YOUTH de Paolo Sorrentino : la critique du film [Cannes 2015]

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note 9 -10
Carte d’identité :
Nom : La Giovinezza
Père : Paolo Sorrentino
Date de naissance : 2014
Majorité : septembre 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : Italie
Taille : 1h58 / Poids : NC
Genre : Comédie dramatique

Livret de famille : Michael Caine (Fred Ballinger), Harvey Keitel (Mick), Rachel Weisz (Lena), Paul Dano (Jimmy), Jane Fonda (Brenda), Madalina Ghenea (Miss Univers), Mark Kozelek (lui-même), Robert Seethaler (Moroder), Alex MacQueen (l’émissaire de la Reine) …

Signes particuliers : Il n’aura peut-être pas gagné la Palme à Cannes, mais il a au moins gagné celle de notre coeur. Paolo Sorrentino livre le compromis parfait entre le cinéma « grand public » et le cinéma d’auteur avec un chef d’oeuvre pour tous.

YOUTH, DÉCLARÉ SOURCE DE JEUNESSE POUR VOTRE CORPS !

LA CRITIQUE

Résumé : Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble. Mais contrairement à eux, personne ne semble se soucier du temps qui passe…YouthL’INTRO :

Paolo Sorrentino et le Festival de Cannes, une histoire d’amour qui dure depuis 2008 et le Prix du Jury accordé au fabuleux Il Divo. Depuis, le cinéaste italien est revenu à deux reprises, avec This Must Be the Place en 2011, puis avec le superbe La Grande Bellezza en 2013. Pour son septième long-métrage, Sorrentino intègre une fois de plus la compétition officielle, avec une comédie dramatique portée par un casting anglo-saxon d’un prestige rare, Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz, la jeune étoile brillante Paul Dano, ou encore Jane Fonda et… Maradona ! Oui, oui, la légende planétaire du football, vous avez bien lu. Enfin, un sosie plutôt, mais d’une ressemblance inouïe, on s’y croirait ! Prenant place dans un magnifique hôtel de luxe niché dans les Alpes suisses, où viennent se ressourcer, stars, personnalités et puissants richissimes, Youth aurait pu aisément prétendre à la Palme d’Or. Et s’il sera passé à côté de tous les prix dans cette 68ème édition, il obtient celui du cœur, le nôtre en tout cas.youth_michael_caineL’AVIS :

Le problème avec certains cinéastes, c’est qu’ils refont toujours la même chose d’un film à l’autre. Certains répètent la même lourdeur, d’autres la même naïveté, d’autres encore ne savent pas finir leurs histoires, ou les commencer, certains ne savent pas éviter les clichés, d’autres les maladresses formelles ou narratives… Sorrentino, lui, c’est la beauté. D’une œuvre à l’autre, le metteur en scène transalpin n’a de cesse de répéter la même splendeur foudroyante qui font de ses longs-métrages, des perles cristallines touchant la quintessence d’un cinéma à se damner. Et Youth est du pur Sorrentino dans l’âme, dans le cœur, dans l’esprit. Une bande originale vibrante, une introduction forte qui donne le ton, une virtuosité étourdissante de la mise en scène, une recherche de la perfection permanente, un équilibre gracieux de l’écriture naviguant entre les genres et les tons, une sensualité enivrante, un raffinement délicatement subtil, une profondeur insondable, des personnages en or massif pour incarner son histoire… Et pardessus cette manne substantielle, une intelligence n’a d’égale que sa grandeur et sa richesse intérieure.youth_rachel_weiszFable existentielle magistrale au parfum et au goût de chef d’œuvre absolu, Sorrentino aurait-il atteint la quintessence de son art avec cet étreignant Youth ? Plaisamment hilarant et doucement bouleversant, son joyau philosophant avec finesse et acuité sur l’existence, la vieillesse et la mort, est sans aucun doute l’une des plus belles et des impériales comédies dramatiques crépusculaires vues depuis longtemps. On s’émeut à chaque instant de sa sensibilité à fleur de peau, on se régale de sa drôlerie permanente tour à tour sagace ou ubuesque, on se délecte de son cadre apaisant et filmé avec passion énamourée, on savoure son extraordinaire galerie de personnages, des premiers rôles étincelants d’ancrage à la vie aux seconds croqués avec appétence, à commencer par un « Maradona » énorme… dans tous les sens du terme. Délicieusement acerbe, cynique ou mélancolique, parfois cruel mais jamais inutilement, souvent grisant ou berceur dans une tendre nostalgique, plus qu’un film, Youth se métamorphose en un vibrant hommage rendu à la vie avec un grand « V », à sa beauté, sa passion, sa richesse et son déclin, aux erreurs et aux réussites, à l’imperfection humaine affectueusement esquissée. Mais aussi en hommage sidérant et mirifique rendu au septième art, face auquel on pourrait verser des larmes de joie devant tant d’amour, de mérite et de gloire.youth_5Et le plus incroyable dans tout cela, c’est que derrière ses thématiques dominantes, Sorrentino parvient à caresser tellement de choses au sein de son œuvre prospère : l’industrie du spectacle et ses acteurs qui l’animent, le cinéma, la télévision, la transmission du savoir, les relations père-fils/fille, l’amour, le regard sur le passé, les regrets, les souvenirs, l’amitié… A sa manière proche de la fresque vertigineuse malgré son intimisme en huis clos dans cet hôtel où l’on sent si bien, Youth disserte au fond sur le temps qui passe, celui parcouru et celui qui nous reste. Et il fait dans un mélange de truculence, d’élégance et de ravissement, laissant planer une sorte d’étrange sensation d’éternité au sommet de cette œuvre noble et sublime. Bravo monsieur Sorrentino. Et bravo à toute une distribution brillante, à commencer par un Michael Caine et un Harvey Keitel qui trouvent là, leurs meilleurs rôles depuis un bon moment.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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