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Nom : Outcome
Père : Jonah Hill
Date de naissance : 10 avril 2026
Type : Disponible sur Apple TV
Nationalité : USA
Taille : 1h23 / Poids : NC
Genre : Comédie
Livret de Famille : Keanu Reeves, Cameron Diaz, Jonah Hill, Matt Boomer, Martin Scorsese, Drew Barrymore…
Signe particulier : Médiocre.
Synopsis : Reef, une ancienne gloire d’Hollywood, doit replonger dans son passé pour affronter ses démons et se racheter après qu’on lui ait extorqué un mystérieux clip vidéo.
JONAH HILL CRACHE SON FIEL
NOTRE AVIS SUR CHANTAGE
Métaphore de footeux. Au football, quand un attaquant subit une faute provoquant un penalty, on a coutume de dire qu’il ne faut jamais se faire justice soi-même. Traduction, qu’il vaut mieux laisser quelqu’un d’autre tirer le penalty à sa place pour éviter un ratage dû à la déconcentration de l’instant. Bah au cinéma c’est parfois pareil. La preuve avec Chantage, nouveau long-métrage de Jonah Hill. Malmené par quelques scandales de mœurs, l’acteur-réalisateur s’est fait plus discret ces temps-ci. Le voilà qui revient dans un contexte post #MeToo avec une comédie déjantée dont on n’a pas de mal à voir qu’elle est un moyen pour l’artiste de régler des comptes avec Hollywood et l’époque. Portée par Keanu Reeves, Chantage suit une superstar d’Hollywood qui s’est éloignée des plateaux pendant quelques années le temps de régler ses problèmes d’addiction à la cocaïne. Adulé de tous, Reef Hawk prépare son retour quand son avocat spécialisé en gestion de crise (Jonah Hill lui-même) l’appelle en panique. Nouvelle galère à l’horizon, une mystérieuse vidéo capable de ruiner sa carrière et son image serait sur le point de fuiter. Reef part alors à la rencontre de toutes les personnes qui pourraient potentiellement le détester pour s’excuser de ses erreurs passées, en espérant trouver dans le lot celle qui lui en veut au point de vouloir le détruire.

Dans l’idée, Chantage pouvait être séduisant avec sa promesse de mélange du Broken Flowers de Jarmusch et de la série Entourage. De l’un, l’idée d’un road trip mélancolique sur un homme partant à la rencontre des témoins de son passé pour comprendre des choses sur lui-même. De l’autre, une immersion dans les coulisses du monde hollywoodien avec un décorum voulu méta où le name droping fonctionne à gogo : ça parle de Tom Cruise, de Denzel, de Tom Hanks, on croise Drew Barrymore et son show télé… Sauf qu’allez savoir si c’est parce qu’il est aveuglé par sa colère et son amertume ou si son ego surdimensionné crache son venin à la place de son cerveau, mais la comédie barrée de Jonah Hill est une catastrophe à tous égards.
À commencer dans son écriture, désordonnée et cacophonique. Chantage est très mal construit, sa conduite se disperse dans tous sens façon puzzle et le film ressemble davantage à une succession de saynètes toutes beaucoup trop longues, qu’au fruit d’un récit cohérent sachant d’où il part et où il va. Plombé par un impressionnant manque de rythme le rendant semi-soporiphique, Chantage devient très vite un fourre-tout bordélique dans lequel Jonah Hill enfonce au chausse-pied de la blague impertinente, de la blague scatologique, du gag lourdingue, des jurons à gogo, des numéros d’acteur cabotins, de l’introspection, une transformation initiatique, des histoires d’amitiés (Matt Boomer et Cameron Diaz en amis fidèles de la star), un caméo de Martin Scorsese, des sorties sur le wokisme, la cancel culture, les affres de la célébrité, les dangers des réseaux sociaux, le capitalisme, le néo-statut des gays, des noirs, des asiatiques, des femmes… Par pitié, n’en jetez plus sur le kouglof, il est déjà tellement copieux que le bouffer demandera quinze jours de digestion sous citrate de betaïne !

Mais ce n’est pas tout malheureusement, on est loin d’être au bout de nos peines. On a bien compris que Jonah Hill veut parler à travers l’image de Keanu Reeves. Mais à ce niveau de nombrilisme, on bascule dans le malaise intégral. On passera sur sa mise en scène pédante au possible (et archi-nulle de surcroît, dénuée de toute continuité artistique d’une séquence à l’autre) pour évoquer Jonah Hill l’acteur… celui-là même qui était censé tenir dans l’affaire qu’un simple second rôle dynamiteur et rigolo (en l’occurrence un avocat de stars tellement taré qu’il ferait passer l’agent incarné par Jeremy Piven dans Entourage pour un nounours bouddhiste). Au lieu de tenir son rang de second rôle, Jonah Hill a manifestement décidé de se mettre en avant lui plutôt que sa star, lui plutôt que son film. Déjà que son personnage est au-delà de l’insupportable, chacune de ses apparitions sert de prétexte au comédien pour s’offrir un one man show grotesque et en roue libre, aux numéros d’acting hystérique plus lourds qu’une palette de parpaings.
A l’image de tout le film, Jonah Hill en fait des tonnes et c’est probablement ce qui plombe le plus sa comédie étouffée par cette incapacité à doser quoique ce soit et par cette lourdeur du geste permanente. Témoin, un détail censé être comique. Dans les bureaux de cet avocat fou, les murs sont ornés de tableaux de ses meilleurs clients : Kevin Spacey, Cuba Gooding Jr… On se demande encore si c’était destiné à être drôle, si c’est d’un goût franchement douteux, ou si Jonah Hill se compare sérieusement à eux question cancel culture.

Sur le papier, Chantage pouvait arguer quelques bonnes idées. Dans les faits, il beugle de manière outrancière et contreproductive pour au final épuiser autant qu’il ennuie. C’est médiocre, mal fichu, plat, inconsistant, condescendant, dénué de tout degré d’intelligence dans son approche au bulldozer. Le portrait d’Hollywood est à mille lieux de celui de la récente série The Studio, le potentiel émotion est anéanti par des personnages auxquels on ne s’attache jamais (mis à part celui de Martin Scorsese) ou pire que l’on rejette avec détestation, et enfin la satire comique est écrabouillée par un profond sentiment d’amertume gênant. Affublé d’un subversif de pacotille, Chantage ne devient jamais ce qu’il veut être. La seule chose qu’il parvient à épouser, c’est un gros n’importe quoi ou rien ne fonctionne, ni l’humour, ni le drame, ni le propos. Si Jonah Hill s’était un peu moins regardé le nombril, il aurait peut-être eu le temps de faire un vrai film pertinent et incisif plutôt qu’une pareille tambouille brouillonne et acerbe, au fond plus agaçante que consternante servant à ses acteurs des coquilles vides qu’ils traversent en glissant dessus. Pathétique. Nous aussi on mérite des excuses après un truc pareil.
Par Nicolas Rieux

