MANDELA : UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTÉ de Justin Chadwick
en salles – critique (biopic)

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21049925_20131018174754482.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 6
Carte d’identité :
Nom : Mandela : Long Walk to Freedom
Père : Justin Chadwick
Livret de famille : Idris Elba (Nelson Mandela), Naomie Harris (Winnie), Tony Kgoroge (Walter), Riaad Moosa (Ahmed), Fana Mokoena (Govan), Zolani Mkiva (Raymond), Simo Magwaza (Andrew), Thapelo Mokoena (Elias)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 18 décembre 2013 (en salles)
Nationalité : Afrique du Sud, Angleterre
Taille : 2h26
Poids : 35 millions $

Signes particuliers (+) : Un beau biopic classique, reprenant les fondamentaux de la vie de Nelson Mandela pour en dresser un portrait, sobre, consciencieux et fidèle. L’histoire du leader de l’Afrique du Sud est suffisamment forte pour faire tenir à elle-seule l’édifice. Ses excellents interprètes, son identité africaine, son cap fidèle à l’autobiographie source et sa façon d’articuler efficacement le combat historique à l’histoire personnelle de l’homme tout en tempérant ses excès hagiographiques inévitables avec un soupçon de nuanciation pas inintéressante, sont des « plus » notables aidant ce bel exercice à fonctionner dans tout son humanisme.

Signes particuliers (-) : Mandela n’a pas ce petit supplément d’âme et de génie qui transforme un très bon biopic en chef d’oeuvre, à plus forte raison quand la tâche qui lui incombe est impossible car résumer Nelson Mandela en 2h30 est une folie illusoire. Très scolaire et appliqué, il déroule avec sérieux les grandes pages de la vie de son sujet mais ne trouve pas le moyen de transfigurer son histoire. Visuellement, ses épisodiques efforts de mise en scène manquent d’adresse et de diversité, Mandela se révélant finalement meilleur quand il se contente de son classicisme général.

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Update : Nelson Mandela est mort. Une nouvelle qui provoque un émoi retentissant dans le monde entier. Hasard du sort, coïncidence malencontreuse, le premier vrai biopic « officiel » sur le guide de la nation sud-africaine était sur le point de sortir en salles. D’un biopic sur un tragique et puissant destin hors du commun, le film va désormais se transformer en hommage à feu un très grand homme… Quoiqu’il en soit, le visage de ce biopic vient de changer. Au point de se demander si ce papier a encore un sens à l’heure où il a été rédigé. Le décès du mythe vient de passer par là et c’est probablement toute la perspective et le regard que l’on aura sur cette oeuvre qui vient de vriller vers une toute autre direction. Du recul que l’on pouvait avoir à sa découverte, fort probablement qu’une dose massive d’émotion viendra nourrir sa future sortie. On débutera donc cette chronique qui vient de prendre une tournure différente par un simple : Rest in Peace Nelson Mandela. Le monde te pleure déjà. Et ce film n’est désormais plus un « simple film ». C’est un salut à sa mémoire.

 

RIP MANDELA…

Résumé : Né et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs et devenir un des leaders de l’ANC. Son arrestation le sépare de Winnie, l’amour de sa vie qui le soutiendra pendant ses longues années de captivité et deviendra à son tour une des figures actives de l’ANC. À travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond plus que jamais avec son combat pour la liberté, lui conférant peu à peu une dimension mythique, faisant de lui l’homme clef pour sortir son pays, l’Afrique du Sud, de l’impasse où l’ont enfermé quarante ans d’apartheid. Il sera le premier Président de la République d’Afrique du Sud élu démocratiquement.

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L’INTRO :

On pourrait pâlir à l’idée d’une énième récupération d’un symbole national étranger par ces diables cupides d’Hollywood avec en vue, la crainte d’une fresque pleurnicheuse calibrée avec cynisme pour tracer sa route vers les Oscars en surjouant la forme tire-larmes au lieu d’en privilégier la richesse du fond. Mais ce serait se tromper sur la nature de ce Mandela qui n’a en réalité rien d’américain, bien au contraire, puisqu’il s’agit d’un pur projet sud-africain coproduit financièrement avec la Grande-Bretagne. Le cinéma local porte sur grand écran l’un de ses propres mythes dans un mélange de respect profond et de fascination admirative, l’objectif étant de faire le film définitif sur le père fondateur du pays actuel.

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Profondément engagé dans la lutte anti-apartheid depuis les années 80, Anant Singh est l’un des plus importants producteurs de films sud-africains. Et ça faisait maintenant près de 16 ans que cet homme de cinéma établi s’acharnait à essayer de monter ce projet de biopic autour du mythe Mandela, lui qui ne pouvait même pas voir en salles ses premières productions pour cause de non-accessibilité au cinéma des « blancs » ! Son long combat aura finalement enfin abouti à cette fresque biographique de près de 2h30 narrant l’histoire du patriarche sur plus de 50 ans. Entretemps, la vie de Nelson Mandela aura déjà été approchée ou plutôt partiellement approchée par le cinéma. Et à plus forte depuis qu’il avance dans le grand âge et que sa santé chancelante ne cesse de faire frémir tout un peuple, et par extension le monde entier, terrifié à l’idée de perdre un jour le bien-aimé Madiba. Mais les rares exercices entrepris n’ont pas vraiment été concluants et surtout, aucun ne s’attachait à son histoire dans toute sa globalité et pour cause… Les droits de l’autobiographie Un long chemin vers la liberté, publié par Mandela en 1995 ont immédiatement fait l’objet d’une bataille et d’une surenchère acharnées assorties de demandes émanant de toute la planète. Mais c’est bien Anant Singh qui emporta la mise, adoubé par le leader qui lui en a cédé les droits exclusifs car pour lui, il s’agit là d’une « histoire sud-africaine » devant être racontée par un sud-africain. Il était temps de rendre justice (l’histoire d’une vie décidément) à ce symbole de l’Afrique du Sud et de porter fidèlement son histoire sur grand écran, en écartant les œuvres mineures que sont Goodbye Bafana de Bille Agust ou le catastrophique Invictus de Clint Eastwood. Fait de son vivant, le film a été un succès immédiat au box-office local où il vient de sortir. Fort à parier qu’il va devenir plus dans les jours à venir puis dans le monde entier. Car ce Mandela va connaître un destin associé à une tragique nouvelle.

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L’ampleur du projet et le pari risqué qu’il représentait, avaient de quoi effrayer plus d’un cinéaste, d’autant qu’il s’agissait d’adapter directement les mémoires propres autobiographiques de Mandela, sachant que son regard bienveillant serait directement posé sur l’entreprise. Anant Singh trouve un courageux en la personne du cinéaste anglais Justin Chadwick, connu pour son travail sur Deux Sœurs pour un Roi et qui signe là seulement son troisième long-métrage, trois ans après la comédie américano-kenyane Le Plus vieil Ecolier du Monde. Au scnario, un autre britannique, William Nicholson (écrivain et auteur du script de Gladiator). Pourquoi au final des anglais ? Car Singh estimait à juste titre, qu’un sud-africain aurait probablement manqué de recul face à sa gloire Mandela. Restait maintenant à trouver l’interprète idéal. Pas de débat là-dessus, et pas d’auditions pour le rôle non plus. Le talentueux Idris Elba fut immédiatement choisi et incarner Mandela au cinéma est une offre qui ne se refuse pas. Naomi Harris (Moneypenny dans Skyfall) se joint à une distribution essentiellement composée d’acteurs peu ou pas connus du public occidental.

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L’AVIS :

Il est des histoires qui sont suffisamment fortes en soi pour incarner à elle-seule le souffle nécessaire qui anime une œuvre de cinéma captant l’attention sans partage. La vie de Nelson Mandela en fait partie. Et du fait que ce biopic est entièrement basé sur l’autobiographie du grand homme, le résultat avait toutes les chances d’être objectivement, si ce n’est un chef d’œuvre, au moins un bon film fort, passionnant et émouvant. Emouvant comme la bouleversante existence de ce combattant martyr de la liberté et passionnant, même si pour beaucoup le sujet commence à être bien maîtrisé, car la vie de Mandela est une tragédie incroyable et une page de l’histoire en marche. Il était surtout important de prendre ses distances avec la fascination et l’admiration pour le guide national, afin de réussir un film qui rendrait justice à l’homme par un portrait empli de véracité, sans fard ni teint dégoulinant masquant ses doutes, ses erreurs, ses failles pour ne faire ressortir que le visage glorifié que l’on connaît déjà tous. La question de l’objectivité allait au centre de tout mais le manuscrit s’attachant fidèlement au livre biographique éperdument sincère, il présente du coup quelques aspérités qui apportent un peu de nuance au symbole et qui élève cet exercice au départ périlleux. Le poids de l’immense respect plane quand même au-dessus de l’œuvre mais globalement ce Mandela : Un long chemin vers la liberté s’en sort plutôt bien…

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Mandela est très bien exécuté, beau, intense, bouleversant parfois. De façon certes un peu hagiographique, Justin Chadwick retrace la vie d’un homme essentiellement par l’âme de son combat pour la liberté du peuple sud-africain et s’ancre aux ambitions du projet de livrer un film total et presque définitif sur Madiba. Le cinéaste se montre appliqué, propre, sérieux, consciencieux, et effectue un boulot de faiseur minutieux peut-être un peu trop impressionné par la sensibilité de son entreprise imposante. Un cap qu’il aurait peut-être dû tenir jusqu’au bout et sans relâche d’ailleurs, car en allant subrepticement chercher un minimum de créativité par petites touches glissées ça et là, il dévie parfois de la justesse sobre qui caractérise la globalité de son long-métrage. Ironiquement, c’est dans ces moments où il essaie d’apporter un soupçon de mise en scène au classicisme de sa réalisation  que le résultat est le moins adroit ou inspiré, le film se mettant à ressembler a une bande-annonce esthétisée de lui-même.

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Il manque à Mandela : Un long chemin vers la liberté cette petite longueur qui sépare un bon biopic d’un chef d’œuvre. Ce petit supplément d’inventivité, de talent, de génie, qui fait la différence et transfigure une œuvre au-delà du sujet qu’elle évoque. S’il ne se hisse pas sur cette dernière marche ultime, Mandela reste cependant dans le haut du panier du genre. Un film studieux et bien concentré sur l’articulation de la vie de son personnage avec l’histoire révolutionnaire d’une nation longtemps traumatisée et marquée par la pire des injustices de masse. Impossible bien entendu de ne pas évoquer également la qualité de l’interprétation excellente d’un Idris Elba qui ne cesse de prouver son talent, tout comme la jolie Naomi Harris très impliquée dans son rôle de Winnie Mandela, la femme de Nelson.

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La tâche de faire rentrer en seulement 2h30 une vie aussi riche, longue et jalonnée d’évènements majeurs que celle de Nelson Mandela, était de toute façon confrontée à l’impossible. Le producteur Singh, le réalisateur Justin Chedwick et le scénariste William Nicholson s’appliquent à faire ce qu’ils peuvent pour garder l’essentiel avec concision. Un « essentiel » qui sera sûrement matière à débat dans les choix entrepris par ce biopic. Certains points sont écartés (la manière dont il entrepris concrètement la réconciliation entre blancs et noirs), d’autres rapidement survolés de sorte à en avoir les notions de base, d’autres encore très largement développés. Chacun aura son opinion quant aux partis pris des choix façonnant l’ensemble, jugés judicieux ou non, mais globalement, ce Mandela : Un long chemin vers la liberté est un beau film qui éclairera dans les grandes lignes (pour ceux, s’il en existe, qui seraient passés à côté) sur les étapes de la vie du mythe africain, de son engagement malgré lui dans la cause à sa radicalisation forcée, en passant par sa captivité, les relations avec son épouse, la montée de leur opposition, le dénouement politique… Même si certains raccourcis gênent une progression narrative que l’on trouve parfois trop rapide, dans tous les cas, reste un récit fort, dur aussi, et bien entendu nourri aux valeurs humanistes défendues par « l’homme sage ».

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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