Passé sous le radar du jury au dernier festival de Cannes dont il est (tristement) reparti bredouille,
en France) réunit les talentueux Paul Mescal et Josh O’Connor (qui défendait deux films sur la Croisette avec
) pour incarner cette adaptation d’un roman de Ben Shattuck, lequel cosigne le scénario avec le réalisateur Oliver Hermanus. À l’instar du livre,
raconte l’histoire de deux étudiants en musicologie qui vont se rencontrer dans un bar en 1916. Liés par une passion commune pour la musique, ils vont également se lier amoureusement, puis professionnellement quand ils entreprendront ensemble un road trip à travers le Maine pour y collecter sur cylindres phonographiques, des chansons folkloriques traditionnelles en voie de disparition faute de transmission générationelle.
L’entame est séduisante, surtout pour les mélomanes. Oliver Hermanus y filme les chansons traditionnelles comme l’expression des douleurs profondes des hommes exorcisées à travers des paroles chargées en intenses émotions. On pense de loin à la magistrale séquence musicale du
Sinners de Ryan Coogler. Les chants folkloriques lourds de sens sont les vraies stars du film, plus que les comédiens dont on s’apprête à suivre les trajectoires. Omniprésents, ils balisent le parcours auditivement sensoriel d’un spectateur happé par leur profondeur résonnante. Hermanus tenait quelque chose qui relevait de l’expérience pénétrante. Le lien amoureux entre ces deux jeunes étudiants en musicologie semblait n’être qu’un fil narratif tendu pour soutenir un portrait de la puissance de la musique et des chants comme transmission du vécu commun d’hommes et de femmes à travers les âges. Exigeant, pour ne pas dire mal-aimable parfois, de par son rythme lancinant époux d’une poésie mélancolique qui passe avec langueur,
The History of Sound serait presque d’un ennui abyssal s’il n’était pas aussi beau et aussi mystérieusement fascinant. L’alchimie entre ses comédiens, la douceur du conte, la beauté de sa photo aux teintes passéistes, la perfection du cadre toujours à la juste valeur,
The History of Sound s’impose lentement mais sûrement comme une sacrée pièce de cinéma.
Et puis il y a ce sujet, passionnant, sur la sauvegarde d’un patrimoine traditionnel en passe de se perdre. En déambulant dans les campagnes du Maine pour enregistrer ces chants folkloriques transmis de génération en génération, nos deux apprentis musicologues ne font pas qu’un travail de collecte musicale, ils enregistrent une histoire des hommes, gravent une trace de leur mémoire collective, captent pour le futur une culture et des coutumes incarnées dans un art oral. La noblesse du film est de garder sa touchante romance homosexuelle en toile de fond, de sorte à ce qu’elle n’empiète pas sur le sujet, de sorte que The History of Sound ne devienne pas un simple Brokeback Mountain musical, sans faire injure au classique d’Ang Lee. Ce sujet, c’est cette idée exprimée dans une phrase magnifique : « La vie, ce n’est que des problèmes. Tu peux choisir d’en pleurer ou les chanter ». Bouleversante manière de dire toute la portée d’un art vocal qui, depuis toujours, n’a eu de cesse d’imprimer une trace de son époque.

Mais à croire que l’adage affirmant que toutes les bonnes choses ont une fin dit vrai, Olivier Hermanus switche à mi-parcours la hiérarchie de ses sujets. Le cœur vibrant de la musique recule derrière le drame romanesque et persiste seulement en pointillé dans un film désormais un brin plus conventionnel, certes émouvant mais un peu moins passionnant. La fin a beau restituer le propos de l’ensemble dans un intense monologue chargé d’émotion, il donne néanmoins l’impression d’être piégé dans un élan dramatique en quête de larmes bouleversées.
Si l’on peut ainsi y voir un ensemble quelque peu inégal, ou du moins un ensemble légèrement piqué par quelques petites faiblesses, reste que Le Son des Souvenirs est une œuvre souvent splendide, profonde, d’une grande finesse affichée et d’une grande virtuosité masquée. Il s’y mélange avec grâce et maîtrise, un tourbillon de poésie mélancolique, de ballades envoûtantes, de regard sur l’histoire, d’analyse musicologique, de devoir de préservation et de transmission d’un héritage ancestral, de parfum nostalgique aussi, de chagrin endeuillé, de romance passionnée (pour y fois traitée sans le prisme de la honte intime). Un tourbillon auquel s’ajoute des performances d’acteurs subtiles et une indéniable splendeur formelle. Et Le Son des Souvenirs de se hisser d’ores et déjà parmi les grands films de l’année.