THE SEASONING HOUSE de Paul Hyett.
Import DVD – critique (thriller/horreur)

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note 5.5
Carte d’identité :
Nom : The Seasoning House
Père : Paul Hyett
Livret de famille : Rosie Day (Angel), Sean Pertwee (Goran), Kevin Howarth (Viktor), Anna Walton (Violeta), Jemma Powell (Alexa), Alec Utgoff (Josif), Daniel Vivian (Radovan), Adrian Bouchet (Branko)…
Date de naissance : 2012
Majorité au : inédit
Nationalité : Angleterre
Taille : 1h33
Poids : Budget NC

Signes particuliers (+) : Un thriller glauque particulièrement gore et efficace qui se veut une brutalité balancée en pleine tronche avec un « message »…

Signes particuliers (-) : Justement un peu puant le message qui s’adonne au voyeurisme complaisant très limite tout en essayant de s’en défendre. Dommage que The Seasoning House n’assume pas pleinement ce qu’il est au lieu de jouer les séries B plus intelligente qu’elle n’est.

 

LA MAISON DES HORREURS

Résumé : Au lendemain de la troisième guerre des balkans et de ses horreurs ignobles, une jeune fille sourde-muette dont la mère a été assassinée sous ses yeux, se retrouve jetée dans un bordel clandestin, repaire des criminels de guerre et autres brutes épaisses. Elle y préparera lentement son évasion…

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L’INTRO :

La sortie prochaine d’Eden, drame de Megan Griffith avec Jamie Chung pour la première fois en tête d’affiche, est l’occasion pour nous de nous repencher sur un de ses voisins pas sages présenté au PIFFF 2012, le britannique The Seasoning House de Paul Hyett. Une série B de genre mais qui n’a pas l’air de le savoir elle-même, au pitch grosso modo similaire dans le fond mais au ton et aux intentions radicalement divergentes. The Seasoning House est la première incursion derrière la caméra de Paul Hyett, un éminent spécialiste des effets spéciaux (The Descent, Doomsday La Dame en Noir…) qui cherchait à réaliser son premier film quand son projet initial est tombé à l’eau, jugé trop coûteux pour un néophyte de la mise en scène. Solution de repli évidente pour qui veut se faire la main et une petite crédibilité en générant au passage quelques bénéfices : le cinéma de genre, et si possible celui qui fait parler. Donc en somme, le trash malsain, glauque ou polémique.

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Si le premier se veut un drame « réaliste » revenant avec ses gros sabots sur un fait divers réel aussi glauque qu’ignoblement tragique, le second est par contre une de ses étrangetés embarrassantes et un brin confuse dont on ne sait pas trop quoi faire, film plus ou moins de genre se rangeant dans plusieurs catégories différentes qu’il essaie de marier avec une adresse très relative. The Seasoning House est à la fois un drame avec une pointe d’historicité prenant place dans l’horreur de la Serbie période guerre des Balkans, un torture porn qui ne se l’avoue pas vraiment à lui-même, un rape and revenge hargneux et sordide lorgnant sur quelques hits efficaces (style I Spit on your Grave), un thriller d’horreur très généreusement gore où les effets graphiques et effluves d’hémoglobine abondent en quantité conséquente, un film d’action en huis-clos ou encore un survival craspec énergique. Bref, un peu tout et rien finalement, dans un métrage à clairement ne pas mettre entre toutes les mains.

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Bien qu’il s’agisse ouvertement d’une œuvre de commande dont tout le monde se contrefout, Paul Hyett, lui, pense avoir de l’or entre les mains ou du moins, il essaie de s’en convaincre et plus embêtant, de nous en convaincre. Le néo-réalisateur sort alors sa spatule et va tartiner son premier effort d’un cynisme tellement gluant que The Seasoning House colle aux doigts autant qu’aux yeux d’ailleurs. D’abord, dans les intentions ridicules où il va tenter de nous faire gober que son film est limite une œuvre dénonciatrice à caractère historique mettant en exergue la sordide condition avilissante des femmes-victimes innocentes de la guerre d’ex-Yougoslavie, traitées inhumainement comme du bétail par des soldats patibulaires et caricaturalement impitoyables qui les traînaient dans des bordels crasseux où elles seraient des esclaves sexuelles exploitées jusqu’à en crever etc… On ne dira pas qu’il s’agit là d’inepties révoltantes, au contraire, cette triste guerre des années 90 nous ayant gratiné de pas mal d’horreurs sordides du genre, et il est tout à fait crédible voire fort possible, que des telles atrocités aient été commises. Sauf qu’aller défendre The Seasoning House et sa ribambelle de séquences graphiquement trashissimes et brutales en lui apposant un statut d’œuvre qui a des choses à dire et qui se dédoublerait presque d’un côté « mise en lumière de l’histoire peu glorieuse derrière l’histoire scolaire », c’est quand même sacrément fort de café ! D’autant que Hyett va nous ressortir du placard des arguments faciles du type « le sujet me touche car cette guerre était proche de nous blablabla » alors « je voulais dénoncer la cruauté humaine et tatati et tatata ». On connaît la chanson, merci. Culotté le Hyett parce que dans le genre récupération des malheurs d’autrui de façon opportuniste et en en faisant des caisses dans la surcharge caricaturalement pas loin du risible, le film se pose là avec son adolescente sourde-muette voyant sa mère sauvagement assassinée sous ses yeux par de cruels soldats avant d’atterrir dans un bordel clandestin glauque où les filles sont contrôlées par des shoot à l’héroïne et violées au point d’en avoir le bassin fracturé… Oui, The Seasoning House ne fait pas dans la dentelle et se veut un peu du genre bourrin qui ne s’embarrasse pas de détails avec pas mal de passages rentre-dedans renvoyant à la vague française (que le cinéaste cite en référence) des Martyrs en consorts soit des œuvres que l’on voit une fois et que l’on est pas prêt d’oublier d’ici demain la vieille.

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Après, au-delà de sa démarche de fond passablement gerbante, The Seasoning House est un film de genre et en tant que tel, pas forcément un des plus mauvais. Il se regarde même comme une brutalité de genre hardcore « divertissante » et craspec comme il faut, et serait presque jouissif dans le registre s’il ne mettait pas autant de cœur à l’ouvrage à ne pas assumer pleinement ce qu’il est dans le fond, jouant sans arrêt dans un entredeux étrange qui ne lui rend pas service, enfonçant certaines portes mais n’osant pas en ouvrir d’autres à l’image de la dichotomie entre litrons d’hémoglobine déversés dans des séquences extrêmement violentes et quasiment aucun plan de nudité malgré le sujet propice au voyeurisme gratuit (ouais ça va hein, on aime tous ça dès fois !). Volonté d’éviter justement ce voyeurisme complaisant ? On en doute fort car la pudeur n’est globalement pas le point fort d’un film qui, dans son ensemble, en a un peu rien à cirer des limites et du bon goût. Non, The Seasoning House semble plutôt s’auto-restreindre sur certains aspects par honte inconsciente de ce qu’il est dans le fond, comme si Hyett cherchait à réellement conjuguer respect de la femme dans une œuvre fermement engagée dans sa cause dénonciatrice et ludique d’une histoire d’action vengeresse, sans se rendre compte que son film est juste une série B putassière et complaisante depuis le début, quoiqu’il fasse. Mais bon, s’il y croit à ce point là, on a qu’à se dire qu’on va le laisser faire et rien lui dire, ce serait dommage de gâcher son délire exalté. Mais entre nous, quelle plaisanterie… En défonçant des portes grandes ouvertes et avec la finesse d’un bucheron finlandais, The Seasoning House est une belle pantalonnade cradingue (mais ironiquement pas assez pour exploiter son statut de péloche bassement craspeco-rentre-dedans), très gore et pour le coup peut-être trop au vu des intentions recherchées, bref, une construction maladroite tant dans l’écriture (avec son scénario minimaliste au possible) que dans la traduction de ses visées. Dommage parce que globalement, The Seasoning House se défend plutôt pas mal malgré quelques imprécisions peu judicieuses rappelant bien qu’il s’agit d’un premier film. Flashbacks assez moches, vingt dernières minutes s’élevant d’un cran dans la maladresse technique et scénaristique au point de flirter avec le risible là où il arborait depuis son entame une certaine tenue plastique élégante (et piquant au passage des idées ça et là style au compatriote Eden Lake)…

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Si l’ennui sera un ami invisible tapis dans le fond par manque d’inventivité sans toutefois être imposant (normal, c’est regardable mais la facture de la chose est très classique et ne fait que reprendre un schéma éculé et à plus fortes raisons ces dernières années avec la mode de ce type d’histoires d’où une impression de déjà-vu mille fois), en revanche, The Seasoning House n’est concrètement pas une purge sur la forme. Le fond reste un autre débat et clairement, on est face à un produit très limite qui aurait mieux fait soit de s’alléger pour s’engager à fond dans sa bêtise en l’assumant, soit de se tourner vers d’autres directions que celles exploitées ici, mais sur un terrain purement factuel, on a vu bien pire en terme de « spectacle » et le rythme est suffisamment soutenu pour que l’affaire tienne la distance, en grande partie grâce à sa brutalité efficace. Bancal, un peu puant, mais pas trop désagréable si on se limite au spectacle hardcore.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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