CARRIE, LA VENGEANCE de Kimberly Pierce
En salles – critique (fantastique)

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21025827_20130808174042189.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 3
Carte d’identité :
Nom : Carrie
Père : Kimberly Pierce
Livret de famille : Chloë Grace Moretz (Carrie), Julianne Moore (Margaret), Judy Greer (Miss Desjardin), Portia Doubleday (Chris), Gabriella Wilde (Sue), Ansel Elgort (Tommy Ross), Alex Russell (Billy), Max Topplin (Jackie)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 04 décembre 2013 (en salles)
Nationalité : USA
Taille : 2h03
Poids : 30 millions $

Signes particuliers (+) : On cherche, on vous tient au courant dès qu’on a trouvé un truc.

Signes particuliers (-) : Déjà que le simple projet de repasser derrière le chef d’oeuvre de De Palma représentait un pari casse-gueule, Kimberly Pierce ne fait rien pour arranger son affaire en faisant preuve d’une cruelle absence de vision, de style et d’imagination pour justifier son affaire autrement par seul impératif de modernisation d’un « vieux film ». Carrie version 2013 tire vers la purge abyssale, à la fois mal jouée, sans idées, sans mise en scène, et particulièrement idiote, vidant tout le roman et le classique originel de son sens et de ses thématiques fortes. En plus d’être inutile, c’est mauvais et sans aucune puissance incarnée. Ça fait beaucoup, même pour le courageux qui tentera de le dissocier de son modèle pour le prendre tel qu’il est vraiment. Reste un film d’épouvante d’une triste banalité, privilégiant le démonstratif à la force de la suggestion et à l’intelligence de la psychologie. De Palma avait signé un drame fort. Pierce signe un film fantastique faible. Bref, l’original n’est même pas chatouillé au niveau du petit orteil.

 

UNE CARRIE PARTICULIÈREMENT DOULOUREUSE EN BOUCHE

Résumé : Timide et surprotégée par sa mère très pieuse, Carrie est une lycéenne rejetée par ses camarades. Le soir du bal de fin d’année, elle subit une sale blague de trop. Carrie déchaîne alors de terrifiants pouvoirs surnaturels auxquels personne n’échappera…

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L’INTRO :

Une nouvelle version de Carrie… Soit. On prend une immense respiration, on se relaxe et on évite de fulminer dès le départ même si ce n’est pas l’envie qui nous en manque. Parce que l’idée est certes saugrenue en soi, mais après tout pourquoi pas. Le très jeune public n’est pas forcément au fait du classique légendaire de Brian De Palma et ce n’est même pas sûr qu’il sache qu’à la base, Carrie est un roman de Stephen King paru en 1974 alors… Mais sans vouloir prendre la jeune génération pour plus bête qu’elle n’est, reconnaissons surtout que l’entièreté du projet est branlant et risqué dans ses fondations après la magistrale adaptation de Brian De Palma en 1976. Plus objectivement, se lancer dans une nouvelle mouture implique deux voies possibles. La première, remaker un film aussi culte qu’il n’était singulier. Ce qui semble extrêmement compliqué voire impossible car le Carrie version De Palma a toujours eu cette réputation d’œuvre unique, emblématique d’une époque où le cinéma jouissait d’une liberté de transgression incroyable. Impossible à refaire aujourd’hui donc. La seconde option, plus viable au demeurant, tourner complètement le dos au film initial, reprendre le roman originel de Stephen King, et s’attacher à en offrir une nouvelle vision, une adaptation qui prendrait une autre direction ou qui, tout simplement, s’appliquerait à suivre le livre plus à la lettre, chose que n’avait pas faite De Palma qui avait su le trahir dans l’intérêt de son film et des thématiques qu’il avait choisi d’embrasser. La découverte de cette mouture 2013 montre que le film a étudié ses options et choisi son parti. Ce ne sera pas celui de la relecture (même si l’on sent par moment que l’envie le titillait) mais bel et bien celui complètement suicidaire du remake pur et simple. Au point même, de voir Carrie 2013 calquer une bonne partie de ses scènes sur le film de 1976 au plan par plan ou presque.

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Ce n’est pas la première fois que l’on essaie de repasser derrière Brian De Palma. Si on a laissé tranquille Carrie pendant un bon moment, probablement parce que sa perfection et son aura foutaient les jetons à toute tentative, en 1999, Katt Shea tenta vainement de se mesurer à lui avec une suite, Carrie 2 : La Haine. Le résultat : Carrie 2 : la purge. En 2002, il y eut le DTV signé David Carson. No comment. Et voilà la jeune fille aux pouvoirs télékinésiques qui fait son grand retour presque 40 ans après la parution du roman source. La patate chaude atterrit dans les mains de la cinéaste Kimberly Pierce, réalisatrice suffisamment inconsciente et moralement blindée pour prendre le risque de se prendre une pluie de cailloux enrobés de barbelés. Sa carrière n’est pas très prolifique mais un titre intéresse plus particulièrement : Boy’s dont Cry en 1995 et son remake en 1999 avec Hilary Swank. Rassurant pour ceux qui connaissent le film, car au moins Pierce a le mérite d’avoir su, par le passé, traiter des angoisses de l’ado à la construction identitaire troublée, torturé et mal dans sa peau, écartelé par une personnalité duelle.

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L’AVIS :

Maintenant soyons clair et imposons une évidence. Regarder ce remake par le prisme de l’original reviendrait à lui tirer une balle à bout portant sans même lui laisser une chance de se défendre. Comme abattre dans le dos un homme désarmé au fusil à pompe gros calibre. Par souci de fair-play vis-à-vis du travail accompli par Kimberly Pierce, son casting et son équipe, il est donc indispensable de dissocier les deux œuvres, de laisser le De Palma là où il est au panthéon des plus grandes œuvres de l’histoire du cinéma, et d’appréhender cette nouvelle mouture avec un regard le plus neuf et neutre possible en se disant que bien entendu, il n’a aucune chance d’égaler son homologue mais que peut-être, il essaiera modestement de le rafraîchir pour un public peu désireux d’aller dépoussiérer des films de 35 ans d’âge. Que peut-être il s’efforcera, à défaut d’être aussi bien et profond que son modèle, d’être au moins efficace et intéressant. Ou dans le meilleur des cas, qu’il surprendra en ayant l’intelligence d’aller dans des directions non-empruntées par le classique incontournablement référentiel…

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Première scène, première crainte. C’est avec une introduction nouvelle et rajoutée à l’histoire mais qui frise le comble du ridicule, que l’on démarre un film qui déjà respire la catastrophe à des kilomètres. Faire grincer des fausses notes au bout de seulement 30 secondes de film, on pourrait presque prendre ça pour de la pure provocation. Pire, ceux qui avaient réussi à se calmer, à se détendre et qui étaient enfin enclin à donner une chance au film, se retrouvent d’emblée crispés, la mâchoire serrée, prêt à bondir à la gorge du métrage. Malheureusement, ce ne seront pas les occasions qui manqueront. La suite n’est qu’un amoncellement d’aberrations qui ne feront qu’enfoncer le film de minute en minute au gré d’un énervement passablement titillé. Oui, Carrie 2013 est un échec monumental et d’une inutilité crasse que rien ne vient sauver. Pas une idée (les rares insufflées sont mauvaises), pas une inspiration, pas une originalité, pas un écart pour trouver un minimum de personnalité propre.

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On ne sait pas trop quelle direction a voulu prendre Kimberly Pierce avec la catastrophe qu’est ce remake avec lequel on nage dans l’irréellement honteux. On ne sait même pas d’ailleurs si elle avait une direction, ou une vision globale du travail entrepris. Carrie 2013 n’est pas plus proche du roman de King que ne l’était le De Palma qui avait su intelligemment le trahir pour mieux le transcender en y apportant des idées et des thématiques lui conférant un visage encore plus figuratif et une dimension encore plus profonde. Dans le même temps, il semble aussi avoir le cul entre deux chaises. D’un côté, il calque une majorité de ses scènes sur le travail de De Palma comme s’il faisait dans la reproduction mimétique, et de l’autre, il essaie d’innover en insufflant quelques changements relevant du micro-détail d’une inutilité confondante de bêtise… Des idées innovantes ?! Ah mais oui, on vous jure qu’il y en a ! Avant la blonde était la peste, la brune était la plus gentille et nuancée. Maintenant, c’est l’inverse. Tu parles d’une idée ! Autre chose ? Avant, c’était le poème de Tommy Ross qui bouleversait Carrie en classe. Cette fois, c’est l’inverse. Génial, brillant, bravo l’artiste ! Mais bon, mis à part ces micro-changements stupides qui en revanche seront grandement utiles au cinéphile averti qui pourra grâce à eux, tromper son ennui en jouant au jeu des 7 erreurs par rapport au film de 1976 histoire de faire passer le temps, Carrie 2013 se borne à faire du copier-coller, allant jusqu’à imiter la mise en scène de De Palma au plan par plan mais curieusement le génie en moins et ce, sur des séquences ou pans entiers du film. L’intérêt ? Aucun. Et c’est bien là le problème. Juste le symbole des errements d’une réalisatrice qui ne semble absolument pas savoir quoi faire ni où aller…

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Carrie 2013 pue à plein nez le rafraîchissement d’un film en direction d’une nouvelle génération que l’on n’aide pas à se cultiver à autant lui mâchouiller le travail, le tout en profitant de l’aura et de la stature d’un chef d’œuvre tant de la littérature que du cinéma, pour faire un peu de fric. C’est ce qui est au final le plus gênant avec la désinvolture d’un film qui semble prendre pardessus la jambe son sujet. Le Carrie version De Palma a certes vieilli dans sa facture (fringues, certaines musiques, l’image) mais il a toujours aujourd’hui un impact totalement intact et n’apparaît jamais comme daté, bien au contraire. Cette version-là qui ne propose absolument rien de spécifique, est donc une aberration de futilité. Ici, le côté « spectaculaire » du roman a trouvé écho dans cette production de studio qui recherche davantage l’efficacité plutôt que le malsain, le psychologique ou le troublant. Autant d’éléments qui faisaient toute la personnalité et la richesse de la version de 1976 et dont ce Carrie est dépourvu, ce n’est pas à son avantage. Kimberly Pierce réactualise le film mais ne réactualise ni l’audace de l’époque en la transférant dans les codes figés du cinéma actuel pour les bouleverser, ni le génie éclatant qui traversait l’original à la mise en scène sidérante d’inventivité plastique et de splendeur déchirante.

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Concrètement, il ne reste plus rien de transgressif dans cette grosse production aseptisée qui fait preuve d’une bêtise de fond assez épatante et dépassant tout ce que l’on aurait pu prévoir. De même qu’il ne reste désormais plus rien des thématiques originelles du film sur la mutation du corps associée au trouble identitaire, au mal-être adolescent, à la religion etc… Les pouvoirs et la mythologie religieuse ne revêtissent plus la symbolique qu’ils avaient, la dimension psychologique angoissante a disparu, la relation mère-fille n’a plus la teneur intense, troublante et tendue qu’elle pouvait avoir, l’évolution du personnage se dessine avec fadeur… Consternant, le résultat est expurgé à tous les niveaux pour aboutir à un triste résultat lisse et sans intérêt. Autant de délaissements et de manquements qui s’accumulent mais à la limite, pourquoi pas si le film défendait autre chose. Sauf que ce n’est pas le cas. Carrie 2013 n’a aucune vision, une subtilité d’approche flirtant avec le degré zéro de la psychologie telle un tank dans un champ de lavandes, et nivelle par le bas la puissante histoire qu’il s’approprie pour en faire une ahurissante niaiserie sans émotion, sans force, sans caractère. Malgré ses plans identiques à son modèle probablement censés caresser le connaisseur dans le sens du poil pour le réconforter et l’attendrir en faisant appel à sa cinéphilie, mais qui en réalité finissent par irriter colossalement, ce Carrie là est une hérésie. On aurait bien voulu le séparer de son modèle, contre lequel il ne pouvait lutter de toute façon, mais encore eut-il fallu que l’on puisse y défendre quelque chose, ce qui apparaît bien vite impossible. Une purge est une purge et la distance n’y changera rien. Production superficielle et destinée au jeune public ne connaissant pas l’original ou n’en ayant cure, ce remake n’a visiblement rien compris à l’histoire qu’il aborde. Kimberly Pierce signe un film fantastique qui se veut clinquant là où De Palma avait eu le brio de s’engager avant toute chose dans un drame bouleversant et poignant d’émotion dans lequel le fantastique n’était qu’un moyen de le hisser vers une symbolique dévastatrice.

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Il ne restait donc plus qu’à se rabattre sur le minimum syndical attendu par ce type de production moderno-efficace, la terreur déployée par cette histoire prenant des allures de carnage dantesque. Et là au moins, qu’on se rassure, on trouvera de quoi se sustenter car du terrifiant, il y en a dans Carrie. Seul bémol, il n’est pas volontaire, puisque le plus effrayant dans cette affaire, c’est la prestation d’ensemble des comédiens totalement en roue libre. L’habituellement très douée Chloé Moretz insupporte autant qu’elle ne fait marrer par le ridicule de son jeu tout en hurlements, exagération, postures lamentables et caricature débile. Au moins, on pourra vraiment parler de « réappropriation d’un rôle » car pour le coup, à aucun moment elle ne renverra au souvenir de la saisissante Sissy Spacek. Le regard, les expressions de visage ou la gestuelle introvertie de la jeune actrice faisaient tout le boulot en 1976, lui conférant un pouvoir d’incarnation dément qui transperçait l’écran. A l’opposé, Chloe Moretz bien mal dirigée, couine, fait la moue, se roule parterre, exagère, remue les bras en faisant la grimace pour faire bouger des trucs façon David Copperfield du pauvre, et n’investit jamais le terrain de la nuance troublante, sans cesse dans la démonstration excessive rédhibitoire et pathétique. Pour sa deuxième incursion dans le remake (après Let me In, version US de Morse), on n’aura jamais vu la comédienne aussi catastrophique de toute sa jeune carrière. Mais qu’elle se rassure, la jeune femme n’est pas seule à bord du radeau en plein naufrage. Julianne Moore l’imite à merveille dans un beau numéro de cabotinage déplorable qui prête à sourire et à plus forte raison si remontent des réminiscences du pouvoir de terreur qui animait à l’époque une Piper Laurie habitée par une subtile folie. Et l’on ne parle même pas du reste de la distribution faite de belles gueules échangeables sans talent à tarter et sans charisme.

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On aurait presque envie de dire que ce remake est drôle de nullité. Le problème, c’est qu’il vient égratigner un tel monument du cinéma, qu’il inspire davantage de colère que de rigolade face à son ridicule navrant. Sans compter qu’il est fort à parier que les futures générations se souviendront peut-être plus de cette purge que du chef d’œuvre qui l’a précédé (sic) remontant maintenant à bien loin. Et cette vision aura de quoi faire frémir les passionnés de genre. On était très sincèrement parti avec la motivation de laisser le classique de côté et de juger ce remake à sa juste valeur en faisant abstraction de son statut de remake ou de relecture. Malheureusement, sa piètre qualité détruit toute possibilité de démarche dans ce sens. L’original remonte alors comme un ressort qui lâche et cette version signée Kimberly Pierce se fait broyer, coincé entre le poids écrasant de son modèle, et sa valeur intrinsèque détachée de lui, vautrée dans un consternant désolant. Il n’y a définitivement rien à sauver dans cette affaire à oublier d’urgence.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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