THE AMAZING SPIDER-MAN (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : The Amazing Spider Man
Fils de : Marc Webb
Livret de famille : Andrew Garfield (Peter Parker/Spider-man), Emma Stone (Gwen Stacy), Rhys Ifans (Dr Curt / Le lézard), Denis Leary (Capitaine Stacy), Campbell Scott Michael (Richard Parker), Irrfan Khan (Dr Ratha), Martin Sheen (Oncle Ben), Sally Field (Tante May)…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 2h17 – 260 millions $

Signes particuliers (+) : Andrew Garfield s’en sort pas trop mal. Un divertissement de samedi soir regardable.

Signes particuliers (-) : N’apporte rien au mythe et copie beaucoup les précédents. Décevant après la qualité de la trilogie version Sam Raimi. La conception du lézard est plus comique que terrifiante. Étonnant mais Emma Stone est catastrophique.

 

LA TOILE DE TROP

Résumé : Peter Parker, un étudiant doué élevé par son oncle et sa tante, a été soudainement abandonné par ses parents quand il était enfant. A l’approche de l’âge adulte, cet évènement le travaille, d’autant plus après retreouvé une vieille mallette ayant appartenu à son père. Il décide d’élucider ce mystère. Son enquête le conduit à Oscorp, un laboratoire de recherche. Une piqûre par une araignée étrange et le voilà doté de pouvoirs étonnants…

Quoi de mieux pour fêter les 50 d’existence du héros Spider-Man qu’un nouvel opus des aventures de l’homme-araignée ? À priori, rien. La saga cinématographique développée par Sam Raimi depuis 2002 fait partie des meilleures adaptations de super-héros pondues pour le grand écran, forte de splendides qualités esthétiques mais avant tout de scripts riches et solides laissant la part belle au personnage et à son humanité derrière le spectaculaire justicier arachnide, dans une passionnante franchise s’appuyant sur un récit initiatique fort. Sam Raimi a su insuffler à sa, pour l’heure, trilogie, le meilleur d’un cinéma pop-corn divertissant sans jamais trahir l’intelligence qu’elle pouvait dégager mais aussi en parvenant à retrouver l’esprit des comics originels pour des spectacles intenses trouvant le ton juste pour concilier magie et innocence de l’enfance et sérieux d’une histoire triste sans jamais se laisser gagner par le cynisme gangrenant la plupart des superproductions hollywoodiennes. Ses Spider-Man sont du coup fortement appréciés aujourd’hui et n’ont guère eu l’occasion d’être égalés dans la mode actuelle de la multitude des transpositions de super-héros au cinéma, la justesse et la passion cinéphilique qui en transpiraient en faisant des œuvres qui savaient retrouver un parfum d’émerveillement d’antan élevant le spectateur au lieu de l’assommer pour le tirer vers la médiocrité.

Et une fois de plus, cet illogique monde hollywoodien qui aime à contrecarrer les bons projets pour privilégier la bêtise dans laquelle il semble apprécier de se complaire, va nous surprendre. Alors que Sam Raimi et l’acteur Tobey Maguire travaillaient sur un quatrième volet de la franchise superstar, les studios Sony décidèrent tout simplement d’annuler le projet, préférant se lancer dans un autre mode tendance, celle du reboot. Les raisons sont connues. Alors que Raimi souhaitait un quatrième opus avec Le Vautour en méchant (que devait interpréter John Malkovich), la major s’opposa à cette idée de scénario et imposa un calendrier de production si court, que le cinéaste préférera quitter le navire, entraînant avec lui le départ de tout son staff y compris du comédien Tobey Maguire. Sony Pictures abandonnera donc l’une de ses plus belles sagas récentes et virera de cap, tournant comme le dos au glorieux passé accouché par Raimi en lançant sur les rails un reboot reprenant toute la saga à zéro avec nouvelle histoire, un nouveau réal et un nouvel acteur vedette. Après quelques tâtonnements à tous les étages (James Cameron, David Fincher, Wes Anderson ont été un temps évoqués dans la course à la réalisation alors que Aaron Johnson, Anton Yelchin ou Jamie Bell étaient des possibilités pour le rôle titre), le casting intégral est choisi. Ce sera le clippeur Marc Webb qui dirigera ce nouveau premier volet, auteur au cinéma pour l’instant du seul (500) jours Ensemble alors que Peter Parker échouera au jeune talent Andrew Garfield dont la prestation en Edouardo, l’ami de Mark Zuckerberg dans The Social Network, avait été grandement saluée. Côté casting féminin, la nouvelle star adulée, belle comme un cœur,  Emma Stone, campera Gwen Stacy, premier amour de Peter dans les comics originels alors que question méchant, Rhys Ifans sera Le Lézard.

Marc Webb a du pain sur la planche car le pauvre cinéaste passe derrière un Sam Raimi qui a comblé de bonheur les fans de la première heure de Spidey. Pour cela, il lui faut trouver sa propre voie et le script préparé par Sony (avant même que Raimi ne quitte le projet mais anticipant bassement ce lâchage attendu, dans son dos) pourrait l’y aider car ce reboot essaie de se différencier de la saga Raimi-esque. Tout d’abord, par un ancrage plus réaliste et moins fantaisiste, retirant pas mal de l’innocence qui faisait la force des versions précédentes, tempérant avec féerie les sombres embardées dramatiques et mélancoliques de l’histoire de cet adolescent meurtri. The Amazing Spider-Man est un mélange empruntant quelques éléments au comics de base du même titre mais s’appuyant surtout, pour une grande majorité de sa trame, sur la néo-version Ultimate Spiderman, créée en 2000 pour rafraîchir le mythe et le reprendre à zéro pour une nouvelle génération de lecteurs qui aurait maintenant trop de retard sur l’ancienne. On découvre donc l’importance du drame de la mort de ses parents, plus approfondi, la toile organique propulsée cède sa place à un mécanisme fabriqué etc. Plusieurs différences mais rien qui ne donnerai lieu à un sacrilège, Webb s’appliquant à se montrer lui-aussi fidèle à l’esprit, et du comics, et de l’univers du super-héros en général, avec une trame dont les codes sont respectueux de l’imaginaire du genre entre un jeune héros torturé qui se retrouve transformé, héritant aussi bien de pouvoirs que de responsabilités grandes mais aussi un méchant qui ne l’est pas fondamentalement à l’origine mais qui va le devenir en dérapant de sa noble quête par péché d’orgueil, de vanité et par un drame qui va lentement l’amener du côté obscur non pas de la force mais de l’âme.

Avec The Amazing Spider-Man, Marc Webb s’applique à faire bien et fait preuve de bonnes intentions. Malheureusement, son film vit dans l’ombre permanente des illustres versions de Sam Raimi sans jamais parvenir à les égaler de loin comme de près. Le récit initiatique du jeune Peter Parker est toujours présent et le cinéaste tente de le rendre plus sombre et de l’articuler au drame de la mort de ses parents qui le hante depuis toujours. Sauf que jamais il ne parvient à avoir toute la richesse et la subtilité du premier opus de 2002 qui jouait subtilement sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Dans le contenu, le mélange entre psychologie humaine et séquences d’action spectaculaires fait preuve de moins de fluidité et surtout de grâce poétique et même si la maîtrise technique de Webb est là, lorgnant en revanche complètement vers le style Raimi qui avait tant plu et été loué, il n’atteint jamais l’excellence et le grandeur avec un film qui peine à trouver sa voie, plus maladroit, plus fade et gérant bien mal toutes les choses dont il veut parler sur du coup une durée excessive de 2h20 contenant du déchet. Côté effets spéciaux, avec son budget astronomique de 260 millions de dollars, The Amazing Spider-Man peut bien sûr se vanter d’avoir de beaux effets numériques mais ces derniers ne servent pas à grand-chose si le design imaginé ne suit pas, ce qui est le cas pour le Lézard à la tête ridicule toute droit sortie d’un nanar genre La Créature du Marais ! Enfin, côté casting, pour un Andrew Garfield impeccable et qui apporte beaucoup au film à commencer par plus de réalisme que la tête de jovial heureux de Tobey j’ai-un-prénom-de-chien Maguire, on a une Emma Stone étonnamment mauvaise qui passe complètement à côté de ses scènes alors qu’on la sait pourtant très talentueuse.

Nouvelle version friquée et spectaculaire, The Amazing Spider-Man est une attendue semi-déception. Marc Webb fait du bon boulot et de son mieux mais malheureusement son reboot reste handicapé par les sommets atteint par son prédécesseur, le reléguant à une nouvelle version inférieure incapable de se hisser au-dessus d’elle et la copiant dans ses meilleurs moments alors qu’elle flanche quand elle s’en éloigne. Se pose donc un triste constat sur la finalité vaine d’un remake qui n’avait ni utilité ni justification et qui n’avait surtout aucune raison d’être. Et même s’il est un divertissant blockbuster estival, jamais il ne se posera en toile de maître comme les exploits filmiques d’un Raimi qui aura su transcender le genre et porter le cinéma pop corn dans des sommets que cette version contemple de loin avec frustration, souffrant de son existence nonsensique ou se côtoient quelques qualités plombées par beaucoup de défauts inhérents à la tentative de passer derrière des classiques des années 2000. Si les films de Sam Raimi n’avaient pas existé, fort à parier que l’estime accordée à cette relecture aurait été meilleure sans toutefois exalter mais en l’état, cet honnête travail paraît bien moins surprenant et s’attire moins de sympathique en essayant d’explorer les rares terrains non exploités auparavant mais sans passion ni lyrisme, avec juste son efficacité et ses quelques illuminations sombres et torturées intéressantes mais insuffisantes pour donner corps à une œuvre qui fait plus dans le minimum que dans l’embrassement total du mythe.

Bande-annonce :


The Amazing Spider-Man – Bande Annonce 1 VOST par SonyPicturesFr

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