MR TURNER de Mike Leigh
#Cannes2014 – Critique – Sortie Ciné

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198016.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 3.5 -10
Carte d’identité :
Nom : Mr Turner
Père : Mike Leigh
Date de naissance : 2014
Majorité : 03 décembre 2014
Type : Sortie en salles
Nationalité : Angleterre
Taille : 2h29
Poids : Budget NC
Genre : Biopic, Drame
Livret de famille : Timothy Spall (J.M.W. Turner), Paul Jesson (William Turner), Dorothy Atkinson (Hannah), Marion Bailey (Mrs Booth), Karl Johnson (Mr Booth), Ruth Sheen (Sarah), Sandy Foster (Evelina)…

 Signes particuliers : Les grands hommes à l’héritage pharaonique n’ont pas forcément de grandes histoires personnelle derrière eux. C’est le problème de J.M.W. Turner et par répercussion du film de Mike Leigh.

DANS LA TOILE DE MIKE LEIGH

LA CRITIQUE

Résumé : Les dernières années de l’existence du peintre britannique, J.M.W Turner (1775-1851). Artiste reconnu, membre apprécié quoique dissipé de la Royal Academy of Arts, il vit entouré de son père qui est aussi son assistant, et de sa dévouée gouvernante. Il fréquente l’aristocratie, visite les bordels et nourrit son inspiration par ses nombreux voyages. La renommée dont il jouit ne lui épargne pas toutefois les éventuelles railleries du public ou les sarcasmes de l’establishment. A la mort de son père, profondément affecté, Turner s’isole. Sa vie change cependant quand il rencontre Mrs Booth, propriétaire d’une pension de famille en bord de mer.405872.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx L’INTRO :

Mike Leigh appartient à cette catégorie des « anciens » de la scène cinématographique anglaise aux noms sonnant comme des institutions, à la manière d’un Ken Loach ou d’un Stephen Frears. Pilier régulier du cinéma britannique ayant participé à élaborer un grand cinéma d’auteur européen et œuvrant depuis le début des années 70 malgré une filmographie pas forcément des plus étoffée (13 longs-métrage en plus de 40 ans), cet artiste insaisissable, unique et toujours intéressant, est capable de surprendre à chacun de ses travaux, généralement attiré vers un doux mélange de comédie et de drame explorant le quotidien des classes populaires. Pour son retour quatre ans après Another Year, Mike Leigh retrouve le film historique, dix ans après son magnifique et émouvant Vera Drake. Le cinéaste s’engage dans un biopic partiel s’attachant aux dernières années de la vie du célèbre peintre du XIXème, J.M.W Turner, souvent perçu comme l’un des précurseurs du courant impressionniste. Ce rôle fort d’un artiste à bien des égards singulier, Leigh le confie à son comédien fétiche Timohy Spall, acteur au physique aussi atypique qu’il n’est un génie de la comédie, caméléon naviguant entre les genres, les styles, les courants, les auteurs… Mr Turner est l’occasion pour Leigh d’une cinquième invitation sur la Croisette, 18 ans après la Palme d’or décernée à son Secrets et Mensonges.441332.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

L’AVIS :

Les grands hommes n’ont pas forcément une grande histoire au-delà de leur œuvre. Voilà qui contredira probablement bien des croyances et pourtant… C’est en tout cas tout le problème de Mr Turner, le dernier Mike Leigh. En s’attaquant aux dernières années de la vie du peintre-aquarelliste J.M.W Turner, entré dans l’histoire pour la manière avec laquelle il a renouvelé l’appréhension de la lumière dans l’art pictural, le cinéaste tombe sur un écueil : en dehors de son œuvre extraordinaire et fondatrice et de ce qu’elle a apporté à la peinture (et pas que), Turner n’a pas eu une vie suffisamment riche pour nourrir un biopic, aussi partiel soit-il, même motivé par une envie de mettre en lumière son fabuleux travail et son importance dans l’histoire de l’art. De fait, sur une durée très conséquente de près de 2h30, Mr Turner ennuie terriblement. On pourra se contenter de la beauté des images du cinéaste britannique qui résonnent avec la beauté minutieuse des travaux de Turner, on pourra vanter l’exceptionnelle prestation d’un Timothy Spall monumental d’abnégation et d’abandon à son personnage (et couronné d’un Prix d’interprétation masculine bin mérité), on pourra aussi en appeler au portrait formaliste d’un talent fondateur et majeur ou à la réflexion sur les angoisses de l’artiste, mais tout cela n’ôtera jamais la décharge d’embêtement et de lourdeur délivrée par Mr Turner, beau film mais terriblement pauvre en terme de cinégénie narrative pure et surtout soporifique à souhait.21051844_20131022183301561.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Mr Turner a d’indéniables qualités qui parlent pour lui, ses axes d’appréhension sont nombreux et on louera sa richesse formelle, historique, philosophique, didactique aussi dans ses efforts pour s’emparer d’un art complexe tout en essayant de le rendre saisissable aux néophytes, même si cette ambition n’est pas toujours atteinte. Mais reste que ce voyage confectionné dans la grande histoire de la peinture est une torture à la langueur si pesante qu’elle vient ôter tout le plaisir qu’aurait pu procurer cette exposition instructive et enrichissante. Car Leigh essaie de s’extraire du cours théorique qu’il donne et c’est tout à son honneur, s’efforçant de rendre son œuvre intelligemment et culturellement ludique, profonde et amusée, esquissant le portrait d’un homme complexe à la bonhomie rustre magnifiquement touchante en captant la force merveilleuse de son existence marginale. Mais en surface, en dehors de son apport à l’art pictural et ce qu’il pourra engendrer, la vie de J.M.W Turner fut bien peu palpitante d’un point de vue narratif ou plutôt, Mike Leigh a bien du mal à nous la rendre palpitante. Et Mr Turner de tourner péniblement en rond autour de ses intentions pédagogiques, non sans une forme de stérilité doublée d’une absence d’émotion et de plaisir. Ambitieux, finement travaillé et plastiquement composé, Mr Turner ne se donne jamais les moyens de ses intentions et son didactisme assommant finit par nous plonger dans une léthargie aux allures de souffrance alors qu’il est d’une redondance fatale. Un puissant somnifère étiré sur 2h30 extrêmement pénibles, malgré un impressionnant Timothy Spall qui n’aura pas volé son prix cannois.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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Un commentaire à propos de “MR TURNER de Mike Leigh
#Cannes2014 – Critique – Sortie Ciné

  1. Ouch, 3,5/10, je vous trouve un peu dur ! Pour les qualités citées ici, je trouve pour ma part qu’il mérite au moins la moyenne même si ce n’est clairement pas pour moi un incontournable. Je me méfie beaucoup beaucoup des biopics, mais il me faisait aussi envie pour son côté british celui-là. Je l’ai vu hier et il ne m’a finalement pas vraiment emballée non plus… C’est une belle adaptation, on y « croit ». Notamment grâce à la performance de Timothy Spall qui donne vraiment corps à ce personnage atypique et qui mérite bien sa récompense comme vous le soulignez. De belles images, une belle photographie. Mais pour ma part j’ai surtout été surprise et déçue de ne pas en voir plus sur la peinture elle-même, sur l’inspiration du peintre ! Et le film peine effectivement à retenir l’attention sur 2h30, je dois dire que j’ai tout de même senti le temps passer, ce qui n’est pas bon signe…

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