CAPTAIN FANTASTIC de Matt Ross : la critique du film
Sortie cinéma / Festival de Deauville

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captain_fantasticMondo-mètre
note 4.5 -5
Carte d’identité :
Nom : Captain Fantastic
Père : Matt Ross
Date de naissance : 2016
Majorité : 12 octobre 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h00 / Poids : NC
Genre : Comédie dramatique

Livret de famille : Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay, Samantha Isler, Annalise Basso, Shree Cook, Nicholas Hamilton…

Signes particuliers : L’un des gros coups de cœur de l’année !

ATTENTION, PETIT BIJOU DROIT DEVANT

LA CRITIQUE DE CAPTAIN FANTASTIC

Résumé : Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.CAPTAIN FANTASTIC

S’il n’avait rien glané du côté de Sundance, probablement victime d’une concurrence trop forte, Captain Fantastic s’est parfaitement rattrapé depuis. Grand vainqueur du dernier festival de Deauville (Prix du Jury et Prix du Public), il avait su également enchanté le festival de Cannes 2016 où il avait été présenté dans la section « Un Certain Regard ». Lauréat du Prix de la Mise en scène, le film de Matt Ross (acteur passé à la réalisation avec 28 Hotel Rooms en 2012) emmené par le très apprécié Viggo Mortensen, est une formidable balade haute en couleurs, road movie doublé d’un véritable feel good movie, dont on se délecte passionnément. L’histoire d’une famille vivant en autarcie au fin fond d’une forêt du nord-ouest américain, loin d’une civilisation qu’ils ont préféré fuir plutôt que d’en subir les illogismes politico-consuméristes et l’hypocrisie. Au milieu de la nature vierge, Ben (Mortensen) apprend à ses six enfants à se débrouiller, à chasser, cultiver, réfléchir, à s’instruire selon des valeurs humaines essentielles, à apprécier la musique ou la grande littérature, à comprendre le monde, le leur comme celui des autres, même si leur approche reste théorique et soumise à la vision de ce père omnipotent. Mais quand ils apprennent le suicide de leur mère, hospitalisée pour dépression, la fratrie convainc leur respecté aïeul et leader, de quitter leur havre de paix pour traverser le pays afin d’aller la secourir et lui éviter un enterrement religieux allant à l’encontre de ses principes naturalistes. Le voyage sera l’occasion d’une vaste remise en question de leur éducation et de leurs idéaux, mettant en péril l’équilibre fragile qu’ils s’étaient tous construit au contact de la nature primitive.

CF_00439_R (l to r) George MacKay stars as Bo, Charlie Shotwell as Nai, Nicholas Hamilton as Rellian and Samantha Isler as Kielyr in CAPTAIN FANTASTIC, a Bleecker Street release. Credit: Wilson Webb / Bleecker Street

Captain Fantastic porte bien son titre. Emmené par un « Captain » rappelant par moment, la douceur bienveillante d’un certain Robin Williams du Cercle des Poètes Disparus, la pépite signée Matt Ross est surtout, bel et bien « fantastique ». Un pur régal de poésie, de finesse et d’humanité, et une balançoire émotionnelle qui s’élance en avant vers le rire pour ensuite rebondir en arrière vers les larmes. Aventure familiale politico-écologique, et dans le même temps comédie de mœurs inscrite dans le meilleur de ce que peut proposer le cinéma indépendant américain, Captain Fantastic est une démonstration d’intelligence, jouant avec les prismes d’accroche de son histoire pour questionner tout un tas de choses avec hardiesse et talent. Toute la profondeur de ce bijou pensé dans la sincérité et la modestie, réside dans son absence de jugement définitif à l’égard de ce qu’il raconte, préférant le questionnement permanent au dogmatisme moralisateur. Qui a raison, qui a tort ? Ce mode de vie reclus loin des maux de la société moderne est-il la solution ou une illusion erronée ? Et avec le temps, comment gérer cette philosophie à cheval entre préservation et non-confrontation à la réalité du monde ?captain_fantastic_6

Captain Fantastic met en exergue brillamment, à la fois la noblesse des idéaux de son héros et ses limites qu’il préfère ignorer. Le tout avec beaucoup de drôlerie et d’émotions, véhicules parfaits pour soutenir sa réflexion sociologique de fond. On admire l’esprit de communion de ce microcosme préservé, on se régale à voir cette famille se confrontant aux aberrations d’un monde qu’il découvre avec étonnement, au moins autant que l’on est touché par l’éclatement de leur union, dont la force apparemment indéfectible est ébranlée sur la foi de certaines remises en question. Et au sommet de ce ton délicieusement divertissant, on s’interroge sur le fond. Ce mode de vie utopique est-il périlleux dans son excessivité et son entêtement fanatique et arrogant, ou au contraire, est-il noble et pur dans la défiance libertaire qu’il oppose aux stupides schémas et conventions imposés par la société ? Peut-on vivre aujourd’hui coupé de tout en rejetant la laideur du monde ? Peut-être, peut-être pas. Une chose est sûre, cette position n’est pas sans conséquence et l’attrait que l’on peut avoir pour cette formidable philosophie d’émancipation ne manquera pas de se cogner contre certaines réalités qui en égratignent la splendeur.captain_fantastic_5

La grande force de Captain Fantastic est d’illustrer son récit sans jamais tomber dans l’intellectualisation lourdingue, et d’asseoir son discours théorique interrogateur dans un sacré voyage galvanisant, accompagné d’une superbe bande originale. Au terme d’un final aussi magnifique que discutable, la question reste toute entière. Mais que l’aventure fut belle avec cette bouffée d’air frais ! Captain Fantastic est un petit moment de cinéma magique, à ranger aux côtés du fascinant Mosquito Coast de Peter Weir, son aîné d’il y a 30 ans.

Par Nicolas Rieux

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