BLADE RUNNER 2049 de Denis Villeneuve : la critique du film

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Carte d’identité :
Nom : Blade Runner 2049
Père : Denis Villeneuve
Date de naissance : 2017
Majorité : 04 octobre 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 2h43 / Poids : NC
Genre
: SF

Livret de famille : Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto, Ana de Armas, Sylvia Hoeks, Robin Wright, Dave Bautista…

Signes particuliers : C’est beau… mais c’est long… Mais beau… Mais long…

PLUS QU’UNE SUITE, UN VRAI PROLONGEMENT AU MYTHE

LA CRITIQUE DE BLADE RUNNER 2049

Résumé : En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies… 

Le fera ou ne le fera pas… ? Ridley Scott a longtemps hésité à prendre en mains la suite de son Blade Runner. 35 ans après le film culte avec Harrison Ford, c’est finalement Denis Villeneuve qui s’est attelé à concrétiser le prolongement de l’univers tiré de l’œuvre de Philip K. Dick. Parce que Blade Runner est un classique de la SF, objet d’adoration souvent considéré comme l’un des meilleurs films de l’histoire du cinéma, la tâche était ardue pour le réalisateur de Prisoners et Sicario. Il était impératif de ne pas faire n’importe quoi avec un film vénéré par des générations entières de cinéphiles. Malgré une distribution de rêve, Ryan Gosling, Jared Leto ou Robin Wright s’invitant dans l’univers futuriste des Replicants aux côtés d’un Harrison Ford qui reprend son rôle de Rick Deckard, et malgré l’immense talent d’un Villeneuve qui a rarement déçus ses fans (et qui reste sur un bijou de SF avec Premier Contact), Blade Runner 2049 avait tout du défi casse-gueule dont on se méfiait prudemment. Mais visiblement, Villeneuve n’est jamais aussi à l’aise que dans les challenges.

Dire que le cinéaste a réussi sur toute la ligne serait exagéré. Dire qu’il a raté son pari serait une erreur. Dans Blade Runner 2049, il y a du bon, voire même du très bon, et du moins bien aussi. Mais globalement, Denis Villeneuve s’en sort avec les honneurs d’un chef d’orchestre qui vient d’achever une partition jugée impossible. D’abord, parce que le cinéaste a su capter ce qui faisait la force du film de Ridley Scott, tout comme il a su capter ce qui faisait la valeur des romans de Philip K. Dick. Là où certains auraient cédé à l’action à outrance, oubliant l’essence du matériau originel pour sombrer dans le pur divertissement décérébré (coucou les reboot de Total Recall ou Robocop), Villeneuve a opté pour une reproduction de son aîné. Non pas que Blade Runner 2049 soit une copie conforme de Blade Runner se limitant à faire dans la redite sans rien apporter de plus, mais disons que le cinéaste a su orchestrer un véritable prolongement, formel et spirituel, qui vient se rattacher avec brio à son aîné en ressuscitant son ambiance unique et sa philosophie narrative. À chaque plan, à chaque scène, on a en tête le fait que cette suite tardive ne trahit jamais son modèle. Au contraire, elle s’applique à en exhumer l’essence profonde, plastique comme thématique. En cela, les réfractaires à une science fiction « intelligente » auront du mal avec un film qui tord le cou aux standards du blockbuster traditionnel, privilégiant la lenteur et une atmosphère particulière à tout effet de spectaculaire. En somme, comme le film de 1982. Par principe et parce que le respect de Villeneuve pour son sujet est total, ce sequel est lent, mélancolique, philosophique, dense. Peut être un peu trop d’ailleurs. Au terme des conséquentes 2h30 qui composent le film, on en sortirait presque épuisé tant ce Blade Runner 2049 est d’une sur-richesse harassante. Denis Villeneuve, comme Scott avant lui, développe beaucoup de choses, beaucoup de questionnements, et injecte beaucoup de balises métaphysiques pour border son entreprise qui s’interroge sur la définition du soi, le besoin de filiation, l’angoisse de la solitude, le rapport entre l’individu et la société, ou encore la reproductibilité des mêmes erreurs. D’une nature très existentielle menant le film davantage sur les terres du drame que du thriller SF pur, Blade Runner 2049 finit par devenir une espèce d’anti-blockbuster étrange, souffrant du poids de ses plus nobles qualités.

On est séduit par ce pouvoir de fascination qu’il exerce à chaque instant, on est envoûté par cette spirale réflexive dans laquelle il nous happe alors que sa proposition se charge de mille et une couches de lecture. Mais dans le même temps, cette extrême densité finit par devenir abusive, et Villeneuve de pécher par excès de bien-faire. À vouloir être trop riche, trop intense, trop monocentré sur l’intelligence qui entend alimenter son cœur, Blade Runner 2049 finit par donner la migraine, d’autant que Villeneuve a ce tort d’étirer chaque scène jusqu’à frôler l’ennui, refusant tout sens du rythme au profit d’une expérience contemplative tournant autour d’un vacillement existentiel. En somme et de manière très ironique, Blade Runner 2049 aurait presque ce tort d’être trop brillant, ou du moins de trop vouloir le montrer au risque de dériver vers le pensum ennuyeux sur une quête existentielle abordée avec trop de lourdeur.

Mais au-delà de cette gêne, la même qui avait pu en rebuter certains devant le classique de Ridley Scott, Denis Villeneuve déploie une œuvre d’une maestria inouïe. C’est tout le paradoxe de ce Blade Runner 2049, que l’on pourra voir comme un interminable thriller d’anticipation trop méditatif, et dans le même temps, comme une plongée hypnotique dans un futur à l’amertume lancinante, qui captive par la seule force de ses images. Plus esthétisant que jamais, Denis Villeneuve signe un film d’une beauté à tomber, chaque plan relevant d’un effort de composition à la minutie quasi-névrotique. Pour le soin qu’il accorde à l’élaboration de ses images, du cadrage à la photo en passant par la direction artistique, le cinéaste signe probablement l’un des plus beaux films de l’année sur le plan purement formel. Une splendeur visuelle étourdissante qui donne lieu à des scènes incroyables, soutenues par le score emphatique d’un grand Hans Zimmer, qui magnifie cette quête de réponses doublée d’une quête identitaire. Et côté fan service, on ne manquera pas de souligner la subtilité d’un Villeneuve qui utilise caméos et références à bon escient, jamais gratuitement, jamais lourdement. 

Les amoureux du premier Blade Runner retrouveront leur chef d’œuvre à travers cette suite ultra-respectueuse et cohérente, qui réactualise l’original dans une époque où ce type de cinéma à contre-courant semble quasi-improbable à réaliser. En cela, 2049 tiendrait presque du miracle. Dommage qu’il s’alourdisse de tant de longueurs, lesquelles égarent parfois le spectateur, là où l’on aurait aimé voir Villeneuve se recentrer sur son récit plutôt que de filer dans des digressions dispensables (chaque apparition de Jared Leto est synonyme de verbiage ennuyeux, et l’intérêt de l’hologramme incarnée par Ana de Armas s’essouffle vite passée l’émouvante romance virtuelle). A de nombreuses reprises, on a l’impression de voir dans ce Blade Runner 2049, une œuvre qui patine et tourne en rond sur elle-même, subissant son manque de vigueur et alignant de superbes moments de bravoure sans vraiment se soucier de la dynamique de l’ensemble. Mais malgré tout, difficile de ne pas séduit par cette épopée à la fois gigantesque et intimiste, souvent bouleversante, et généralement proche de l’expérience immersive flamboyante.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

 

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