A GIRL WALKS HOME ALONE AT NIGHT de Ana Lily Amirpour : la critique du film & le test DVD [Sortie DVD]

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note 8 -10
Carte d’identité :
Nom : A Girl walks home alone…
Mère : Ana Lily Amirpour
Date de naissance : 2014
Majorité : 03 juin 2015
Type : Sortie DVD & VOD
(Éditeur : M6 Vidéo)
Nationalité : USA
Taille : 1h40 / Poids : NC
Genre : Épouvante, Romance

Livret de famille : Sheila Vand (la vampire), Arash Marandi (Arash), Marshall Manesh (Hossein), Mozhan Marnò (Atti), Dominic Rains (Saeed), Milad Eghbali (le petit garçon)…

Signes particuliers : Quand le cinéma d’auteur verse dans le genre, ça peut donner quelques coups d’éclat comme ce sublime A Girl Walks Home Alone at Night. Notons qu’Ana Lily Amirpour en a tiré depuis un roman graphique, disponible en librairie.

UNE BALADE VAMPIRIQUE ET VAMPIRISANTE

LA CRITIQUE

Résumé : Dans la ville étrange de Bad City, lieu de tous les vices où suintent la mort et la solitude, les habitants n’imaginent pas qu’un vampire les surveille. Mais quand l’amour entre en jeu, la passion rouge sang éclate…A GIRL WALKS HOME ALONE AT NIGHT 5 L’INTRO :

Reparti triomphant du dernier Festival de Deauville où il a raflé le Prix de la Fondation Cartier un peu à la surprise générale, A Girl Walks Home Alone at Night est le premier long-métrage de la réalisatrice irano-américaine Ana Lily Amirpour, qui adapte son propre court-métrage éponyme. Un film que la jeune cinéaste, ex-musicienne et chanteuse, présente comme « un western vampirique iranien », tourné en noir et blanc aux Etats-Unis mais en langue iranienne, et prenant place dans une citée fictive baptisée Bad City, en réalité inspirée de ces villes perdues au fin fond du désert californien.A GIRL WALKS HOME ALONE AT NIGHTL’AVIS :

Brassant des références cinéphiliques étendues allant de David Lynch à Sergio Leone, d’Abel Ferrara à Jim Jarmusch, en passant par le cinéma noir américain ou l’expressionnisme allemand, évoquant le Dreyer de La Passion de Jeanne d’Arc et Vampyr, les romans graphiques de Frank Miller comme Sin City ou encore inspiré des icônes du septième art telles que James Dean ou Sofia Loren, A Girl Walks Home Alone at Night est une œuvre magistrale d’une richesse inouïe, affichant un singulier mélange dans un travail iconoclaste qui ne croit ni au classicisme, ni à la linéarité, ni aux dialogues inutiles et pas plus aux effets qu’ils soient rhétoriques ou stylistiques, mais plutôt au pouvoir hypnotique de l’image, à l’étreinte enivrante du son, au déploiement d’une ambiance envoûtante… Très esthétisé, soutenu par une superbe bande originale puissante et un noir et blanc à se damner de profondeur, A Girl Walks Home Alone at Night est une étrangeté vibrante, la marque d’un immense cinéma à la fois fascinant, dérangeant, inconfortable, un cinéma qui bouge les conventions, qui déplace les codes, qui brise les traditions, pour se façonner dans un univers personnel aussi vampirique que son héroïne de l’ombre.A GIRL WALKS HOME ALONE AT NIGHT 3Dans l’austérité et la désolation d’une sorte de ville fantomatique évoluant en vase clos et dont il semble impossible de s’échapper, des corps se meuvent. Arash est de ces corps laconiques et sans ancrage autre que celui qui le rattache à Bad City, sa ville isolée aux allures de mante religieuse retenant ses membres entre ses griffes. On y sent la pesanteur attractive, le désœuvrement lancinant, la mort qui rôde… Une mort incarnée par une vampire qui observe, tapie dans l’ombre, sorte d’équilibre naturel soufflant le froid dans ce désert brûlant, traînant la mort dans ce théâtre vivant empli d’une calme étrangeté, équilibrant un microcosme avec ses allures de justicière inquiétante. Sombre et désespéré de premier abord, A Girl Walks Home Alone at Night est pourtant un film sur l’espoir. L’espoir de briser sa condition, l’espoir d’un renouveau, l’espoir d’un ailleurs, aussi difficile à atteindre soit-il, aussi impossible et lointain paraît-il. Il faudra pour cela, passer par du courage, par l’oubli, par l’acceptation de soi et des autres, par la douleur également, pour fuir cette terre de désolation austère.A GIRL WALKS HOME ALONE AT NIGHT 4Romance tragiquement lumineuse, drame confectionné dans l’anti-conte, thriller fantastique au rythme qui lui est propre, A Girl Walks Home Alone at Night est une pépite brute, un coup d’éclat brillant soufflant quelque-chose de neuf dans un cinéma horrifique dont il prend ses distances tout en s’y rattachant avec passion. Une fraîcheur atypique qui déroutera certainement les amateurs d’un cinéma traditionnel formaté mais qui saura gagner les cœurs des cinéphiles purs et durs désireux de tenter une expérience « autre ». Et rappelons que la chance sourit aux audacieux. A Girl Walks Home Alone at Night est une déclaration d’amour transgenre au cinéma, une invitation à pénétrer dans une autre dimension où le temps et l’espace ne comptent plus. Première œuvre magistrale et vénéneuse, au moins autant que son « héroïne » vampirique, une fabuleuse Sheila Vand à mi-chemin entre Asia Argento et Falconetti, A Girl Walks Home Alone at Night subjugue, terrifie, glace et réchauffe en même temps. Graphique et pourtant épuré, un seul mot la résume : magnétique. Un choc formel et sensoriel.1507-1

LE TEST DVD & LES SUPPLÉMENTS

Premier constat, le film d’Ana Lily Amirpour est d’une telle beauté envoûtante, que l’on ne pourra que regrettera l’absence d’une édition Blu-ray pour profiter au mieux et en haute définition de son formalisme somptueux. A Girl Walks Home Alone at Night n’est en effet disponible qu’en DVD et VOD. Certains diront que c’est mieux que rien compte tenu de sa confidentialité et du fait qu’il soit plutôt réservé à un public cinéphile averti, mais il n’empêche que l’on ne pourra qu’éprouver un petit sentiment de déception. Visuellement, le film souffre donc logiquement d’une image pas aussi optimale qu’elle aurait dû, même si le travail effectué sur le transfert reste très honorable, s’efforçant de rendre du mieux possible la performance chromatique et le travail artistique de la cinéaste sur son noir et blanc à la profondeur graphique et aux contrastes magnifiques. L’encodage est en tout cas soigné et permet de pallier un peu la déperdition. Un mot du choix des pistes son pour préciser que le film est uniquement disponible en version originale sous-titrée (ou en VO tout court). La VF aurait de toute manière trahi les intentions de l’artiste de tourner son oeuvre en langue iranienne. Les cinéphiles ne devraient de toute manière pas s’en plaindre.

a_girlDirection les suppléments. Si du coup l’on s’attendait à ne y rien trouver, M6 Vidéo a fait l’effort d’associer au film ce que le DVD appelle un « making of ». En réalité, il s’agit plutôt d’une délicieuse balade aux côtés de la réalisatrice Ana Lily Amirpour, avec de nombreux entretiens croisés entre la metteur en scène et ses comédiens ou son producteur de renom très impliqué : l’acteur Elijah Wood. Sur une vingtaine de minutes dont on louera la qualité du montage sans cesse en mouvement rendant le tout extrêmement vivant, les artistes, séparément ou ensemble, reviennent sur le film. Elijah Wood évoque notamment sa découverte du scénario et son envie immédiate d’y prendre part, Ana Lily Amirpour s’étend sur le tournage, ses références (constamment illustré par des extraits allant de In the Mood for Love au Nosferatu de Murnau en passant par True Romance), parle de son amour pour le cinéma de David Lynch, montre les planches de la BD qu’elle a tiré du film… Souvent ensemble, le duo Amirpour/Wood échange sur le genre, la mythologie vampirique et la façon dont A Girl Walks Home Alone at Night s’y insère. On savourera la fraîcheur et le naturel de la jeune réalisatrice (abonnée au « fuck » toutes les deux phrases). Un making of fringuant et absolument passionnant, qui se suit avec bonheur et non sans humour, à l’image de ces images de la Première du film et une scène aussi cocasse qu’hilarante, montrant une Ana Lily Amirpour catastrophée en apprenant que le voiturier du cinéma est parti garer sa voiture… en oubliant sa grand-mère dedans !

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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