THE SMELL OF US de Larry Clark
Critique – Sortie Ciné

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118812.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 1 -10
Carte d’identité :
Nom : The Smell of Us
Pères : Larry Clark
Date de naissance : 2014
Majorité : 14 janvier 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 1h28 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Lucas Ionesco (Matt), Diane Rouxel (Marie), Théo Cholbi (Pacman), Hugo Behar-Thinières (JP), Ben Yaiche Ryan (Guillaume), Adrien Binh Doan (Minh), Maxime Terin (Toff)…

Signes particuliers : La jeunesse paumée et en manque de repères est-elle l’apanage de la seule Amérique ?  Visiblement non puisque Larry Clark pose ses valises en France pour un drame très cru.

THE SMELL OF THE MÉDIOCRITÉ

LA CRITIQUE

Résumé : Paris, Le Trocadéro. Math, Marie, Pacman, JP, Guillaume et Toff se retrouvent tous les jours au Dôme, derrière le Palais de Tokyo. C’est là où ils font du skate, s’amusent et se défoncent, à deux pas du monde confiné des arts qu’ils côtoient sans connaître. Certains sont inséparables, liés par des vies de famille compliquées. Ils vivent l’instant, c’est l’attrait de l’argent facile, la drague anonyme sur Internet, les soirées trash « youth, sex, drugs & rock’n’roll ». Toff, filme tout et tout le temps…the-smell-of-us-larry-clark-venice1 L’INTRO :

Pur produit représentatif du cinéma de Larry Clark, The Smell of Us est dans le même temps son effort qui s’en éloigne le plus. Un paradoxe à l’image du film, étrangement dans la continuité de l’œuvre du cinéaste tout en marquant une rupture fondamentale d’avec elle. Avec ce septième long-métrage de cinéma, le père de Kids, Bully ou Ken Park délaisse la jeunesse paumée américaine pour s’intéresser à la jeune bourgeoisie parisienne. Pour autant, le metteur en scène ne pénètre pas dans un monde peuplé de cages dorées et n’abandonne pas les thématiques qui ont toujours nourri son travail. Une fois de plus, il dépeint une jeunesse trash, en plein désarroi. Et fidèle à lui-même, Larry Clark aura fait un film « de la rue ». Casting sauvage, jeunes débutants inexpérimentés, lieux de tournage choisis au hasard de son immersion dans son sujet, The Smell of Us vise son éternel cinéma-vérité. Ecrit par le jeune poète nantais Mathieu Landais (alias S.C.R.I.B.E) avec lequel il a sympathisé lors d’une rétrospective parisienne autour de son œuvre, The Smell of Us plonge dans les rues parisiennes, déambule du côté du Trocadéro ou du Palais de Tokyo, et s’attache à ses jeunes skateurs au quotidien fait de drogue, d’alcool, de sexe et déviance. The Smell of Us, où la version brute et trash made in Larry Clark du Jeune et Jolie de François Ozon…the smell of usL’AVIS :

Larry Clark voit The Smell of Us comme « son film le plus important car la somme de tous les autres ». Dur. Le réalisateur en oublie juste tous les fondements de son cinéma tant ce dernier effort n’en garde que le moins intéressant, l’aspect trash ramené à une vulgarité exécrable et rebutante, à la fois pleine de cynisme, d’excessivité et de grotesque caricatural. De ses œuvres précédentes, on aura retenu jusque-là le talent d’un homme qui ne maîtrisait comme personne l’art de la justesse dès qu’il abordait la jeunesse en pleine perte de repères. L’aspect trash de ses longs-métrages ne venait jamais servir un quelconque esprit recherchant le purement « choc » et provocateur. Avec The Smell of Us, on aurait envie d’hurler « SOS, on a perdu Larry Clark ».the-smell-01

Visuellement informe, narrativement aux abois, répugnant et abject dans son contenu, The Smell of Us passerait presque pour une auto-caricature d’un cinéaste flinguant de lui-même tout son travail en donnant des munitions à ses détracteurs pour mieux réduire son œuvre en la résumant à une crasse superficialité. Exit toute l’intelligence de ses peintures et l’acuité de sa vision de la jeunesse actuelle, exit son refus de la facilité et la justification qui pouvait être faite de la radicalité de son travail, The Smell of Us sent fort le nauséabond. Larry Clark enchaîne les séquences dérangeantes en ne racontant rien, en n’offrant aucune vision si ce n’est une complètement déconnectée de la réalité générale, s’enfermant dans la dureté malsaine affligeante d’un microcosme illustré par une peinture aussi outrancière que débilitante. Son nouveau « choc » cinématographique avait des intentions, des ambitions, mais il en restera à ce stade et devient un échec qui tourne à vide, multipliant les séquences abominables sans aucune profondeur interpellatrice.CThe smell of us nu

Dans le fond, The Smell of Us tentait le pari de dépeindre la nouvelle sexualité d’aujourd’hui, de s’immerger dans une jeunesse sans limites, sans morale, égoïste et inconsciente, consommatrice de l’instant, de la violence, du sexe, de la drogue, de l’alcool, du fric facile, des rapports humains détruits. Sur la forme, il voulait se connecter à la génération vidéo et connectée, portables et ordinateurs en mains… Malheureusement, tout est raté dans un exercice au-delà du poussif, tombant dans l’écueil de la crasse figurative, répétant inlassablement un langage déjà dépassé et faisant de la provocation non plus un vecteur vers la justesse mais une entreprise de destruction massive dynamitant une œuvre se résumant à un ramassis de clichés à côté de la plaque, adjoints à un enchaînement de scènes épouvantables et fatigantes, agglutinées autour d’un non-scénario. Seules et abandonnées dans ce capharnaüm dégueulasse et sans aucune fulgurance, les séquences sans détour de sexe, de sodomies, de cunnilingus, de fellations, d’inceste, de défonces et de déviances en tout genre (interminable scène de suçage de doigts de pieds cradingues ou de relation entre ados et personnes âgées, hétéro ou homosexuelles), témoignent toutes d’une impudeur inutile, là où précédemment, l’auteur nous avait habitué à une justification de chacun de ses choix. Et le résultat d’être aussi gerbant que stupide. Larry Clark aurait-il fait le tour de son cinéma pour à ce point tourner le dos à ce qui en faisait l’essence qualitative ? Il semble tombé dans la posture. Le fil de la justesse s’est rompu, reste la médiocrité.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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