condamné sans preuves par toute une société.

En bon patriote assumé qu’il est, Clint Eastwood a toujours aimé les héros anonymes, les héros d’un instant qui peuvent ou qui ont pu s’illustrer au détour d’un événement. Ces petits rouages ordinaires de l’Histoire sont la fierté de l’Amérique qu’il aime et qu’il admire, et autant de symboles de sa grandeur aujourd’hui malmenée. Avec « l’affaire » Richard Jewell, Eastwood tenait du pain béni pour creuser encore un peu plus cette composante thématique de son cinéma. Pour recontextualiser les faits, 1996, Atlanta. Alors que les Jeux Olympiques battent leur plein, Richard Jewell est un simple agent de sécurité qui va tomber sur un sac piégé contenant des explosifs. Sa réactivité à organiser une évacuation permettra de sauver de nombreuses vies. Mais rapidement, alors qu’il est célébré comme un héros et connaît son quart d’heure de gloire, le FBI va s’intéresser à lui comme un possible candidat au rôle du poseur de bombe. Dans la brèche de cette discrète suspicion qui va fuiter, vont s’engouffrer les médias/rapaces et tout un pays aveuglé par l’effet d’emballement.

Avec Le Cas Richard Jewell, Clint Eastwood exploite une anecdote pour signer un film portant sur beaucoup plus. Le cinéaste érige son Richard Jewell en symbole d’une Amérique incapable de respecter proprement ses héros. Pour le cinéaste, Richard Jewell était un homme simple qui, par son zèle, a évité la mort de nombreuses personnes. Mais c’était sans compter sur le goût du sang des médias, ceux que vise ouvertement et à boulets rouges ce 38eme long-métrage du vétéran Eastwood. Par perfide recherche vénale du scoop tapageur, les médias n’ont pas hésité à mettre en doute puis en pièces, un soudain héros national, à salir la noblesse de son geste pour vendre du papier, peu importe les conséquences. En l’espace de quelques jours, le malheureux Richard Jewell est passé de héros salué sur les plateaux télé à victime d’un lynchage injuste… sur ces mêmes plateaux télé ! Pourquoi ? Pour rien. Juste par spéculation médiatique, par avidité, par soif vampirique et égoïste d’être le(s) premier(s), par besoin d’abreuver l’audimat et de le distraire pour le tenir. Et face à ces médias sans vergogne en plein sprint permanent, une société crédule qui ne prend plus le temps de rien, qui ne prend plus le temps d’essayer de comprendre ou de réfléchir. Si l’action se passe en 1996, ce dernier Eastwood est terriblement d’actualité, dénonçant en creux un monde qui vit au rythme des images, d’internet et de Twitter, sans jamais calmer sa frénésie d’informations. A l’époque, un média a allumé la mèche. Sans rien vérifier, tous ont suivi comme des moutons, et le public derrière eux, s’emballant jusqu’à l’excès avant que l’erreur avouée ne fasse dégonfler le soufflet aussi sec. Tant pis si entretemps, certains ont souffert. Une chose est sûre, les médias s’en sortent indemnes comme toujours, et erreur ou pas erreur, le pic d’audience aura toujours été bon à prendre… Tout le sujet du Cas de Richard Jewell est là, dénoncer l’impitoyable machine médiatique sans scrupules capable de détruire pour quelques lecteurs de plus et pointer du doigt un public qui la suit avec trop de facilité et pas assez de recul. En cela, l’affaire Richard Jewell est emblématique d’un fonctionnement désespérant mais qui ne semble pas parti pour cesser (voir l’épisode Dupont de Ligonnès). Le titre français est bien plus explicite que son homologue américain. Richard Jewell (ce qui sonne comme un simple biopic) est devenu en France « Le Cas Richard Jewell« . Parce que le spécifique de cette histoire est en réalité représentatif d’une vaste généralité.

Mais outre un propos virulent lancé à la manière de « l’Inspecteur Harry », soit de manière simple, concise et efficace, le plus admirable dans ce nouveau long-métrage eastwoodien, c’est sa sobriété. Du haut de son immense expérience, Eastwood a acquis un style qu’il n’a de cesse de peaufiner pour le parfaire. Le cinéaste fait dans l’épure, dans la retenue, et si son film emprunte autant au thriller implacable qu’au drame bouleversant, il n’a jamais besoin de forcer quoi que ce soit. D’une force tranquille louable, Eastwood fait dans la juste précision, chaque plan ou scène servant un effort remarquable de maîtrise. Et si l’ensemble peut paraître un peu convenu sur la forme (il l’est), il s’en dégage néanmoins un quelque chose de passionnant, dans le langage cinématographique comme dans la narration et le fond. A cette solidité inébranlable s’ajoute une interprétation magistrale, Paul Walter Hauser en tête, qui confère sensibilité et humanité à ce Richard Jewell parfois énervant de zèle mais pourtant si touchant de fragilité.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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