RENCONTRE : LA MASTERCLASS DE CHRISTOPHER NOLAN À PARIS POUR INTERSTELLAR

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Le cinéaste Christopher Nolan (Memento, Le Prestige, Inception, la trilogie The Dark Knight) était à Paris pour présenter son nouveau long-métrage, le très attendu Interstellar avec Matthew McConaughey, Jessica Chastain, John Lightow, Michael Caine, Anne Hathaway, Casey Affleck etc… Le récit de l’aventure d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire. Avant le film, le cinéaste a participé à une petite masterclass introductive, animée par Fabrice Leclerc, rédacteur en chef de Studio Ciné Live. Masterclass que voici… Retrouvez également notre avis sur Interstellar, au cinéma le 05 novembre prochain.

Dans l’évolution de votre carrière, est-ce que c’était pour vous le bon moment pour réaliser Interstellar ?

J’ai toujours été un grand fan de science-fiction. Je me souviens de plein d’expériences que j’ai vécu étant enfant, comme la découverte du premier Star Wars. Et quand ce film est sorti, plein d’autres sont ressortis comme le 2001, L’Odyssée de l’Espace de Kubrick. C’est la somme de toutes ces expériences et le fait d’avoir réalisé l’étendue des possibles du cinéma et le pouvoir qu’à la SF de vous emporter, qui m’ont donnés envie d’être réalisateur.

Alors qui dit Christopher Nolan, dit « des films extrêmement riches et aussi très mystérieux ». Ce sont des marques de fabrique de votre cinéma et c’est en partie pour cela qu’on est souvent fasciné par lui. Quels sont les thèmes de votre nouveau film, Interstellar ?

Je ne veux pas trop en dire avant que les gens voient le film mais c’est un film qui doit être interprété de manière très personnelle par toutes les personnes qui iront le voir. Pour moi, ce qui m’intéresse surtout, ce sont les personnages et le voyage émotionnel de ces derniers. C’est ce qu’est le film d’ailleurs, un voyage émotionnel.Nolan 9

C’est aussi un film différent des précédents…

C’est un film qui traite de beaucoup de thèmes qui m’intéressent depuis longtemps, notamment le thème du « temps ». Et plein d’autres comme vous le découvrirez. En repensant à tous les films que j’ai pu faire jusqu’à aujourd’hui, je dirai que c’est le film le plus humaniste que j’ai jamais fait. C’est un film qui a posé beaucoup de challenges. En tout cas, toutes les thématiques développées, je me les suis posées à moi-même et voilà… Je suis désolé de ne pas trop parler du film avant que le public le voit. Par mon expérience passée, il me semble que moins les spectateurs en savent et plus l’expérience est puissante.

Il y a une rencontre forte et essentielle dans le film, c’est celle avec Matthew McConaughey. Vous pensiez à lui dès le départ ? Comment s’est faite la connexion entre vous ?

En fait, pour ne rien vous cacher, je n’écris jamais les scénarios en pensant à un acteur. Quand j’ai coécrit le scénario (avec son frère Jonathan Nolan – ndlr), je n’avais donc personne en tête. Et quand il a été terminé, j’ai regardé les personnages à jouer et presque immédiatement, Matthew McConaughey s’est imposé car il avait un peu tout. Ce côté fermier, ce côté pilote, ce côte bravache du cowboy. C’était l’incarnation idéale. Et puis aussi, c’est un comédien absolument phénoménal. Avoir travaillé avec lui, c’était une chance. C’est un peu le rêve de tout réalisateur de travailler avec un comédien comme ça. Il était parfait pour ce rôle.Nolan 3

Parlons un peu de Jessica Chastain. Elle interprète un personnage un peu fragile qui se révèlera moins fragile qu’elle en a l’air…

Je ne veux pas trop en dire… (rires dans la salle). Je dirai quand même que c’est un réel plaisir de travailler avec des comédiennes aussi talentueuses que Jessica Chastain ou Anne Hathaway. Ce sont des actrices fantastiques. J’avais déjà travaillé avec Anne Hathaway (sur The Dark Knight Rises – ndlr) et en ce qui concerne Jessica, je savais qu’elle était incroyable. Il suffit de la voir dans le film de Terrence Malik, The Tree of Life. En tout cas, vous verrez à quel point elles sont douées.

Il y a quelque-chose de fascinant chez vous, c’est votre capacité à garder le secret et le mystère. Surtout aujourd’hui, à une époque où l’on est saturé d’informations avec Facebook ou Twitter et que ça fuse de partout. Le mystère est essentiel pour vous au cinéma ?

Pour moi, cultiver le mystère est majeur. Faire un film est un processus très long. Je crois que le film que j’ai fait le plus rapidement, j’y ai passé deux ans quand même. Et si on n’essaie pas de sauvegarder le mystère, de préserver le secret autour d’un film et de son tournage, quand celui-ci sort, le public en saura trop. Et son expérience ne sera pas aussi fraîche, aussi nouvelle, aussi excitante qu’elle aurait pu l’être. C’est un peu comme lorsqu’on est enfant et qu’on veut savoir les cadeaux que l’on aura à Noël. Ils sont là, il y a l’emballage autour et on se dit « ah, je pourrais l’ouvrir et savoir ce qu’il y a dedans ». Mais quelque part, c’est tellement plus agréable d’attendre et de découvrir au dernier moment, le jour de Noël, c’est ce qu’il y a dans l’emballage cadeau. C’est l’image que j’ai du secret et du mystère autour d’un film.Nolan 8

Vous avez beaucoup travaillé, comme sur vos autres films mais plus particulièrement sur celui-ci, sur l’image et le son. Sans trop en dire, vous aviez vraiment cette volonté de retour à un cinéma plus sensitif ?

Vous savez, ce thème de l’exploration spatiale m’intéresse depuis longtemps et c’est vrai que je voulais rendre compte de ça avec le maximum de réalisme possible. Beaucoup de films m’ont inspiré pour ça. J’en ai évoqué deux ou trois tout à l’heure, mais il y a aussi L’Etoffe des Héros de Philip Kaufman, qui date de 1983. A l’époque, on avait moins accès aux effets spéciaux et pourtant, le film est incroyablement réaliste. Du coup, je ne voulais pas que pour Interstellar, on s’appuie essentiellement sur les effets spéciaux. Bien sûr qu’il y en a car on ne peut pas montrer certaines choses autrement, mais d’une certaine manière, je voulais garder au maximum les choses en vrai, en dur, des choses qu’on pouvait toucher… Et ça se sent je crois dans le résultat. Après, est-ce que c’était le meilleur choix, je ne sais pas, ce sera à vous d’en juger, mais en tant que réalisateur, c’est tellement plus agréable de tourner dans de vrais décors, d’avoir tout ça à portée de main. Ca renforce le réalisme et le plaisir du cinéaste.

Vous êtes ici en France, le pays où le cinéma a été inventé (bon, tout ce discute – ndlr). Il y a de grandes références, Méliès par exemple. Vous connaissez son cinéma ? Il a compté pour vous dans ce retour à un cinéma de SF épuré ?

J’ai toujours été intéressé par les cinéastes qui ont été des influences. On a tous des influences, conscientes ou non. J’avais vu des passages des films de Méliès il y a longtemps et ça m’avait vraiment intéressé. Ca m’avait poussé à rechercher ses films et à les voir en entier. Il est en effet une source d’inspiration formidable pour un réalisateur actuel. Ce retour au tout début du cinéma et cette capacité de faire des films avec des moyens et des techniques qu’on a presque oublié de nos jours. Justement, je voulais revenir à ce cinéma là et j’ai revu beaucoup de films muets pour préparer Interstellar. Et c’est une joie en tant que réalisateur de pouvoir avoir ces films là comme influences, faits avec des techniques très différentes. Pour revenir au travail de Méliès, l’idée était de revenir à cette espèce de « tour de magie originel » quelque part, qui marquait le tout début des effets spéciaux.Nolan 2

Dernière question, vous êtes sûrement l’un des plus grands metteurs en scène contemporains du cinéma. Quelle est justement votre définition du cinéma ?

Donner une définition du « cinéma », c’est quelque-chose de très difficile. En tout cas, pour moi, ça l’est. Ce qui est sûr, c’est que c’est très difficile de voir des films aussi purs en terme de « cinéma », du moins tel personnellement je le conçois, que 2001 L’Odyssée de l’espace de Kubrick, par exemple. Pour moi, le cinéma, c’est quelque-chose qui ne peut pas être quelque-chose d’autre. Ca ne pourrait pas être un film, ça ne pourrait pas être une pièce de théâtre… Ca ne pourrait être rien d’autre, c’est vraiment quelque-chose qui appartient à ce médium en tant que tel. C’est difficile de définir cela mais quand on pense à des films comme 2001 L’Odyssée de l’espace, ou Lawrence d’Arabie par exemple, ce sont des films que l’on ne peut pas envisager autrement qu’avec ce médium qu’est le cinéma.

Un commentaire à propos de “RENCONTRE : LA MASTERCLASS DE CHRISTOPHER NOLAN À PARIS POUR INTERSTELLAR

  1. Pour être complet, en sus de 2001 A Space Odyssey et Lawrence of Arabia, Christopher Nolan cite The Thin Red Line (ce que n’a pas traduit le traducteur)

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