TOURISTES (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Sightseers
Père : Ben Wheatley
Livret de famille : Steve Oram (Chris), Alice Lowe (Tina), Eileen Davies (Caroll), Monica Dolan (Janis), Jonathan Aris (Ian), Kenneth Hadley (Richard)
Date de naissance : 2012
Nationalité : Angleterre
Taille/Poids : 1h29 – 9,3 millions £

Signes particuliers (+) : Une comédie très noire à l’humour grinçant sur le couple avec en fond la crise économique et la détresse sociale typique du cinéma dramatique anglais. Gore, drôle, triste et cynique.

Signes particuliers (-) : Des redondances, des longueurs (sur 1h29 !) et un script maladroit qui n’exploite pas toute ses possibilités.

 

LE ROAD MOVIE DE LA MORT

Résumé : Chris et Tina partent pour leurs premières vacances en amoureux. L’occasion pour Chris de faire découvrir à Tina son univers. En caravane, ils partent sillonner l’Angleterre mais leur périple va rapidement devenir une virée meurtrière…

Coïncidence de calendrier due aux aléas de la distribution en salles, le nouveau venu britannique Ben Wheatley se retrouve avec un deuxième film sortant cette même année 2012 alors qu’il est encore sous les feux des projecteurs pour son précédent, sorti il y a à peine quelques mois, en juillet dernier. Après son petit chef d’œuvre Kill List, thriller coup de poing et sensoriel qui a désarçonné tous ceux qui ont eu l’occasion de le découvrir, c’est au tour de son troisième film (il avait signé précédemment un premier exercice, Down Terrace, en 2009), la comédie dramatique gentiment horrifique Touristes, de sortir en cette fin d’année, coincé entre Noël et le Jour de l’An, ce qui n’aide pas vraiment à mettre en lumière un film qui franchement, ne colle pas du tout avec l’esprit et la magie de Noël, à chercher plutôt du côté du concurrent L’Odyssée de Pi.

Ben Wheatley est un cinéaste à part, au style singulier et on l’aura bien compris avec Kill List. Pas question de s’attendre avec lui avec des films classiques et Touristes vient confirmer cet état de fait. Ni vraiment une comédie alors que le film est pourtant drôle et fraîchement décalé, ni vraiment seulement un drame social à l’anglaise malgré le fait qu’il ait les deux pieds fermement englués dedans et encore moins un slasher classique, Touristes est une chose de façon claire et nette : un road movie. Un road movie qui après jongle sur les genres évoqués, prenant un peu de l’un, une pincée de l’autre, saupoudrant le tout avec le troisième etc… Un peu fêlé à l’image de son jeune couple de protagonistes dont les vacances de rêve qu’ils s’apprêtent à vivre, va devenir un exécutoire acide révélant ce qu’ils sont au fond d’eux, faisant ressortir leur personnalité respective refrénée au contact d’une ambiance de détente leur permettant enfin de lâcher prise avec leurs problèmes existentiels, leur quotidien et leurs démons, Touristes est une virée grinçante mettant ne lumière de façon à la fois sordide et humoristiques, les failles de nos sociétés qui poussent l’homme à force de le mettre sous pression, à l’explosion. Et selon les gens, elle peut devenir sacrément emmerdante ! C’est le cas notamment de Chris et Tina, gentils et modestes anglais en apparence qui vont s’avérer, au fil des kilomètres et des rencontres, deux tarés sérieusement atteint psychologiquement, sévèrement abimés par leur vie mais contenant depuis trop longtemps leurs névroses, leur rage, leurs penchants, leur faille. D’ailleurs « tarés » n’est pas le mot. Car ‘on n’est pas dans un film d’horreur grand-guignolesque avec un grand méchant qualifiable de « taré » grâce à la distance qui nous sépare de lui. Ici, Tina et Chris sont proches de nous, collés à nous sans cesse dans ce périple sanglant et… triste. C’est plus de l’empathie, de la peine que va chercher Ben Wheatley dans un film qui prend une sérieuse tournure dramatique entre deux fulgurances comiques comme le principe que le meurtre est un acte écolo puisqu’il amène à une empreinte carbone en moins sur Terre ! Le cinéaste est fasciné par ses personnages et décortique sous toutes leurs coutures ses deux héros, deux loosers plus tragicomiques que cinglés déjantés, deux anglais moyens à la vie de merde, tristes, pas très riches, pas très heureux et très frustrés par le bonheur des autres.

On l’aura compris, Wheatley ne fait pas, une fois de plus, dans le gentiment mainstream basique et primaire mais travaille dans les sentiers d’un cinéma impertinent et grinçant. Si Touristes est peut-être de premier abord un peu plus accessible qu’un Kill List qui était sacrément perché, il n’empêche que ce nouveau film à la croisée des styles, entremêle humour noir ravageur et profonde mélancolie sur l’effondrement moral et psychologique de l’homme, de nos sociétés, produisant ce type de malheur et de tragédie. Entre surprise rock’n’roll rigolote, atmosphère angoissante et oppressante et virée délurée jouissive et absurde, Touristes est un nouveau bon film d’un metteur en scène qui s’impose soudainement dans le paysage cinématographique britannique en jouant des coudes. Sauf qu’après la claque Kill List, encore gravée en rouge sur nos joues, on attendait peut-être un peu plus de Ben Wheatley, qu’il franchisse un cap dans ses ambitions, ce qu’il ne fait pas vraiment ici. En cause, l’absence de niaque tord-boyaux remuante qui agitait son précédent métrage se fracassant brutalement contre nos yeux comme de puissantes vagues sur le bord d’une falaise, et par moments une forme de complaisance où l’on a l’impression que le cinéaste se regarde filmer dans sa façon d’élever son épopée romantico-criminelle rappelant le cinéma bis d’antan, au rang de drame sociétal profond et inspiré. Un petit manque de rythme et une légère redondance viennent entériner l’affaiblissement d’un film qui promettait davantage. Toutefois, Touristes reste du beau cinéma, à la fois moche et glauque et poétique beau et touchant, confirmant la singularité de son auteur qui a le mérite d’avoir un style personnel.

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