BODY DOUBLE de Brian De Palma : la critique du film & le coffret ultra-collector
Sortie Blu-ray

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note 8 -10
Carte d’identité :
Nom : Body Double
Père : Brian De Palma
Date de naissance : 1984
Majorité : 02 décembre 2015
Type : Sortie vidéo
(Éditeur : Carlotta Films)
Nationalité : USA
Taille : 1h54 / Poids : 10 M$
Genre : Thriller, Suspens

Livret de famille : Craig Wasson (Jake Scully), Melanie Griffith (Holly), Gregg Henry (Sam), Deborah Shelton (Gloria), Guy Boyd (Jim), Dennis Franz (Rubin)…

Signes particuliers : Fans de Brian De Palma en général et de Body Double en particulier, une fabuleuse pièce de collection arrive en nombre ultra-limité.

L’ADIEU AU PÈRE DE BRIAN DE PALMA

LA CRITIQUE

Résumé : Acteur de seconde zone, Jake Scully se retrouve à la rue quand il surprend sa petite amie au lit avec un autre. En écumant les castings de Los Angeles, il fait la connaissance de Sam Bouchard qui lui fait une proposition intéressante : garder la luxueuse demeure d’un ami durant son absence. Profitant de la vue panoramique, Jake observe sa riche et charmante voisine Gloria se livrer à des jeux érotiques. Mais son activité de voyeur va se révéler plus dangereuse qu’il n’y paraît…BodyDouble_036L’INTRO :

Lorsqu’il réalise en 1984 Body Double, Brian De palma est probablement dans l’une des meilleures périodes de sa carrière, mais aussi à l’aube d’un tournant majeur. L’immense cinéaste a déjà signé avec virtuosité des chefs-d’œuvre tels que Obsession, Carrie au Bal du Diable, Pulsions, Blow Out ou encore Scarface. Et la suite ne sera pas mal non plus, avec des sommets tels que Les Incorruptibles, Outrages ou L’Impasse. A l’origine, De Palma ne devait pas réaliser lui-même cet énième monument du thriller manipulateur. Ayant fait le tour de son style d’inspiration hitchcockien après Obsession, Blow Out ou Pulsions, le cinéaste souhaitait déléguer la mise en scène de Body Double au jeune Ken Wiederhorn (plus connu pour son très moyen Le Commando des Morts-Vivants que pour son pas mal Eye of a Stranger). Mais la Columbia s’opposa à sa décision, acceptant de produire le film à l’unique condition que le maestro le réalise lui-même. De Palma cédera, tant mieux pour nous, et signera une série B à la fois fascinante et testamentaire, une fois de plus très référentielle à son idole mais d’une autre manière, tout en renvoyant également au cinéma de Michael Powell, empruntant autant du côté de Sueurs Froides et Fenêtre sur Cour, que de Peeping Tom. Gros échec commercial à sa sortie, Body Double est une œuvre à la réception étrange, classique magistral pour les uns, œuvre poussive et presque auto-caricaturale pour les autres. De Palma lui-même le considère comme un échec artistique et les Razzie Awards l’avaient nommé comme « pire réalisateur de l’année 1985 ». Pourtant, ce thriller au pouvoir subjuguant total, est aujourd’hui considéré comme un classique, souvent cité, et ultra-représentatif du cinéma de De Palma d’une époque sur le point d’être révolue. Un chef-d’œuvre qui connaît enfin une édition à la hauteur de son mérite, Carlotta le rééditant en version restaurée 4k au travers d’un coffret ultra-collector sensationnel.BodyDouble_010L’AVIS :

Avec Body Double et contrairement à ses dires un peu durs à l’égard de lui-même, De Palma prouve qu’il n’en avait pas terminé avec sa période hitchcockienne. Ou du moins, qu’il avait au contraire besoin d’en terminer mais de manière cinématographique et non idéologique. Enfant de Sueurs Froides alors que la claustrophobie de son personnage principal n’est pas sans évoquer le vertige de celui de Vertigo tenu par James Stewart, Body Double est une énième démonstration de la maîtrise qui rendait le cinéma de De Palma aussi excitant que fascinant. De l’érotisme à la violence graphique, de la gestion du suspens à la la manipulation perverse du récit et de la mise en scène, en passant par le pouvoir de l’illusion, les thématiques du voyeurisme et du fantasme, ou encore l’ancrage à la série B, toutes les composantes du cinéma « DePalmien » de l’époque sont au centre de Body Double. Jean-Luc Godard aimait à dire que le cinéma, c’est de la vérité vingt-quatre fois par seconde. Une fois n’est pas coutume, De Palma s’inscrit en faux d’avec l’un de ses modèles vénérés et prouve que le cinéma peut être, au contraire, du mensonge vingt-quatre fois par seconde, rappelant ainsi ce qu’il a pu apprendre d’Hitchcock. Body Double et son histoire de crime parfait (encore une référence au maître Hitch) est probablement l’un des films les plus joueurs du cinéaste, une œuvre quasi-satirique sur le cinéma et ses artifices, qui s’amuse brillamment à brouiller les frontières séparant l’illusion de l’authentique, bousculant le tangible pour nous amener à douter de tout.BODY DOUBLE 03Body Double nous plonge dans un cauchemar à la lisière du film d’horreur, prenant un personnage spectateur-voyeur pour l’amener à devenir acteur d’une aventure imprévisible et machiavélique. Et le cinéaste de tendre à réaliser ce qu’il a toujours aimé, plonger au cœur de l’image. De Palma y utilise tous les artifices chers à la grammaire de son art, l’emploi de la SteadyCam, le recours à la vue subjective, au jeu du montage, à une musique très baroque (signée Pino Donagio), à l’excessivité visuelle. Mais surtout, le cinéaste accentue tous les éléments qui caractérisaient jusqu’alors sa connexion avec Hitchcock et notamment Sueurs Froides. En cela, Body Double est un film majeur de sa filmographie, le moment où De Palma a signé ses adieux à son maître. Lorgnant presque vers la caricature et l’outrancier parodie démystifiant les composantes qui faisaient la splendeur du classique hitchcockien, De Palma se place à mi-chemin entre l’ultime référence et la destruction d’un modèle, tournant le dos au père pour mieux se débarrasser d’une période de son art et ainsi, en commencer une nouvelle. En cela, Body Double est un film artistiquement personnel, et malgré cette vaste entreprise de désacralisation de la quintessence du cinéma hitchcockien qu’il sera amusé à retravailler pendant quelques années, il n’en demeure pas moins pour autant, une œuvre fabuleuse, énième preuve de la richesse du cinéma d’un De Palma à l’intelligence cinématographique exceptionnelle.BodyDouble_032Ultra-stylisé, parfois jusqu’à l’extrême écœurement pour mieux détruire le superbe et imposer la vulgarité comme solution sans retour possible à la volonté de tourner une page, Body Double œuvre dans le volontairement hideux et pousse jusqu’au bord du précipice un style à succès en lorgnant du côté du giallo (d’où l’éternelle querelle de qui a copié qui avec Argento). Mais loin de penser que le cinéaste auto-sabote son travail. De Palma est toujours un maître, et son génie afflue aux abords de chaque plan, tous pensés au millimètre, de l’écriture à leur transposition visuelle portée par de systématiques intentions. Décrypter Body Double pourra faire l’objet d’un livre tout entier tant indices et symboles cachés abondent au détour de chaque trait artistique. Toutefois, loin de penser que Body Double est seulement un film d’intentions personnelles auto-centré et nombriliste. C’est avant tout, un thriller fantastique, flirtant avec le nihilisme, jouant avec les pulsions viscérales de son public, déployant une métaphore acide de l’industrie du cinéma et du spectacle, en plus d’abandonner le spectateur dans une intrigue captivante aux nombreuses surprises agencées dans un dédale aux allures de piège perfide et astucieux.

body_double_br-4be63LE COFFRET ULTRA-COLLECTOR

Body Double ressort aujourd’hui dans une édition événement sous la bannière Carlotta Films. Une édition limitée et numérotée à 3000 exemplaires, qui ne connaîtra pas de réimpression sous ce format. Autant dire que les fans devront se précipiter pour obtenir ce précieux objet de collection littéralement somptueux, dont le superbe visuel a été dessiné par Jay Shaw. Confectionné sous la forme d’un magnifique album-livre, ce coffret ultra-collector du classique de De Palma renfermera le Blu-ray du film dans sa restauration en 4k, un double-DVD et un livre d’environ 200 pages. Avec une image sensationnelle à se damner et ses pistes son encodées en DTS-HD 5.1 & 2.0 (pour la version originale sous-titrée seulement), Body Double apparaît sous son meilleur jour avec cette édition Blu-ray. Mais pouvait-on seulement en douter de la part d’un éditeur qui a toujours faire preuve d’un respect total envers le cinéma et les éditions des films proposés ?3D COFFRET ULTRA COLLECTOR BODY DOUBLE OUVERT DEFMais au-delà du film, c’est la richesse du contenu de ce coffret qui impressionne le plus et qui imprime radicalement le concept « d’édition ultime ». D’abord, avec des suppléments (en HD) de très haute qualité, proposant une immersion totale et passionnante au cœur de l’œuvre. Ensuite, grâce à son ouvrage de près de 200 pages. Les suppléments s’ouvrent avec une présentation du film par Samuel Blumenfeld (journaliste à France Inter et Le Monde) en guise d’introduction à un voyage total au cœur du film. Suit alors, un entretien-documentaire de 38 minutes en compagnie de Joe Napolitano, premier assistant de De Palma dans les années 80, qui nous raconte la « méthode De Palma » ou plus concrètement, la façon dont ils ont travaillé sur le film. Baptisé Pure Cinéma, cette passionnante introspection revisite les lieux de tournage du film, analyse le style du cinéaste et lève le voile sur la façon dont ont été tournées de nombreuses séquences. Mais il était inconcevable de se contenter de la voix d’un proche collaborateur. Viennent ensuite 4 featurettes laissant enfin le maître De Palma s’exprimer. Chacune d’elle aborde une composante de Body Double, et presque par extension de son cinéma. La Séduction, la Mise en Scène, le Mystère et la Polémique. A travers ces quatre modules écrits, réalisés et produits par Laurent Bouzereau (cinéaste spécialisé dans les making-of), Brian De Palma revient sur son film au milieu de nombreuses archives photos ou extraits. Body Double sous toutes ses facettes, voilà ce qui est proposé à travers une analyse poussée et formidable, en compagnie de son virtuose maestro, mais pas que, puisqu’y interviennent également les comédien(ne)s Melanie Griffith, Gregg Henry et Deborah Shelton. L’occasion de s’immerger pleinement dans Body Double, de voir De Palma déployer quelques réflexions sur le cinéma, de l’entendre glisser des anecdotes sur la genèse du film, son tournage et sa réception, et d’entendre certains de ses acteurs évoquer leurs souvenirs.

Enfin, pour ceux qui ne seraient pas encore rassasiés, il y a le livre, Double De Palma. Une pièce d’anthologie. Entrecoupé de photos inédites, l’ouvrage conduit par Susan Dworkin interroge le cinéaste en plein tournage de Body Double, en 1984. Traduit pour la première fois en français, Double De Palma sera le complément parfait pour approfondir le processus de création du metteur en scène sur ce film spécifique, après de nombreux ouvrages plus généraux sur sa carrière (on citera entre autres Brian de Palma, recueil d’entretiens avec Serge Blumenfeld et Laurent Vachaud ou Les Mille Yeux de Brian de Palma par Luc Lagier). Fans de Brian De Palma, ne passez pas à côté de cette édition monumentale, qui va très vite s’imposer comme une pièce de collection rare et d’anthologie.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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