CHAPPIE de Neill Blomkamp [Critique – Sortie Ciné]

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chappieMondo-mètre
note 4.5 -10
Carte d’identité :
Nom : Chappie
Père : Neill Blomkamp
Date de naissance : 2014
Majorité : 04 mars 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h00 / Poids : 49 M$
Genre : SF

Livret de famille : Dev Patel (Deon), Hugh Jackman (Vincent), Sigourney Weaver (Michelle Bradley), Sharlto Copley (Chappie), Yo-Landi Visser (Yo-Landi), Jose Pablo Cantillo (Amerikana), Brandon Auret (Hippo)…

Signes particuliers : « Le dernier espoir de l’humanité n’est pas humain » dit l’affiche. C’est drôle, le film ne parle pas du tout de ça… Ça commence bien.

CHAPPIQUE LES YEUX

LA CRITIQUE

Résumé : Dans un futur proche, la population, opprimée par une police entièrement robotisée, commence à se rebeller. Chappie, l’un de ces droïdes policiers, est kidnappé. Reprogrammé, il devient le premier robot capable de penser et ressentir par lui-même. Mais des forces puissantes, destructrices, considèrent Chappie comme un danger pour l’humanité et l’ordre établi. Elles vont tout faire pour maintenir le statu quo et s’assurer qu’il soit le premier, et le dernier, de son espèce.chappie_6L’INTRO :

On parle beaucoup de Neill Blomkamp ces temps-ci. Le cinéaste est à la croisée d’une triple actualité passé/présent/futur, entre ses déclarations sur son précédent Elysium qu’il vient de reconnaître comme étant « un peu foiré », la sortie de son troisième long-métrage Chappie et sa signature pour diriger le prochain Alien 5. Mais en attendant de s’enflammer sur ce que le paternel de District 9 fera de la saga de Ridley Scott, il est l’heure d’évoquer Chappie. Et non, on ne fera pas la même vanne que tout le monde en rapport avec une célèbre série animée des années (en même temps, on vient tout juste de faire pire)… Avec Chappie, Neill Blomkamp revient en quelque sorte à l’histoire de ses débuts. Comme District 9 avant lui, le film est l’adaptation d’un de ses courts-métrages à succès, Tetra Vaal, tourné en 2003. Comme District 9, son ami de lycée Sharlto Copley est dans la boucle (prêtant sa voix à Chappie le gentil petit robot). Et comme District 9, le cinéaste revient à un budget plus contrôlé après les envolées financières d’Elysium. Après les 115 millions de ce dernier pour au final un semi-échec commercial, Blomkamp redescend à 49 M$ avec Chappie, préférant la modestie et les idées à la débauche de SFX m’as-tu-vu.chappie_5L’AVIS :

Doit-on s’inquiéter pour Neill Blomkamp ? Si le cinéaste bénéficie encore d’une belle côte de popularité auprès des fans de SF qui le remercieront sans doute à jamais pour un District 9 qui avait su apporter du sang neuf à un genre devenu neurasthénique, il faut bien avouer que le talentueux metteur en scène est (déjà) sur un inexorable déclin progressif sacrément alarmant. Voilà ce que c’est que d’entamer sa carrière en plaçant d’emblée la barre trop haute. On avait déjà constaté qu’en dépit de ses nombreuses qualités, Elysium était nettement moins bon que District 9. C’est maintenant au tour de Chappie de se classer dix crans en-dessous d’Elysium. Pas de quoi rassurer alors que le bonhomme va être au centre de toutes les attentions et d’ores et déjà attendu au tournant avec un Alien 5 qui pourrait bien vite devenir une pente raide et à risque.chappie_4 Avec Chappie, Blomkamp reprend à son compte des décennies de thématiques SF et les régurgitent dans un blockbuster maladroit et passablement gonflant, pompant à tout va un peu partout, de Terminator à Robocop en passant par A.I Intelligence Artificielle, sans jamais rien apporter de nouveau au moulin du genre. Pire, le réalisateur sabote en permanence son dernier effort en faisant sans cesse les mauvais choix, menant son long-métrage pourtant adossé sur d’excellentes idées de départ, vers un sentiment de « bon film porteur d’espoirs mais complètement raté ». L’éventail des tares qui l’affligent est tellement large, que l’on ne sait même pas par quoi commencer. Par sa naïveté atrophiant ses thématiques comme un petit pois flétri par le temps ? Par ses personnages insupportables tuant toute empathie possible ? Par leurs interprètes totalement à la ramasse (exception faite de Dev Patel qui surnage dans ce capharnaüm) Par ses envies d’apporter un peu d’affect qui ne fonctionne jamais et qui sabote le peu d’émotion que l’on aurait pu éprouver devant cette pantalonnade désincarnée ? Par ses nombreux raccourcis qui donneraient presque de l’urticaire face à l’ineptie d’un scénario ambitieux mais tellement mal écrit et truffé d’aberrations narratives ? Ou peut-être par ses choix artistiques, la musique en premier lieu, à vous coller une migraine indécrottable pendant deux jours face à ce qui ressemblerait presque à une sorte de clip géant gangsta-cool offrant une pub d’enfer au groupe Die Antwoord qui va jusqu’à porter des t-shirt à leur effigie… dans le film ? Dernière possibilité, commencer en évoquant la petite pelletée de séquences passablement loupées et faisant évoluer le film à la lisière d’un ridicule permanent…chappie_2Les défauts qui plombent Chappie sont innombrables. Mais le plus important est sans doute à aller chercher dans les ambitions de Neill Blomkamp avec cette nouvelle œuvre se voulant comme une sorte d’anti-conte philosophique où un robot que l’on essaie d’humaniser, se retrouve à faire l’apprentissage de la tragique cruauté humaine. Des ambitions, le cinéaste en avait jusqu’à plus soif. Trop sans doute pour l’étroitesse d’un seul film l’obligeant à tout réduire au strict minimum syndical et à sacrifier ses intentions les plus supérieures sur l’autel de la vitesse narrative des plus expéditive. Par souci de développer une large palette d’enjeux forts et dominants, Blomkamp s’enlise dans sa débâcle avec une histoire totalement incohérente, quand elle n’est pas surréaliste de stupidité, non pas dans le fond mais dans la forme (le même défaut que l’on avait pointé chez Prometheus par exemple, riche en intentions générales mais formulées dans un script incroyable de bêtise dans le détails). Curieusement alors que son rythme est l’un de ses points noirs (non pas que le film n’en ait pas, il en a un, mais un bien mauvais), Chappie manque de temps pour parfaire la trajectoire de son protagoniste robotisé, pour parfaire le déploiement des bases de son univers et pour parfaire la substance mirifique qui était censée l’animer. Et au final, le film d’esquisser son sujet sans jamais pouvoir le développer adroitement.chappieChappie est sans doute l’un des films les plus frustrants que l’on ait pu voir depuis ce début d’année 2015. Un bouillon de culture riche en possibilités, malheureusement tué dans l’œuf aussi bien dans son premier niveau de lecture visant le plaisir, que dans le second recherchant à exprimer des idées plus nobles. Il se murmure que le tournage aurait été un calvaire, que le groupe Die Antwoord était ingérable (aussi, quelle idée), que le cinéaste était sans cesse contraint de réécrire des choses à même le plateau… Et ça se voit dans ce bordel généralisé foutrement excédant. Tristement, Chappie se prête à toutes les railleries possibles et imaginables par le grotesque de son canevas dramatique et des décisions prises par ses protagonistes, sacrément gratinées du circuit imprimé. Des loubards qui capturent un génie de la robotique pour le forcer à les aider et qui le relâchent comme si de rien n’était… chappie_3En même temps, vu que ce génie n’a jamais la présence d’esprit d’agir en prévenant qui que soit pendant que nos chers punks malfrats crétins se métamorphosent du jour au lendemain en parents attendris puis en héros du dimanche… A l’autre bout de la pièce, un grand méchant qui bosse pour une méga-société d’armement et qui jouit d’une liberté totale, au sein de locaux étrangement vides de tout personnel, pour déployer son plan machiavélique seul dans son coin… Une big boss qui fait des choix contraires à la logique de la quête de progrès recherché par sa firme… Une firme dans laquelle on entre et sort comme dans un moulin en piquant des trucs… Heureusement que la sécurité s’en aperçoit et demande poliment au téléphone de ramener au moins les choses classées archi-top-secrètes… Et pardessus tout ça, ce bon p’tit Chappie qui passe du jour au lendemain de l’état d’enfant de 4 ans à celui de Steve Jobs, dieu de l’informatique… Non mais sérieusement, comment vous vous voulez que tout ça ait un semblant de crédibilité ? Chappie, ou comment essayer d’élaborer un grand film sur les fondations d’un scénario lorgnant vers le nanar. Dur. Et d’autant plus frustrant que la matière était là.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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