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MOMMY de Xavier Dolan
Critique – Sortie Ciné

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Spectateurs

166201.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 9 -10
Carte d’identité :
Nom : Mommy
Père : Xavier Dolan
Date de naissance : 2014
Majorité : 08 octobre 2014 (en salles)
Nationalité : Canada
Taille : 2h14 / Poids : NC
Type : Drame

Livret de famille : Anne Dorval (Diane), Suzanne Clément (Kyla), Antoine-Olivier Pilon (Steve), Patrick Huard (Paul)…

Signes particuliers : En deux mots, un chef d’oeuvre. Le surdoué Xavier Dolan a atteint une forme de maturité dans son cinéma, qui confère au génie pur. Mommy est l’un des films les plus puissants de l’année.

LE COMPLEXE DE LA MÈRE

LA CRITIQUE

Résumé : Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.Mommy L’INTRO :

Attention, le génie québécois Xavier Dolan réapparaît à tribord. On l’avait déjà aperçu il y a quelques mois à bâbord avec son magnifique Tom à la Ferme, le voici de retour avec Mommy, son cinquième long-métrage (il n’a que 25 ans, rappelons-le) qui a fait grand bruit du côté de la Croisette, déchaînant les passions et repartant du dernier Festival de Cannes avec le Prix du Jury. Le cinéaste retrouve à nouveau ses comédiens fétiches, de Suzanne Clément à Anne Dorval en passant par Antoine-Olivier Pilon, voit le toujours excellent Patrick Starbuck Huard se joindre à son univers, et se projette à nouveau dans un drame laissant une place de choix, pour ne pas dire centrale, à la figure de… « la mère ». Étonnant non ?493467.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxL’AVIS :

Xavier Dolan s’imprègne une fois de plus de son vécu, de son passé, de ce qui a fait de lui l’artiste et la personne qu’il est aujourd’hui, et couche sur pellicule une sorte de thérapie jamais nombriliste, jamais égocentrique, jamais prétentieuse. Passionnante et extraordinaire réflexion sur l’amour filial, l’amour tout court, sur le rôle de mère et la figure maternelle en général, sur le pardon, les difficultés existentielles, l’angoisse de la perte aussi… Mommy est un yoyo émotionnel terriblement fort, un drame cathartique à l’opposé du ton tragicomique d’un Guillaume Gallienne par exemple, le cinéma de Dolan étant plus torturé, plus sombre, plus douloureux mais néanmoins d’une prodigieuse luminosité. Les scènes s’enchaînent avec une grâce et une virtuosité qui n’ont d’égale que leur perfection, leur sincérité et leur puissance déboussolante. Car Mommy est de ces films qui assènent un coup, qui marquent au fer rouge, de ces films dont on ne se remet pas, déstabilisant le spectateur de ses bases les plus inébranlables pour tutoyer des sommets que seuls que les très grands sont capables d’atteindre.539215.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Avec une intelligence narrative, créative et une audace follement épatante, affirmant un peu plus le statut de petit génie surdoué et précoce de cet artiste déjà majeur malgré son jeune âge, Xavier Dolan accouche sans doute de son film le plus abouti, le plus parfait, le plus fascinant et bouleversant aussi. Saisi à vif à l’image des thématiques qu’il déploie, Mommy soulève le cœur et se révèle comme une détonation faite de colère, d’exaltation, d’énergie, de drôlerie, de dureté. Voilà une véritable sensation, un choc cinématographique salvateur, d’une intensité foudroyante. Pour son sujet délicat et abordé avec lucidité, complexité, subtilité et esprit. Pour sa finesse, notamment dans sa façon de disséquer les relations complexes entre son trio de personnages. Pour sa bande originale mélangeant l’électrisant et le désenchantement au rythme des chansons de Oasis, Dido, Andréa Bocelli, Céline Dion, Eiffel 65 ou Sarah McLachlan. Pour ses partis pris formels (le jeu sur le cadre et les formats d’image lourds de symbolique sur l’alternance entre le fatalisme et la lueur porteuse d’espoir qui s’entrechoquent tout au long du récit). Pour sa fluidité narrative où, même si l’on ressent la longueur conséquente du film (2h15), force est de constater que tout y est utile, pas de gras, pas de surplus, pas de fioritures, pas de chemins de traverses à s’y perdre, seulement de la chair dense et de la consistance pleine de sagacité et de discernement. Et enfin, pour sa distribution éclatante, du jeune Antoine-Olivier Pilon renversant en adolescent instable, crevant l’écran par son talent et son implication habitée, à une Anne Dorval formidable en mère tantôt irresponsable, tantôt follement aimante ou dépassée par les enjeux et la vie. Et que dire de Suzanne Clément, désarmante en femme fragile cherchant à se reconstruire et dont on perçoit à demi-mots les cicatrices béantes infligées par un drame cruel.481191.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Mommy est un chef d’œuvre, un met de choix passionné et passionnel, torturé et splendide, dérangeant et riche, pourvu d’une âme et d’un coeur, et qui appelle à une question. Que s’est-il passé à Cannes pour que la Palme d’Or puisse échapper à un tel film dont la sensibilité à fleur de peau nous écorche ?

Bande-annonce :

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